Quatre projets de développement industrialo-portuaires aux abords de la rivière Saguenay sont aux dernières étapes ou ont complété le processus d’évaluations gouvernementales. Un projet en particulier attire l’attention: GNL Québec. En parallèle, d’autres projets de développements portuaires se mettent en branle tout au long du Saint-Laurent, augmentant eux aussi le trafic maritime dans l’estuaire. Une fois réalisés, ces projets et surtout le trafic maritime qui leur sont liés ont le potentiel d’avoir des impacts majeurs sur les bélugas du Saint-Laurent. En réaction, des citoyens et des organismes se mobilisent. Des chercheurs recommandent même un moratoire sur le développement de projets susceptibles d’augmenter le trafic maritime. Baleines en direct suit le dossier, d’un point de vue «béluga». Découvrez les éléments potentiellement perturbateurs, les réactions et des ressources pour vous informer.

Les bélugas du Saint-Laurent forment une population considérée comme en voie de disparition au sens de la Loi sur les espèces en péril du Canada. Afin de baliser les actions de protection du béluga, l’habitat essentiel de la population — c’est-à-dire les lieux essentiels à sa survie — a été désigné. Cet habitat inclut une partie de l’estuaire du Saint-Laurent ainsi qu’une partie de la rivière Saguenay.

Les baleines à dents comme les bélugas dépendent du son pour s’orienter. Ils utilisent l’écholocalisation, c’est-à-dire qu’ils utilisent l’émission et la réception d’ultrasons pour s’orienter et repérer les obstacles et les proies. L’ouïe est donc un sens essentiel à leur survie.

Le dérangement par les embarcations et la dégradation de l’habitat par le bruit généré par le trafic maritime figurent parmi les principales menaces pesant sur les bélugas du Saint-Laurent. Les projets de développements augmenteront chacun le nombre de navires qui circulent sur le Saguenay. Ces navires poursuivent ensuite leur route dans l’estuaire pour rejoindre le golfe, puis l’Atlantique. Partout sur la planète, le trafic maritime est en augmentation, tout comme le tonnage, c’est-à-dire le poids du matériel transporté par les bateaux. Le Saint-Laurent ne fait pas exception.

Au cours des prochaines années, les projets de développement des ports de Québec, Trois-Rivières, Contrecœur et Montréal participeront eux aussi à l’augmentation du trafic maritime qui transite par l’habitat essentiel du béluga du Saint-Laurent.

L’effet cumulatif exact du bruit sur les bélugas du Saint-Laurent n’est pas encore connu. Mais la communauté scientifique s’entend : il a un impact sur les mammifères marins. Durant leur passage, les navires émettent des sons forts et prolongés qui ont le potentiel de:

  • Déranger le béluga dans son comportement
  • Masquer les communications des bélugas ou les rendre plus difficiles
  • Masquer les clics d’écholocalisation, nuisant du même coup à la capacité de s’orienter ou de chasser efficacement
  • Nuire temporairement ou de façon permanente à l’audition du béluga
  • Créer du stress chronique, ce qui peut nuire à la santé du béluga

C’est dans cette perspective que Pêches et Océans Canada a produit un document de type «Réponse des sciences» dans le cadre de l’évaluation environnementale des projets de terminaux maritimes sur le Saguenay. Les chercheurs de Pêches et Océans Canada soutiennent qu’«on ne peut exclure des risques élevés [pour les bélugas] compte tenu de l’état actuel de la population en déclin pour laquelle le bruit a été identifié comme un des facteurs de risques.» Plus loin, ils ajoutent : «Augmenter la pression anthropique dans cette portion de l’habitat présente un risque accru de nuire au rétablissement de la population».

Les chercheurs indiquent que les projets de développements proposés dans le Saguenay iront à l’encontre des objectifs du plan de rétablissement adopté en 2012 et des mesures récemment proposées pour réduire l’effet des stresseurs d’origine humaine. Vous pouvez lire le résumé complet effectué par Baleines en direct de ce document.

Nouveaux projets de recherche

Quelle est l’exposition au bruit des bélugas dans le Saguenay et le Saint-Laurent et quel effet a-t-il sur eux? Pour répondre à ces questions et à bien d’autres, un simulateur de mouvements des baleines et de la marine marchande ainsi que de la propagation des sons dans l’habitat essentiel du béluga est en cours de développement. Ce projet de recherche mené par l’Université du Québec en Outaouais s’appuie sur de nombreux partenariats scientifiques, notamment avec le GREMM et Pêches et Océans Canada. Le gouvernement du Québec finance et participe au projet afin d’en tirer des outils d’aide à la décision dans le contexte du déploiement de la Stratégie maritime du Québec. Le simulateur deviendra un outil d’aide à la décision, afin d’évaluer les différents scénarios de développement maritime dans le Saguenay et l’estuaire du Saint-Laurent. Le but : trouver des mesures qui réduisent l’exposition cumulative des bélugas au bruit. «D’ici à ce qu’on ait accès aux résultats, la patience et la prudence doivent être de mise pour éviter de nuire considérablement aux bélugas du Saint-Laurent», précise Robert Michaud, directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins. «Le Saguenay est encore peu bruyant par rapport à bien d’autres endroits dans l’estuaire. Il est en quelque sorte un refuge acoustique naturel. Si tous les projets démarraient avant que l’on puisse évaluer l’importance et la fonction de cette zone de quiétude dans l’exposition cumulative aux sons des bélugas, on risque de perdre une des stratégies efficaces de protection.»

Les premiers résultats du projet montrent que plus de la moitié des bélugas et le deux tiers de femelles bélugas du Saint-Laurent fréquentent le Saguenay. Cette découverte est importante: les niveaux d’exposition des bélugas au bruit des navires prédits par leur simulateur que les chercheurs développent pour mieux évaluer les impact du bruit et de la navigation et les meilleures stratégies pour atténuer ces impacts sont trois fois plus élevés lorsqu’on tient compte de leurs caractéristiques sociales complexes des bélugas et de leurs habitudes de fréquentation. Ces résultats inquiètent les chercheurs qui recommandent d’imposer un moratoire aux projets qui pourraient augmenter le trafic maritime dans le Saguenay.

«Nos résultats remettent en question la validité des études d’impact acoustique réalisées à ce jour pour le béluga», souligne Clément Chion, directeur du Laboratoire interdisciplinaire de simulation socio-écologique de l’UQO et directeur du programme de recherche financé par le gouvernement du Québec. Ces études ne prenaient pas en compte l’utilisation réelle du lieu par les bélugas. Elles s’appuyaient sur le fait qu’en moyenne moins de 5% de la population du Saguenay se trouve à un instant donné dans le Saguenay. Toutefois, elles ne mettaient pas en lumière que ce 5% n’est pas toujours composé par les mêmes individus.

Pour le moment, le Saguenay constitue un refuge acoustique naturel. «On doit mieux comprendre l’impact d’une augmentation du trafic maritime dans le Saguenay sur les bélugas, mais surtout comment en atténuer ou en compenser les effets pour assurer la survie des bélugas du Saint-Laurent», prévient Robert Michaud, directeur scientifique du GREMM et spécialiste des bélugas.

Clément Chion indique que ce moratoire n’est pas permanent. «Avec l’engagement de tous les acteurs des secteurs public et privé, notre simulateur sur lequel je travaille depuis 15 ans permettra de concilier la navigation avec la présence des baleines. Mais d’ici à l’aboutissement du programme, on ne doit pas précipiter des décisions qui pourraient avoir des effets écologiques dommageables et irréversibles.»

Plan de protection des océans du Canada

Du côté de l’estuaire et du golfe, dans le cadre du Plan de protection des océans du Canada, un autre projet de simulation complémentaire évalue les interactions entre le bruit sous-marin et les baleines du Saint-Laurent. Les résultats de ce projet devraient aussi aider à prendre des décisions éclairées concernant les projets de développements.

Deux projets sur le terrain récoltent des données acoustiques pour mieux comprendre les réactions comportementales et physiologiques des bélugas lorsqu’ils sont exposés aux bruits sous-marins et comment le bruit peut masquer leur communication ou leur écholocalisation. Les données récoltées nourriront les deux simulateurs.

Pour étudier l’aspect individuel de l’exposition aux bruits sous-marins, des archiveurs de données, aussi appelés balises de type D-tag, sont posés sur des bélugas du Saint-Laurent. En 2018, l’équipe du GREMM, en collaboration avec Véronique Lesage de Pêches et Océans Canada, a réussi à en poser 12, pour un total de 53 heures de suivi. L’archiveur enregistre les sons émis par le béluga, mais également les sons ambiants, des données de profondeur, de vitesse, d’accélération, d’orientation, de température de l’eau, etc. L’équipe relève également une bonne quantité de données (distance et angle de l’animal par rapport au bateau de recherche, nombre types et distances d’autres embarcations par rapport au bateau de recherche, comportement de l’animal, etc.) en tentant de maintenir un contact visuel avec le béluga. Les données permettront entre autres de documenter les modifications comportementales pendant et après l’exposition au bruit et leurs conséquences.

La chercheuse Valeria Vergara d’Ocean Wise, pour sa part, poursuit son projet couplant l’enregistrement vidéo par drone et l’enregistrement acoustique sous-marin pour étudier les cris de contact chez les bélugas. Les cris de contact seraient utilisés pour maintenir la cohésion d’un groupe ou le lien mère-petit. Ce cri chez les nouveau-nés se trouve dans les mêmes fréquences que les sons émis par les moteurs, ce qui le rend plus susceptible d’être masqué.

Voici une très brève description des quatre projets qui pourraient voir le jour au Saguenay. À ceux-là s’ajoutent les projets de développement portuaire le long du Saint-Laurent et des Grands Lacs. Ces projets entraineront une augmentation du trafic maritime dans l’habitat essentiel du béluga du Saint-Laurent.

Métaux BlackRock

Le projet de mine promu par Métaux BlackRock vise à développer une mine près de Chibougamau pour extraire du vanadium, du titane et de la magnétite, puis les transformer dans une usine qui serait construite au quai existant de Grande-Anse, près de Saguenay. Le concentré serait ensuite exporté par bateau. En mai 2019, Métaux BlackRock a obtenu le feu vert du gouvernement du Québec pour commencer la construction de son usine de transformation à La Baie et celle de la mine.

Nombre de bateaux attendus : 20 à 25 par année

Mise en service projetée : 2020

Arianne Phosphate

En octobre dernier, la ministre de l’Environnement et du Changement climatique du Canada, Catherine McKenna, a autorisé l’administration portuaire du Saguenay à poursuivre ses efforts de développement d’un terminal maritime en rive nord du Saguenay, à Sainte-Rose-du-Nord. Cette autorisation vient avec des conditions et des mesures d’atténuation à appliquer tout au long de la construction. Le projet est lié au développement de la mine Arianne Phosphate à Lac à Paul.

Nombre de bateaux attendus : scénario minimal : de 1 à 2 navires par semaine, scénario maximal : de 2 à 3 navires par semaine, pour environ 50 à 150 navires/année

Mise en service projetée : Inconnue

Énergie Saguenay – GNL Québec

Ce projet inclut la construction d’un gazoduc pour transporter du gaz naturel, majoritairement du gaz de schiste produit en Alberta, jusqu’à une future usine de liquéfaction du gaz pour en faire du gaz naturel liquéfié (GNL) à La Baie. Ce GNL serait ensuite exporté par navires. Le tracé projeté du gazoduc passe à travers des habitats fauniques essentiels à des espèces menacées, dont le caribou forestier et le carcajou.

Nombre de bateaux attendus : de 3 à 4 navires par semaine ou de 6 à 8 selon le scénario maximal, soit autour de 160 à 230/année

Mise en service projetée : 2025

Usine de recyclage de fer de Grand River Ironsands

Détails à venir

Les différents projets soulèvent les craintes de nombreux groupes citoyens et d’organismes de protection ou de valorisation de la nature. C’est toutefois le projet Énergie Saguenay qui a mis le feu aux poudres.

Des citoyens ainsi que des organismes de promotion de la protection de l’environnement se sont regroupés sous la Coalition Fjord depuis le 2 novembre dernier, afin de mettre en commun les efforts de mobilisation d’individus préoccupés par la situation. Au-delà des bélugas, c’est l’ensemble de l’écosystème que la Coalition Fjord souhaite protéger.

Au début de janvier, des groupes écologistes, des avocats et des citoyens ont demandé aux gouvernements du Québec et du Canada de faire une évaluation environnement globale du projet, et non pas d’évaluer le projet d’usine séparément du projet de gazoduc, argüant que les deux projets sont dépendants l’un de l’autre. Les différents groupes indiquent aussi qu’une évaluation séparée exclue la prise en compte de la production de gaz à effets de serre au moment de l’extraction du gaz naturel. Le 8 mai, des groupes citoyens et environnement ont même mis en demeure l’Agence canadienne d’évaluation environnementale afin qu’elle prenne en considération les potentiels impacts du transport maritime lié au projet. Depuis, l’ACEE a «entrepris un exercice de réflexion sur les portées des évaluations environnementales en cours », rapporte le Devoir le 23 mai. Jusqu’au 17 juin, le public peut s’exprimer sur le résumé de l’étude d’impact du projet de GNL Québec.

Le 3 juin, plus de 150 scientifiques québécois ont signé une lettre ouverte publiée dans Le Devoir demandant aux gouvernements québécois et canadiens de ne pas appuyer le projet GNL Québec. La même journée, GNL Québec a répliqué par un contre-argumentaire sur son site web. Le 15 juin, une manifestation a réuni environ 350 personnes à Tadoussac pour protester contre les projets de développement.

Le 10 septembre, le Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) publie une vidéo pour répondre aux nombreuses questions qui lui sont posées concernant les projets de développements industrialo-portuaires dans le Saguenay. «Je suis particulièrement inquiet pour les bélugas», affirme Robert Michaud, directeur scientifique du GREMM et spécialiste des bélugas, d’entrée de jeu.

Partout dans l’habitat du béluga du Saint-Laurent, le trafic maritime augmente, et donc le niveau de bruit et la durée d’exposition au bruit aussi. Mais certains secteurs demeurent relativement peu affectés par la navigation marchande. Ces secteurs sont le Saguenay et la rive sud de l’estuaire (les environs de Cacouna–Rivière-du-Loup-Kamouraska). Ils forment des «refuges acoustiques», des endroits relativement silencieux la majorité du temps. «Ces refuges pourraient avoir une importance toute particulière pour la santé des bélugas», croit Robert Michaud. Pour valider cette hypothèse partagée par plusieurs scientifiques, l’équipe du GREMM collabore avec des chercheurs de l’Université du Québec en Outaouais, de Pêches et Océans Canada et du ministère de la Faune, de la Forêt et des Parcs. Les résultats de leur recherche devraient pouvoir guider la façon dont on développe le Saint-Laurent et le Saguenay, pour diminuer l’exposition au bruit des bélugas.

D’ici à ce que les résultats soient disponibles, Robert Michaud appelle à la patience et à la prudence. «Perdre ces refuges, c’est risquer des impacts irréparables sur cette petite population fragile», s’inquiète-t-il

Dans une vidéo intitulée «Gazoduq/GNL Non merci!» publiée par Le Pacte pour la Transition le 19 septembre, des dizaines de personnes récitent un argumentaire militant contre le projet de gazoduc et d’usine de gaz naturel liquéfié. La Coalition Fjord, le collectif Gazoduq, parlons-en!, GroupMobilisationet Déclaration d’Urgence Climatique (DUC) ont aussi participé à la création de la vidéo.

Les participants et participantes de la vidéo martèlent qu’il n’y aura pas d’acceptabilité sociable pour le projet. Ils rappellent les risques de bris le long du gazoduc, l’absence de preuves de retombées économiques importantes au Québec, la menace de la pollution sonore pour les bélugas, etc.

Le directeur général de Promotion Saguenay, Patrick Bérubé, trouve sain que le public milite, mais trouve que la vidéo ne présente pas suffisamment de points de vue différents. En entrevue à Ici Saguenay, il dit que plusieurs éléments présentés dans la vidéo sont erronés, sans en nommer aucun ni rectifier aucun fait. Énergie Saguenay n’a pour sa part pas fait de déclaration publique.

Arianne Phosphate et terminal maritime à Sainte-Rose-du-Nord

Canada : Terminal maritime en rive nord du Saguenay : Rapport d’évaluation environnementale préliminaire

Québec : Projet d’ouverture et d’exploitation de la mine d’apatite du Lac à Paul au Saguenay–Lac-Saint-Jean

Métaux BlackRock et usine au quai de Grande-Anse

Canada : Projet minier BlackRock

Québec : Projet d’usine de transformation de concentré de fer en fonte brute et en ferrovanadium à Saguenay

Énergie Saguenay/GNL Québec – GNL et terminal maritime à La Baie

Demande d’informations supplémentaires: Demande d’information numéro 1 de l’Agence canadienne d’évaluation environnementale

Québec (BAPE) : Projet de construction d’un complexe de liquéfaction de gaz naturel à Saguenay. Le BAPE tient du 21 au 25 septembre des audiences publiques sur le projet. Le public peut soumettre des questions aux experts pour que les commissaires puissent tenir compte des réponses dans leurs recommandations au gouvernement. Suivra le dépôt des mémoires du public et des organisations. Le rapport final des commissaires devra être remis avant le 13 janvier 2021.

Énergie Saguenay a créé un tableau pour suivre la progression des évaluations environnementales. Vous pouvez le consulter ici.

Le 20 aout, l’Agence canadienne d’évaluation environnementale (ACEE) a fait parvenir une lettre au président de GNL Québec inc., ainsi qu’un document explicatif pour demander de l’information sur l’étude d’impact environnemental fournie par l’entreprise. À travers les 170 pages, des commentaires, des conseils, mais également des demandes formelles de retravailler l’étude d’impact sont formulées. Avant de pouvoir remettre son rapport, l’Agence canadienne d’évaluation environnementale devra recevoir une réponse pour toutes les questions soulevées dans cette demande d’information.
Globalement, en ce qui touche les mammifères marins, la demande d’information agrandit la zone à étudier pour les questions relatives aux impacts potentiels du trafic maritime lié au projet sur les bélugas du Saint-Laurent, ajoute trois espèces de mammifères marins à prendre en compte et demande même d’évaluer d’autres sites à l’extérieur de l’habitat essentiel du béluga du Saint-Laurent et du rorqual bleu de l’Atlantique pour le terminal maritime. Baleines en direct résume ici quelques éléments.

Le rorqual bleu et deux autres cétacés à prendre en compte

Les effets potentiels du projet sur le rorqual bleu devront maintenant être pris en compte dans l’étude d’impact. Les rorquals bleus de l’Atlantique sont inscrits en voie de disparition selon la Loi sur les espèces en péril du Canada. Le secteur à l’est des Escoumins est fréquenté par la population pour s’alimenter et pourrait être désigné comme habitat essentiel pour elle. Considérant que le bruit sous-marin et les collisions sont deux menaces pesant le rorqual bleu, GNL Québec inc. devra démontrer comment son projet et le trafic maritime qui y est lié peuvent nuire au rorqual bleu.
La portion de l’estuaire maritime entre l’embouchure du Saguenay et Les Escoumins est aussi fréquentée par deux espèces menacées, soit le rorqual commun et le marsouin commun. Les impacts potentiels sur eux devront aussi être analysés.

Revoir le lieu même du terminal

La zone à étudier par GNL Québec inc. devra être élargie pour répondre aux demandes d’information de l’ACEE. «L’évaluation environnementale devra maintenant inclure l’analyse des effets environnementaux du transport maritime liés au Projet dans la rivière Saguenay jusqu’aux Escoumins dans l’estuaire maritime du fleuve Saint-Laurent. » Le Centre québécois du droit à l’environnement avec des groupes citoyens et environnementaux avaient d’ailleurs mis en demeure l’ACEE pour qu’elle prenne en compte le trafic maritime dans son évaluation, ce qui n’était pas inclus à la base.

Si le terminal maritime ne se trouvait ni dans l’habitat essentiel du béluga du Saint-Laurent ni dans celui du rorqual bleu de l’Atlantique, il risquerait d’avoir moins d’impact sur ces deux populations en voie de disparition. Dans ses commentaires, Pêches et Océans Canada souligne que «la localisation de nouveaux ports à l’extérieur de l’habitat essentiel du béluga, population du Saint-Laurent, représenterait la mesure la plus efficace afin d’éviter l’ajout de stresseurs additionnels affectant cette population et son rétablissement.» L’ACEE demande donc de «Présenter une mise à jour de l’évaluation des solutions de rechange pour l’implantation du terminal maritime spécifique aux besoins du projet en incluant des localisations de sites potentiels permettant de minimiser les effets environnementaux du projet sur les espèces en péril, notamment sur le béluga du Saint-Laurent et le rorqual bleu.»

Le principe de précaution pour les bélugas

Le Saguenay et la baie Sainte-Marguerite semblent former un habitat particulièrement important pour les femelles et les veaux, un groupe plus vulnérable dans la population de bélugas. Cette vulnérabilité devrait donc être prise en compte dans les évaluations des risques et effets potentiels.

Dans les commentaires formulés par Parcs Canada, le principe de précaution est mis à l’avant-plan. Ce principe présenté lors de la Conférence sur la diversité biologique de Rio (1992) stipule qu’«en cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives, visant à prévenir la dégradation de l’environnement […]». De nombreuses variables sont manquantes dans l’évaluation (dont les niveaux de bruit sous-marin émis par les navires-citernes qui seraient utilisés), et certaines données utilisées n’étaient pas à jour. De plus, beaucoup d’incertitude subsiste sur les effets du bruit sous-marin sur les mammifères marins. S’ajoute l’impact cumulatif des projets entourant le développement maritime dans le Saguenay et l’estuaire. Dans ce contexte, l’ACEE demande de prendre en compte les effets cumulatifs du transport maritime et non seulement ceux du projet.

Enfin, l’ACEE demande «une mise à jour de l’évaluation des effets du bruit lié au transport maritime, de même que les conclusions associées, en considérant à la fois les connaissances actuelles des impacts du bruit d’origine anthropique sur le béluga et les composantes de son habitat essentiel, l’importance du secteur du Saguenay et le segment de la population qui le fréquente. L’évaluation de ces effets devra inclure les risques liés à l’incertitude entourant les mécanismes d’effets sur les individus et la population considérant l’état et le statut actuel de la population.»

GNL Québec inc. devra aussi présenter des mesures d’atténuation «concrètes et dont l’efficacité a été démontrée permettant de minimiser les conséquences du transport maritime lié au projet sur la population de béluga du Saint-Laurent».

Pour lire la lettre : Agence canadienne d’évaluation environnementale
Pour lire la demande d’information :  Demande d’information numéro 1 de l’Agence canadienne d’évaluation environnementale

Ressources

Rapports d’intérêt

 

Articles sur Baleines en direct

Mémoires

Les projets et ses enjeux dans les médias (sélection)

«Le Saguenay est encore peu bruyant par rapport à bien d’autres endroits dans l’estuaire. Il est en quelque sorte un refuge acoustique naturel. Si tous les projets démarraient avant que l’on puisse évaluer l’importance et la fonction de cette zone de quiétude dans l’exposition cumulative aux sons des bélugas, on risque de perdre une des stratégies efficaces de protection.» – Robert Michaud, directeur scientifique du GREMM

Grands dossiers - 28/10/2020

Marie-Ève Muller

Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017 et est porte-parole du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins (RQUMM). Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.

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