Narval (Monodon monceros)

Narval

ligne décoration
  • Numéro d’identification

    Inconnu

  • Sexe

    Mâle

  • Naissance

    Inconnue

  • Connu depuis

    2016

Traits distinctifs

Pour distinguer le narval des bélugas, on peut noter sa peau mouchetée et sa grande dent torsadée. Pour le reconnaitre année après année, il faut observer les agencements des taches sur son dos et son cou. Attention! Le patron de coloration des narvals évolue avec le temps, ce qui pourrait le rendre plus difficile à identifier hors de tout doute au fil des ans.

Son histoire

Depuis 2016, ce narval mâle juvénile nage parmi des bélugas du Saint-Laurent. Venu de l’Arctique, à plus de 1000 km du Saint-Laurent, il est bien éloigné de son habitat naturel. S’est-il perdu? A-t-il fui un prédateur trop longtemps et n’a pas retrouvé son chemin? A-t-il suivi des proies? Ou encore, a-t-il simplement un tempérament explorateur? Dans tous les cas, le narval semble avoir trouvé une société d’accueil : celle des bélugas du Saint-Laurent. À chaque observation, il est toujours en compagnie d’autres bélugas.

2017
2018
narval nageant sur le dos
2020
dent de narval
2020
narval avec bélugas
2020
2019
2019

Narval et béluga, des cousins venus du froid

Le narval et le béluga sont les deux seules espèces qui font partie de la famille des monodontidés, dans le sous-ordre des baleines à dents. Ces deux espèces vivent dans les régions arctiques et subarctiques et ont une distribution circumpolaire, c’est-à-dire tout autour du pôle. Cousins, les bélugas et les narvals partagent des traits caractéristiques comme l’absence de nageoire dorsale sur le dos. Ils ont plutôt une crête dorsale qui serait peut-être une adaptation à la vie en eau froide. En effet, chez la plupart des cétacés, la nageoire dorsale, dépourvue de couche de graisse, est reconnue pour servir à évacuer la chaleur. Plus petite et plus solide, la crête dorsale des monodontidés servirait entre autres à casser la glace afin de remonter à la surface.

À l’âge adulte, un narval mesure environ la même taille que celle d’un béluga, soit de 3,95 m à 5,5 m. À cette longueur s’ajoute, chez le mâle, celle de la dent protubérante, qui peut mesurer jusqu’à 3 m!

Comme chez les bélugas, la couleur des narvals évolue avec le temps. La peau pâlit avec l’âge et les taches mouchetées sur son dos se modifient.

Les bélugas comme les narvals sont très sociables. Grégaires, on les voit plus souvent en groupe. Pour ces deux espèces, les femelles vivent la ménopause et les grands-mères auraient un rôle à jouer dans les soins aux petits et la transmission de savoirs.

Malgré leurs ressemblances et leur proximité, on ne croise habituellement pas les narvals et les bélugas ensemble. La chercheuse Marianne Marcoux, spécialiste des narvals chez Pêches et Océans Canada raconte : «J’ai déjà observé un béluga qui nageait au milieu d’un groupe de narval dans le détroit Éclipse. Les bélugas et les narvals ont déjà été observés ensemble durant leur migrationdu printemps dans le bras Navy Board, mais on croit que ces rencontres sont temporaires. Dans le nord-ouest de la baie d’Hudson, c’est un des rares endroits où la distribution des narvals et des bélugas au Canada se chevauche. Les narvals et les bélugas sont à proximité, mais ne se mélangent pas nécessairement.» Ainsi, les mélanges des deux espèces ne sont pas fréquents.

Le narval peut-il communiquer avec les bélugas?

C’est fort possible que le narval parvienne à comprendre les bélugas et à se faire comprendre. La chercheuse Valeria Vergara, affiliée à l’organisme Ocean Wise et collaboratrice du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), est spécialiste de la communication chez les bélugas. «J’ai peu de doutes que les narvals et les bélugas puissent bien communiquer entre eux. Il n’y a qu’un seul article scientifique publié sur le sujet, et il indique que les cris de contact chez les narvals sont très similaires à ceux des bélugas. J’ai pu entendre les enregistrements pris par l’auteur de l’article Ari Shapiro et j’ai vraiment pu reconnaitre les similitudes», explique-t-elle.

Les cris de contact sont un élément de communication qui servirait à identifier l’animal qui émet le son, un peu comme lorsqu’on utilise un talkie-walkie, on se nomme avant de parler.

Valeria Vergara ajoute que «les chercheurs qui travaillent dans des secteurs où les deux espèces cohabitent ont souvent de la difficulté à distinguer les deux espèces sur les enregistrements passifs, où aucune observation visuelle n’est faite. Ce n’est pas très surprenant, étant donné leur proximité taxonomique et le fait qu’ils ont évolué dans un environnement similaire.» Est-ce que les spécialistes de la communication des mammifères marins dans le Saint-Laurent comme Valeria Vergara ou Yvan Simard de Pêches et Océans Canada reconnaitront le narval dans les enregistrements faits ici? À suivre!

Est-ce que des chercheurs connaissaient ce narval dans l’Arctique?

Les projets de photo-identification de narvals sont rares. Dans le cadre d’une étude en Arctique, les chercheuses Marianne Marcoux (Pêches et Océans Canada) et Marie Auger-Méthé (Université Dalhousie) se sont fiées aux entailles dans la crête dorsale des animaux pour les différencier. En effet, le patron de coloration évolue chez les narvals avec les années — contrairement au rorqual bleu par exemple, chez qui les mosaïques mouchetées sont permanentes. Néanmoins, les deux chercheuses n’ont pas retrouvé le narval du Saint-Laurent parmi les narvals présents dans leur catalogue.

Une corne? Une dent? Une défense?

Non, ce n’est pas une corne de licorne, mais bien une dent qui pousse à travers la lèvre supérieure du narval! Le nom latin du narvalMonodon monocerossignifie d’ailleurs «une dent, une corne». Le narval n’a habituellement que deux dents, dont une seule qui pousse en torsade et peut mesurer jusqu’à 3 m chez le mâle adulte. Quelques rares narvals verront leurs deux dents pousser hors de la lèvre, et souvent une sera plus courte que l’autre. Cette dent caractéristique, aussi appelée défense, est trouvée chez les mâles, et à l’occasion chez les femelles. Au Centre d’interprétation des mammifères marins, on peut soulever une dent de narval de 176 cm et de 15 livres (6,8 kilos).

«Notre» narval a encore une relativement petite dent, signe qu’il n’a pas encore atteint la maturité sexuelle. Elle a tout de même grandi depuis 2016, et pousse chaque année davantage.

À quoi sert cette dent?

Les hypothèses varient et il est possible que sa fonction soit multiple. L’analyse de dents de narval a montré des millions de terminaisons nerveuses, ce qui pourrait permettre au narval de sentir la pression, la salinité et la température de l’eau ou encore de détecter des proies. Dans un milieu très noir, souvent recouvert de glace, la dent pourrait donc servir de «lampe de poche», permettant de trouver un trou dans le couvert glacé pour respirer.

À une occasion, en 2017, des chercheurs ont pu filmer des narvals en train d’assommer des proies avec leur dent. Cette technique avait déjà été rapportée par des Inuits, mais n’avait pas encore été documentée. Toutefois, on ne sait pas à quel point cette façon de chasser est commune ou non.

La dent peut aussi être un attribut apprécié des femelles et favoriser la reproduction de certains mâles. Elle pourrait même percevoir des changements hormonaux chez les femelles.

Des marques et cicatrices sur les mâles montrent que la dent pourrait aussi servir à des combats. Toutefois, aucun chercheur n’a documenté de tels échanges et même les Inuits ne semblent pas avoir jamais assisté à de telles démonstrations d’agressivité. Par contre, il faut garder en tête que les observations dans l’Arctique sont rendues compliquées par les glaces et la noirceur une bonne partie de l’année. Les jeunes mâles sont souvent observés croisant leur dent durant la saison estivale. Une façon de pratiquer leur combattivité? De communiquer?

Il reste encore bien des mystères autour de la fameuse dent de la licorne des mers.

Le narval pourrait-il se reproduire avec un béluga?

Une équipe de recherche danoise a pu confirmer en 2019 qu’au moins un hybride narval-béluga a bel et bien déjà vécu. Publiée dans Scientific Reports, cette étude a même pu démontrer grâce à l’analyse de l’ADN sur le crâne que l’individu mâle était né d’une femelle narval et d’un mâle béluga.

L’histoire de cette découverte commence en 1990, alors qu’un chercheur danois remarque un crâne étrange sur le toit de la maison d’un Inuit dans l’ouest du Groenland. La forme du crâne rappelle celle du béluga et du narval, mais pas celle de la dentition. Les dents sont plus nombreuses que celles du narval et moins nombreuses que celles du béluga, elles sont aussi plus inclinées et certaines sont torsadées, comme la canine gauche du narval. L’Inuit a conservé ce crâne, mais lors de sa chasse de subsistance, il a observé deux autres individus semblables à celui à qui le crâne appartenait. Selon la description qu’il a donnée au chercheur, la baleine était grise, de taille adulte, sans nageoire dorsale, avec des pectorales similaires à celles des bélugas et une queue de la forme de celle d’un narval. Le chercheur ramène le crâne au Musée d’histoire naturelle du Danemark, à l’Université de Copenhague, où il est conservé. Puis, en 2019, les chercheurs ont enfin accès à la technologie nécessaire pour confirmer l’hypothèse d’un hybride. Ils ont aussi pu étudier à l’aide des isotopes stables la diète de l’animal, qui diverge de celles des narvals et des bélugas de sa région. Pourquoi? Possiblement à cause de son étrange dentition, il était plus apte à chercher des proies au fond de l’eau. Malgré sa différence, la baleine a pu vivre jusqu’à l’âge adulte.

Revenons au Saint-Laurent. Ici, le narval présent parmi les bélugas est un mâle, donc l’inverse du cas au Groenland. Est-ce qu’une hybridation est possible dans ce sens? Pour le moment, le narval n’a probablement pas atteint sa maturité sexuelle. Celle-ci surviendra autour de l’âge de 11 à 13 ans, quelques années après celle des narvals femelles. Est-ce qu’à ce moment-là, les femelles bélugas s’intéresseront à lui? Est-il fertile? Est-ce qu’une hybridation sera possible? À suivre!

Narval en péril ou non?

Le narval n’est pas nécessairement en danger ici.

La situation de l’espèce «narval» est considérée comme préoccupante pour le Comité sur les espèces en péril au Canada. L’accélération des changements climatiques perturbe leur habitat, la répartition de leurs proies, et augmente le trafic maritime dans un secteur qui en était jusqu’à très récemment exempt. Pour les 160 000 narvals estimés au Canada, la lutte contre les changements climatiques est essentielle à la qualité de leur habitat.

Par contre, même si le narval n’est pas en péril dans le Saint-Laurent, «notre» narval est actuellement observé auprès de bélugas qui, eux, forment une population en voie de disparition. Ainsi, peu importe où vous êtes dans l’estuaire, une distance minimale de 400 mètres doit être maintenue avec les bélugas, et donc avec le narval.

Historique des observations dans l’estuaire

2016
2017
2018
2019
2020

Années pendant lesquelles l’animal n’a pas été observé Années pendant lesquelles l’animal a été observé

Dernières nouvelles issues des publications Portrait de baleines

Un dos moucheté contraste avec la blancheur des bélugas nageant devant le site d’observation terrestre Pointe-Noire, à Baie-Sainte-Catherine, le 4 aout. L’assistante de recherche du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), Laurence Tremblay, pointe la lentille de sa caméra sur le groupe. Grâce à sa focalisation, elle croque le portrait d’un narval!

Les bélugas et le narval s’activent près de la surface. Les corps se frôlent, se touchent, se bousculent presque. La canine gauche torsadée du narval s’élève dans les airs. Chez un narval adulte, elle peut atteindre la taille respectable de 2,5 mètres! Mais le narval qui nage dans le Saint-Laurent depuis 2016 n’en a pas encore une aussi grande.

Des bélugas donnent des coups de bassin au narval, un comportement appelé en anglais «pelvic thrust». Est-ce que cette accolade pelvienne est une pratique à la reproduction? Une forme de «poignée de main» pour une clique de bélugas? Un mouvement tout simplement agréable à effectuer? Voilà le genre de question pas si facile à élucider qui intéresse l’équipe de recherche du GREMM.

Le 5 aout, le narval est observé dans le parc national du Fjord-du-Saguenay, dans la baie Sainte-Marguerite.

Par Camille Bégin Marchand

Le narval a encore été identifié cette année à quelques reprises. Il n’a pas de code, car il s’agit du premier individu de son espèce ayant été photo-identifié dans l’estuaire. Le narval se distingue par sa coloration sombre mouchetée qui fait contraste à la coloration blanche quasi uniforme des bélugas avec lesquels il se trouve. Autre différence avec les bélugas : sa «défense», qui est en fait l’incisive gauche bien visible. Cette dent encore courte n’émerge pas souvent hors de l’eau. La taille de la dent indique qu’il s’agirait probablement d’un juvénile. Les assistants de recherche du GREMM ont comparé les photos des deux flancs de l’individu observé cette année avec les photos des deux dernières années. La coloration évoluant chaque année chez le narval, ce sont généralement les entailles dans la crête dorsale qui permettent de l’identifier. Dans le cas de cet individu, les taches près du cou et autour de la crête étaient encore présentes et ont permis de confirmer qu’il s’agit bien du même narval observé depuis 2016. Pour l’instant, nous n’avons pas encore regardé si le narval est vu avec les mêmes bélugas chaque année ni à chaque observation.

Le narval et le béluga sont les deux seules espèces qui font partie de la famille des monodontidés, dans le sous-ordre des baleines à dents. Le narval n’a qu’une seule dent qui pousse en torsade et peut mesurer jusqu’à 300 cm chez le mâle adulte. Cette dent caractéristique est trouvée chez les mâles, et à l’occasion chez les femelles. Au Centre d’interprétation des mammifères marins, on peut soulever une dent de narval de 176 cm et de 15 livres (6,8 kilos). Cousins, les bélugas et les narvals partagent des traits caractéristiques. Ces deux espèces vivent dans les régions arctiques et subarctiques et ont une distribution circumpolaire, c’est-à-dire tout autour du pôle Nord. Ils sont caractérisés par l’absence de nageoire dorsale sur le dos. Ils ont plutôt une crête dorsale qui serait peut-être une adaptation à la vie en eau froide. En effet, la nageoire dorsale chez les cétacés, dépourvue de couche de graisse, est reconnue pour servir à évacuer la chaleur. Cette crête dorsale chez les monodontidés servirait entre autres à casser la glace afin de remonter à la surface.

Les bélugas et les narvals sont très sociables. Grégaires, on les voit plus souvent en groupe. Jusqu’à maintenant, aucun hybride de béluga et de narval n’a été confirmé. Vers la fin des années 80, un crâne découvert dans l’ouest du Groenland appartenant à une baleine à dent a soulevé des hypothèses dans la communauté, mais aucune conclusion n’a pu être émise. [Mise à jour 2020: cette découverte a pu être confirmée, il y a bel et bien un hybride narval-béluga]

Par Audrey Tawel-Thibert

Pour ce numéro, la formule conventionnelle de Portrait de baleines est assouplie à l’occasion de la présence confirmée d’un visiteur tout particulier : le narval en cavale aperçu l’été dernier a pointé le bout de sa dent dans le parc marin ! C’est tout à fait par hasard que l’animal fut photographié le 20 aout dernier, au large de Pointe-Noire. Notre assistant de recherche avait pris quelques clichés d’un troupeau d’environ six bélugas qui passait par là, et il en était à examiner ses photos lorsque sa collègue elle aussi à bord a remarqué un animal qui contrastait par sa robe sombre et mouchetée. Les doutes furent rapidement dissipés : c’était bien un narval !

Les projets de photo-identification de narvals sont rares. Dans le cadre d’une étude en Arctique, les chercheuses Marianne Marcoux (Pêches et Océans Canada) et Marie Auger-Méthé (Université Dalhousie) se sont fiées aux entailles dans la crête dorsale des animaux pour les différencier, puisque le patron de coloration évolue chez les narvals avec les années – contrairement au rorqual bleu par exemple, chez qui les mosaïques mouchetées sont permanentes.

«Il faudra d’autres séries de photos pour un suivi à long terme de l’animal», ajoute Robert Michaud, directeur scientifique du GREMM. Soulignons au passage que, bien que la tentation puisse être grande d’aller jeter un œil à notre hôte tout spécial, ce dernier semble s’être greffé à un groupe de bélugas. Cela signifie qu’aucune entorse au respect des mesures prescrites ne saurait être justifiée par la présence du narval. La distance minimale de 400 m entre les embarcations et les bélugas – même si le narval les accompagne – demeure obligatoire. Merci de protéger cette population en danger !

Pour revenir à notre visiteur exceptionnel, il a fallu scruter le patron de pigmentation pour valider qu’il s’agissait du même individu que celui documenté l’an dernier : les marques distinctives autour de la tête et du cou du narval ont servi de référence puisqu’en un an, elles sont restées inchangées. « Nous n’avons pas de catalogue de narvals. Il y en a beaucoup au Canada (150 000). De plus, les narvals n’ont pas beaucoup de diversité génétique, alors ce n’est pas possible d’utiliser la génétique pour déterminer d’où vient ce narval », précise Dre Marcoux.