En conservation et en recherche, les efforts pour mettre à jour les connaissances sur les cétacés et les protéger se poursuivent à long terme. Voilà comment conserver son optimisme: en gardant à l’esprit les avancées et les projets enthousiasmants concernant les baleines. On arrive toujours à s’émerveiller de leurs capacités à s’adapter et à retrouver leur résilience dans certains cas.

L’observation et l’analyse des comportements des mammifères marins apportent des résultats concrets. Pour vous aider à garder espoir, vous trouverez des nouvelles encourageantes à ce sujet dans cet article.

L’espoir comme moteur

Pour Robert Michaud, président et directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), tant que des baleines subsistent, il y a de l’espoir.

En 35 ans, le chercheur s’est concentré en partie sur la population des bélugas du Saint-Laurent. Il est donc aux premières loges pour constater les gains, mais aussi les pertes que vit cette population, en particulier depuis une dizaine d’années. Et les bélugas ne sont pas les seuls en danger dans le Saint-Laurent.

Comment ne pas baisser les bras?

«C’est facile de ressentir une forme de découragement quand on travaille avec une population considérée en danger depuis 1983 et aujourd’hui en voie de disparition. Ma motivation provient des gestes posés au fil des dernières années qui aident concrètement les bélugas. Le pari que je fais, c’est qu’on puisse par la science accélérer les choses, améliorer leur protection», mentionne M. Michaud.

Le canari des mers chante toujours

Les bélugas du Saint-Laurent passent leur vie dans ces eaux. Le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent contribue à la sauvegarde de leurs populations. Il est par exemple interdit d’y circuler en motomarine, de le survoler à moins de 2000 pieds d’altitude et d’y amerrir, d’y faire voler un drone à des fins récréatives ou d’y pratiquer un sport nautique avec traction. Une distanciation de 400 m est aussi imposée entre les navires et les espèces menacées, dont le béluga. Cette mesure a été d’une telle pertinence qu’elle est maintenant en place dans tout l’estuaire.

Le secteur de l’entrée de la baie Sainte-Marguerite est, durant l’été, une zone de préservation intégrale. Les femelles s’y retrouvent en bonne partie avec leur petit. La circulation d’embarcations est proscrite du 21 juin au 21 septembre chaque année. Les kayaks, embarcations de pêche et canots peuvent circuler sans s’arrêter le long d’un corridor restreint. Pêches et Océans Canada ainsi que Parcs Canada effectuent des patrouilles en bateau pour sensibiliser les plaisanciers.

Et la recherche? Depuis les cinq dernières années, le GREMM a pu réaliser des observations grâce aux drones. Un projet axé sur l’observation des comportements sociaux chez ces cétacés a révélé des mystères sur la structure sociale des groupes formés de femelles et de baleineaux. On comprend mieux les relations entre les femelles d’un groupe et comment l’espèce subsiste malgré les pressions de son environnement.

Celles-ci peuvent se révéler de merveilleuses gardiennes pour les petits d’autres femelles au sein du groupe et assurer une sécurité accrue.

Le narval observé dans le Saint-Laurent en 2016 côtoie toujours les bélugas qui l’ont accueilli. L’individu observé encore cette année semble s’adapter au mode de vie de ses compagnons. L’observation de ce cas permet, encore une fois, d’en apprendre plus sur les rapports sociaux des bélugas et de voir comment les baleines peuvent s’adapter.

Des zones protégées en élaboration

Cet automne, un moratoire sur l’augmentation du trafic maritime dans le Saguenay a été recommandé, car il reste encore peu bruyant. Il s’agit d’une mesure visant à préserver le milieu de vie actuel des bélugas. Le gouvernement du Québec a d’ailleurs annoncé en décembre l’ajout de deux secteurs couvrant en tout 1060 km2 d’aies maritimes protégées. Cette annonce fait suite à un projet de «réserves de territoires aux fins d’aire protégée dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent» annoncé en septembre dernier. Ces espaces de conservation sont actuellement de 1,3%. Ils passeraient à plus de 10% d’aires marines.

Il n’en a pas été question dans les annonces récentes, mais ces territoires marins seraient-ils de bons candidats pour devenir des refuges acoustiques? La pollution sonore est une menace importante qui pèse sur la population des bélugas du Saint-Laurent. De tels endroits protégés favoriseraient la communication, l’orientation, l’alimentation et la socialisation de ces baleines.

La mesure administrative actuelle permet aux projets de territoires voués à la préservation d’écosystèmes marins d’être exempts d’activités industrielles avant d’obtenir le titre officiel de réserve, un processus long. Concrètement, «les activités minières, pétrolières et gazières ainsi que l’exploitation des forces hydrauliques et toute production commerciale ou industrielle d’énergie» sont interdites dans ces lieux précis, a mentionné le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec.

Des mesures qui semblent porter fruit

La baleine noire de l’Atlantique Nord est en voie de disparition avec une population estimée en 2020 à moins de 400 individus. Le nombre de naissances ne parvient pas à supplanter le nombre de décès, majoritairement liés aux activités humaines. Scott Kraus, chercheur au New England Aquarium, soutient tout de même dans un bulletin du North Atlantic Right Whale Consortium (NARWC) que l’espoir est de mise tant que la chasse est interdite et que des nouveau-nés voient le jour.

Ce n’est pas tout. Aucune baleine noire n’a été trouvée morte en eau canadienne cette année. Les nouvelles mesures instaurées en mai dernier diminuant les risques de collision et l’empêtrement dans l’équipement de pêche pourraient avoir eu un impact positif.

Baleines à bosse en bonne condition

Plusieurs populations de baleines à bosse qu’on appelle aussi rorquals à bosse ont vu leur nombre augmenter dans les dernières décennies. La population de l’ouest de l’Atlantique Nord est classée comme «non en péril» depuis 2003 alors qu’elle était encore considérée comme préoccupante en 1985. Cette remontée est réjouissante quand on sait que la chasse commerciale de ces cétacés a déjà décimé 90 à 95% de sa population mondiale. Signe que les rorquals à bosse vont mieux: on a pu observer quatre générations successives dans le Saint-Laurent à l’été 2020.

Soulignons l’impact positif des mesures de rétablissement qui ont profité aux baleines à bosse. En 1986, un moratoire sur la chasse commerciale a rendu cette amélioration possible. Les sanctuaires marins jouent aussi un rôle de préservation considérable.

 

L’action citoyenne, un levier de la lutte aux changements climatiques

«La beauté peut sauver le monde, pensait Bernard Émond. Il y a une grande beauté à agir en faveur de la conservation, même si l’issue immédiate des efforts accomplis est inconnue», pense le biologiste Robert Michaud. Cette beauté est présente chez ces mammifères mystérieux qui ont le don de nous toucher, mais aussi dans les gestes posés par chaque personne qui lutte pour protéger notre planète et tous ses habitants.

«Malgré une année particulière, des citoyens et des citoyennes de partout ont continué à se mobiliser pour protéger l’environnement. De grandes avancées ont été réalisées, comme la confirmation par la Cour suprême du Canada de la légitimité de protéger la rainette faux-grillon et toutes les espèces menacées, et l’atteinte de la cible de conservation de 17% du territoire québécois sous forme d’aires protégées. Nature Québec est confiante qu’avec l’appui de la population, nous pourrons avoir encore beaucoup de réalisations en 2021 pour lutter contre la dégradation de la biodiversité et la crise climatique», mentionne Alice-Anne Simard, directrice générale de Nature Québec, un organisme actif en conservation de la nature.

Redonnons-nous donc un peu d’espoir avec quelques gestes faciles à intégrer pour améliorer le sort des baleines. Il s’agit, entre autres, de diminuer notre consommation de produits importés pour éviter d’accroitre le trafic maritime, de réduire nos déchets et de soutenir les groupes de recherche. Envie de rejoindre une initiative collective? Le regroupement citoyen Mission 100 tonnes a atteint cette année son objectif de retirer 100 tonnes de déchets des océans. Leur projet se poursuit et prend de l’ampleur!

L’appui des groupes de recherche est indispensable pour obtenir des réponses sur l’état des populations de baleine à long terme. Le GREMM poursuit ses recherches sans relâche pour améliorer les connaissances sur les populations vivant dans le Saint-Laurent.

Rester informé sur la réalité des baleines permet de faire des choix éclairés.

Il est souhaitable de conserver sa foi en une possible amélioration. De nouveaux défis font surface, mais l’adaptation des mammifères marins est envisageable et cela suffit pour garder espoir.

Les baleines en questions - 18/12/2020

Jasmine Tremblay-Bouchard

Assistante aux communications à l’hiver 2020-2021, Jasmine contribue en tant que rédactrice aux activités du GREMM afin de sensibiliser le public sur la situation des baleines et des phoques du Saint-Laurent. Son enthousiasme pour la cause écologique l'amène à élargir ses connaissances en permanence. Les mammifères marins lui inspirent l’intelligence, l’amour et la beauté.

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