«Perdre le refuge acoustique du Saguenay, c’est risquer des impacts irréparables pour les bélugas»

  • Valeria Vergara has been able to identify 28 different call types of belugas, with a particularly distinct broadband rapid pulse train type called a contact call. Mothers and calves predominantly use these calls and so do others in need of group cohesion. © GREMM
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    10 / 09 / 2019 Par Marie-Ève Muller

    Le Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) publie une vidéo pour répondre aux nombreuses questions qui lui sont posées concernant les projets de développements industrialo-portuaires dans le Saguenay. «Je suis particulièrement inquiet pour les bélugas», affirme Robert Michaud, directeur scientifique du GREMM et spécialiste des bélugas, d’entrée de jeu.

    Les bélugas du Saint-Laurent forment une population en voie de disparition. Parmi les menaces qui pèsent sur eux, la pollution sonore figure en tête de liste. Les bélugas dépendent du son pour s’orienter, chasser, communiquer, socialiser. Et pour pouvoir bien utiliser les sons, ils doivent être dans un milieu relativement silencieux.

    Partout dans l’habitat du béluga du Saint-Laurent, le trafic maritime augmente, et donc le niveau de bruit et la durée d’exposition au bruit aussi. Mais certains secteurs demeurent relativement peu affectés par la navigation marchande. Ces secteurs sont le Saguenay et la rive sud de l’estuaire (les environs de Cacouna–Rivière-du-Loup-Kamouraska). Ils forment des «refuges acoustiques», des endroits relativement silencieux la majorité du temps. «Ces refuges pourraient avoir une importance toute particulière pour la santé des bélugas», croit Robert Michaud. Pour valider cette hypothèse partagée par plusieurs scientifiques, l’équipe du GREMM collabore avec des chercheurs de l’Université du Québec en Outaouais, de Pêches et Océans Canada et du ministère de la Faune, de la Forêt et des Parcs. Les résultats de leur recherche devraient pouvoir guider la façon dont on développe le Saint-Laurent et le Saguenay, pour diminuer l’exposition au bruit des bélugas.

    D’ici à ce que les résultats soient disponibles, Robert Michaud appelle à la patience et à la prudence. «Perdre ces refuges, c’est risquer des impacts irréparables sur cette petite population fragile», s’inquiète-t-il.

    Processus d’évaluation environnementale en cours

    Cette vidéo survient quelques semaines après le dépôt d’une demande d’information de la part de l’Agence canadienne d’évaluation environnementale (ACEE) pour demander de retravailler l’étude d’impact environnemental du projet GNL Québec Inc. Parmi les demandes, de nouveaux lieux pour le projet doivent être envisagés et présentés. Certains éléments n’avaient pas été pris en compte, comme le bruit émis par les navires de transport du gaz naturel liquéfié.

    «La vidéo ne porte pas seulement sur le projet GNL Québec/Énergie Saguenay», prévient le président du GREMM. «D’autres projets ont déjà reçu l’aval de l’ACEE, et on ne sait pas si d’autres promoteurs projettent de développer le secteur. Tout projet qui augmente le trafic maritime dans le Saguenay m’inquiète.»

    Cette inquiétude est également partagée par des scientifiques de Pêches et Océans Canada et de Parcs Canada à travers leurs commentaires formulés sur l’étude d’impact environnemental fournie par GNL Québec Inc. et dans un avis scientifique publié par Pêches et Océans Canada.

    Pour en savoir plus

    Développements industrialo-portuaires sur le Saguenay : le point de vue «béluga» (Baleines en direct)