Les cétacés pourraient être les nouvelles vedettes des recherches sur le rythme vocal. Une étude récente indique quatre raisons pour lesquelles ces espèces sont idéales pour étudier l’évolution et le fonctionnement de la communication.

L’équipe de Taylor A. Hersh, à l’université de Stanford, explique que la grande diversité des espèces, avec des gammes variées de vocalisations, et leurs rapports sociaux font des cétacés le sujet optimal pour cette recherche. Selon leurs conclusions, le rythme serait une caractéristique commune des vocalisations des cétacés. L’isochronie, lorsque les sons sont également espacés dans le temps, est plus souvent documentée que l’hétérochronie, lorsque les sons ne sont pas également espacés dans le temps, dans les vocalisations des cétacés. Le rythme chez les baleines à fanons est largement limité au chant, alors que le rythme chez les baleines à dents est présent dans divers types de vocalisations. 

Comportements sociaux et vocaux

En comparant les espèces avec une évolution similaire, mais des vocalisations très distinctes, il est possible d’évaluer l’évolution des similarités entre les rythmes.

La plupart des cétacés produisent des vocalisations. Leur sens accru de l’ouïe est probablement dû à leur environnement sombre, où ils ne peuvent pas compter sur les récepteurs visuels ou chimiques pour communiquer ni se déplacer. Les mysticètes, ou baleines à fanons, communiquent à l’aide d’une série de motifs répétés à basse fréquence, appelés chants. Les odontocètes, ou baleines à dents, produisent des vocalisations rapides à plus haute fréquence. Elles produisent des clics, des sifflements et des sons pulsés, utilisés dans l’écholocalisation. Bien qu’elles produisent différents types de sons, les vocalisations de toutes les baleines semblent être souvent liées aux parades nuptiales. Chez de nombreuses espèces, comme les épaulards, plusieurs études ont aussi trouvé des preuves qui témoignent de l’existence de différents dialectes au sein de groupes distincts. 

De nombreuses espèces de baleines forment des groupes grégaires où une bonne communication est essentielle. Les vocalisations peuvent également être utilisées pour communiquer une agression, la trouvaille de la nourriture avec ses congénères, alerter d’une menace, à communiquer l’agressivité et l’humeur, à former des liens, à avertir des intrus et à coordonner les mouvements. 

De nombreuses études ont été menées sur la communication chez les grands dauphins. Ces animaux ont surpris les scientifiques par leurs talents de mimétisme. Il a également été démontré qu’ils émettent des sifflements caractéristiques, dites «signature whistles». Ce sifflement permet aux nouveau-nés d’identifier leur mère. Lorsque le sifflement caractéristique des nouveau-nés mâles sera complètement développé, il ressemblera à celui de leur mère. Chez les cétacés, les liens mère-baleineau sont essentiels à la transmission des comportements, connus sous le nom de culture, et à l’apprentissage vocal. 

Le saviez-vous?

On a récemment découvert que les cachalots possédaient un alphabet phonétique. Ce niveau de complexité, que l’on pensait présent seulement  chez les humains, montre que des vocalisations expressives et structurées peuvent apparaître chez des animaux dont la lignée évolutive et le développement vocal sont différents des nôtres. Cette recherche a montré que la combinaison du rythme, du tempo, du rubato et de l’ornementation présente dans les vocalisations du cachalot n’est pas aléatoire et forme un langage complexe. Cette découverte révolutionnaire pourrait être essentielle pour comprendre comment le sens du langage est transmis entre les individus, et même ouvrir de nouvelles voies de recherche pour comprendre comment la communication se produit chez d’autres espèces. 

Recherche comparative

Il est essentiel que des recherches comparatives sur le rythme vocal d’autres espèces soient menées parallèlement à l’analyse vocale des cétacés. Dans l’espoir de comprendre un jour comment nos propres vocalisations ont évolué, ou pourquoi la parole est rythmée, ou même comment nous sommes capables de les traiter, il faudrait utiliser une approche comparative. Bien qu’il existe certaines similitudes entre les espèces, tous les aspects de la parole n’ont pas évolué en même temps ou de la même manière. En étudiant la présence ou l’absence de traits cognitifs et comportementaux chez d’autres espèces, il est possible de déterminer quels sont les traits partagés entre les espèces et quels sont ceux qui sont spécifiques à l’humain.

Cette approche a déjà pris beaucoup d’ampleur et de nombreux projets comparant les vocalisations d’oiseaux chanteurs, de poissons, de grenouilles et d’autres mammifères ont déjà été publiés. Grâce à ces résultats, les chercheurs et chercheuses ont déjà pu conclure que les vocalisations isochrones sont plus répandues dans le règne animal. La plupart des animaux, tels que les oiseaux, les grenouilles, les primates, les pinnipèdes, les rongeurs, les chauves-souris et les canidés, produisent des vocalisations isochrones, en particulier dans les contextes d’accouplement. Les vocalisations sont également plus fréquentes dans les conflits territoriaux, les appels agressifs et dans des situations de stress ou d’excitation. 

Bien que les oiseaux chanteurs soient généralement les espèces clés utilisées dans les recherches comparatives sur le rythme vocal, ils ne sont pas idéaux si nous voulons comprendre l’évolution vocale de l’humain. Les ancêtres des humains et des oiseaux ont divergé il y a environ 600 millions d’années. Les baleines, en revanche, sont plus proches de nous sur l’arbre évolutionnaire. Notre dernier ancêtre en commun aurait vécu il y a 200 millions d’années. Étant des mammifères, elles constituent donc une étude de cas intéressante.

Bien qu’il reste encore beaucoup de travail à faire pour comprendre pleinement la vocalisation des cétacés, Taylor A. Hersh et son équipe sont convaincus que l’avenir de la recherche sur le rythme se trouve entre les nageoires de ces grands mammifères. 

Actualité - 3/7/2024

Yael Medav

Yael Medav est une rédactrice au GREMM depuis le début de la saison 2024. Elle vient de finir son baccalauréat en biologie de la faune à l’université de McGill. Elle est fascinée par les baleines et espère voir une baleine noire cet été!

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