* En date du 1er février 2024, le bilan des naissances s’élevait à 17 baleineaux.

Un évènement qui relève de l’exceptionnel a été observé il y a un peu plus d’un an : Pilgrim, une baleine noire de l’Atlantique Nord, a donné naissance à son premier veau à l’âge de 10 ans. Exceptionnel, car bien que la maturité sexuelle soit normalement atteinte entre 5 et 10 ans chez cette espèce, les premières naissances se produisent désormais de plus en plus tard dans la vie des femelles. Les coupables? Les empêtrements, les collisions avec les navires et les changements climatiques, des stresseurs qui affectent directement le succès reproducteur de cette espèce en voie de disparition.

Par ailleurs, avec seulement 14 naissances enregistrées jusqu’à présent pour la saison 2023-2024, la cible pour espérer une augmentation de la population – 50 naissances par année – est loin d’être atteinte.

Une saison des naissances à surveiller

Le New England Aquarium tient chaque année un registre des paires mère-veau observées dans l’Atlantique durant la saison des naissances, s’étirant généralement de décembre à mars. Cette saison, 14 paires ont été enregistrées jusqu’à maintenant par les scientifiques, un nombre encourageant, mais loin d’être suffisant.

Pour qu’une saison soit considérée comme productive plus de 20 paires mère-veau seraient nécessaires. Toutefois, comme le nombre de morts surpasse actuellement le nombre de naissances, ce sont plus de 50 naissances qui devraient être comptabilisées par année pour voir la population augmenter. Ces données ont été rapportées par la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), qui recense notamment les incidents impliquant des baleines noires et travaille en collaboration avec le New England Aquarium.

L’espèce compterait actuellement 356 individus – dont seulement 70 femelles en âge de se reproduire – d’après la dernière estimation du North Atlantic Right Whale Consortium. En revanche, comme l’intervalle entre deux naissances est passé de 3 ans à 6-10 ans, en plus des premières naissances qui surviennent de plus en plus tard dans la vie des baleines, l’objectif de 50 naissances par année ne sera pas facile à atteindre. Qui plus est, sur les 14 veaux de la saison 2023-2024, deux sont déjà morts et un voit actuellement sa survie menacée.

Cauchemars dans l’Atlantique

Les dernières semaines furent rythmées par plusieurs tristes évènements dans les eaux nord-américaines. Début janvier, le veau de Juno (#1612) a été aperçu avec des lésions et des blessures importantes au niveau de la tête et de la bouche, causées par une collision avec une embarcation. La jeune baleine noire n’a pas été revu depuis le 11 janvier.

La femelle #3780 a quant à elle été vue sans son veau au début du mois de janvier, veau qui a été présumé mort par les scientifiques. Effectivement, cette séparation précoce n’est pas rassurante, sachant que le jeune est né à la fin décembre 2023 et que les jeunes restent avec leur mère environ 6-7 mois pour l’allaitement, parfois même jusqu’à un an et demi.

Half Note (#1301) était pour sa part accompagnée d’un veau très maigre il y a quelques semaines. Cette condition physique a eu raison de la survie du jeune, car la mère a récemment été vue nageant seule. Sept des huit veaux de Half Note sont donc disparus peu de temps après leur naissance et présentaient une maigreur inquiétante lorsqu’observés dans les sites de mise bas. Des scientifiques émettent l’hypothèse selon laquelle cette femelle de 41 ans aurait peut-être de la difficulté à produire du lait.

La production de lait : un enjeu pour la survie

Très gras, le lait des baleines permet aux veaux de croitre rapidement – et de survivre à leurs premiers mois de vie! Néanmoins, avec les empêtrements subis et les blessures récurrentes, les femelles baleines noires de l’Atlantique Nord ont de plus en plus de difficulté à maintenir une condition physique adéquate, ce qui peut affecter leur production de lait. Mettant de l’énergie à guérir de leurs blessures et à continuer leurs activités mêmes empêtrées, les femelles en ont moins pour mener à terme un veau. Cela pourrait aussi expliquer pourquoi l’intervalle entre deux naissances s’est allongé. Les baleines noires seraient également de moins en moins grosses en raison des empêtrements et des collisions, rendant la production de lait plus difficile et énergivore.

Au Canada, plusieurs limites de vitesse et des distances à respecter sont mises en place pour limiter les risques de collisions et d’empêtrements. Certaines zones de pêche sont également fermées lorsque la présence de baleines noires est rapportée. Des dispositifs de pêche limitant les risques d’empêtrement ont aussi commencé à être mis à l’essai à quelques endroits au pays.

Il reste encore néanmoins beaucoup à faire pour que ces baleines résilientes puissent un jour nager librement et en santé, avec leurs petits à leurs côtés.

Actualité - 25/1/2024

Odélie Brouillette

Odélie Brouillette s’est jointe à l’équipe du GREMM comme rédactrice et naturaliste en 2022 et elle est de retour depuis l'hiver 2023 comme chargée de projet en vulgarisation scientifique. Biologiste de formation, elle aime apprendre et communiquer aux autres ce qui lui tient à cœur. Fascinée depuis toujours par les milieux marins et les baleines, elle souhaite, par la sensibilisation et la vulgarisation, contribuer à leur protection.

Articles recommandés

L’encourageante histoire écologique de la baleine grise

Chacune à leur façon, toutes les espèces de notre planète doivent composer avec les conséquences de l’action humaine, traçant ainsi,…

|Actualité 22/2/2024

De bonnes nouvelles pour les bélugas du Saint-Laurent

La journée internationale de la baleine est l’occasion idéale pour mettre de l’avant de grandes annonces pour les bélugas! Grâce…

|Actualité 19/2/2024

Travailler avec les baleines : un rêve devenu réalité pour Jade-Audrey

À l’âge de 11 ans, elle voulait déjà travailler auprès des cétacés. Des années plus tard, son rêve de petite…

|Actualité 8/2/2024