L'alimentation des rorquals

Trois rorquals du Saint-Laurent, trois stratégies différentes: le rorqual bleu, le petit rorqual et le rorqual commun ont beau être tous trois des engouffreurs à fanons, dans le détail, ils s’y prennent différemment pour capturer leurs proies de prédilection.

Le rorqual bleu se nourrit presque exclusivement de krill. Il en ingurgite environ 1 tonne par jour. Le krill vit en profondeur le jour et remonte à la surface au crépuscule pour y passer la nuit. Parfois, les courants peuvent le forcer à remonter en plein jour. On peut alors voir les rorquals bleus s’alimenter en surface : voir ce géant glisser sur le flanc à la surface de l’eau, son immense gueule démantibulée, est à couper le souffle. Cette technique demande un grand effort physique : avec son immense bouche, le rorqual bleu engouffre en une bouchée un volume d’eau égal à son propre poids, soit 90 tonnes. Mais le gain serait 90 fois plus important que la dépense énergétique.

Voyez le en action dans cette vidéo du GEMM Lab, de l’Oregon State University. Pour ajouter les sous-titres en français, cliquez sur la roue dentée.

Le petit rorqual est aussi une espèce fascinante à observer en alimentation. Il se tient souvent dans les barres de courant, profitant du piégeage des poissons entre les masses d’eau froide et d’eau plus chaude. Il pourchasse ses proies et les coince à la surface. Il surgit alors hors de l’eau à mi-corps ou émerge sur le côté, ce qui permettra d’observer le ventre, les nageoires pectorales, une moitié de queue… Il adapte ses stratégies aux conditions du milieu (courants, bathymétrie [mesure de la profondeur des océans], type de proies), allant même jusqu’à adopter un secteur et à en devenir le spécialiste.

Les rorquals communs se nourrissent souvent en groupes et de façon synchronisée. Par groupes pouvant compter une douzaine et même parfois plus d’une vingtaine d’individus, ces grands rorquals effilés et rapides font surface en formation serrée. On peut alors les voir décrire un demi-cercle, un peu comme un carrousel enchanté où, l’un après l’autre, ils plongent quelques instants et refont surface pour une nouvelle bouffée d’air. Le manège se termine après quelques minutes lorsque, l’un derrière l’autre, ils arquent le dos avant de plonger vers les profondeurs. Cette technique permet-elle aux rorquals communs de coopérer pour attraper les poissons plus efficacement? Ou ces animaux seraient-ils plutôt en compétition?

Voyez une vidéo d’alimentation de surface filmée par le Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), et une autre filmée par drone, cette fois au large de la Costa del Garraf, par l’Asociación EDMAKTUB.

Rassemblement

Les marsouins et dauphins nagent autour d’un banc de poissons pour les effrayer et les forcer à se regrouper. Les filets de bulles soufflés par le rorqual à bosse repoussent aussi les poissons, peu enclins à traverser cette barrière. Certains rorquals à bosse utiliseront même leurs nageoires pectorales pour amener les poissons à leur gueule. Les coups de queue des dauphins sur la surface de l’eau ou les coups de tête d’un petit rorqual peuvent aussi servir à effrayer les poissons. Parfois, ce sont les prédateurs qui se regroupent pour assurer le succès de la chasse: les épaulards, un peu comme une meute de loups, s’attaquent parfois aux rorquals, aux cachalots ou aux baleines grises.

Chasser les yeux fermés

Certaines baleines à dents, comme les cachalots, utiliseraient des sons de basses fréquences pour « étourdir » leurs proies avant de les capturer. Voilà pourquoi des cachalots aveugles ne seraient pas plus maigres que les autres! Le dauphin de Guyane, en plus d’utiliser l’écholocalisation pour trouver ses proies dans les eaux turbides des estuaires où il vit, utiliserait aussi l’électroréception passive: des récepteurs sur son rostre lui permettent de détecter les champs électriques de ses proies.

La baie Shark et ses moult techniques

Certains individus développent des techniques très spécialisées et les enseignent à d’autres. C’est le cas des grands dauphins de la baie Shark, en Australie, qui se divisent en clans familiaux dont certains ont développé des techniques de chasse exclusives. On en voit pratiquer «la chasse à la conque», soit introduire leur rostre dans la coquille de ce gastéropode et l’agiter dans les airs pour s’en nourrir ou pour trouver de petits poissons cachés. D’autres fouillent les fonds marins, le rostre protégé par une éponge, pour trouver des perches de sables. D’autres encore pratique «l’échouage volontaire»: ils repoussent leur proie jusque sur la plage, où elle ne pourra s’enfuir.

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