«Le début d’automne, c’est le plus beau moment de l’année pour les baleines!», décrète Renaud Pintiaux, qui observe les baleines pratiquement tous les jours dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent depuis des années. La lumière dorée, l’air frais qui permet de voir les souffles — même ceux des bélugas — , le début des couleurs dans les arbres, tout concourt à rendre les séances de contemplation inoubliables.

Le 22 septembre, Renaud observe un grand rassemblement de rorquals communs à la marée montante. Quinze individus s’agglutinent, réunissant leurs efforts afin de rassembler les proies. Des goélands chapardent quelques poissons. Renaud réussit à photographier ce qui pend des becs : du capelan. Petit poisson vivant en banc, le capelan est une proie riche et grasse, aimée des baleines comme des oiseaux et même de certains gros poissons. Plus nourrissant que le lançon, le capelan est parfait pour faire les dernières réserves avant la migration.

Dans le parc marin, quelques rorquals à bosse profitent encore de l’abondance de nourriture. H930 et H944 ont d’ailleurs offert un spectacle incroyable aux personnes sur l’eau le 22 septembre. «On les voyait en transparence et, pour la première fois, j’ai vraiment eu l’impression de les voir voler sous l’eau», raconte Renaud Pintiaux. Le nom latin des rorquals à bosse (Megaptera novaeangliae) réfère aux nageoires pectorales comme de «grandes ailes». À l’occasion, les rorquals à bosse les déploient et donnent l’impression de battre des ailes.

Une baleine noire de l’Atlantique Nord dans l’estuaire

Le 23 septembre, alors que le vent se lève et que les vagues se creusent, Renaud Pintiaux remarque une baleine différente des rorquals à bosse. Son souffle est plus large, en V. Il n’arrive pas à repérer de nageoire dorsale, mais est-ce à cause des vagues, s’interroge-t-il? Puis, la baleine plonge et dévoile une échancrure de queue complètement lisse. Il n’en croit pas ses yeux. Près de vingt minutes plus tard, la baleine refait surface. Cette fois, le capitaine et lui sont certains : c’est bien une baleine noire de l’Atlantique Nord, à deux milles nautiques de la côte des Bergeronnes. Malheureusement, il n’arrive pas à prendre de photo.

Lors d’observations en 2015 et 2016, les baleines noires de l’Atlantique Nord, aussi appelées baleines franches, n’ont effectué qu’un rapide séjour dans l’estuaire. Elles peuvent parcourir de grandes. Dans le golfe du Saint-Laurent, les chercheurs ont calculé qu’elles peuvent nager 50 km en une journée!

Cette espèce est en voie de disparition, avec environ 400 individus et une centaine de femelles en âge de se reproduire seulement. Pour participer à son rétablissement, il faut garder 400 mètres de distance avec elle, même si la curiosité est grande…

«L’automne est aux bleues»

Les marsouins communs, présents en grand nombre il y a quelques semaines, semblent maintenant avoir quitté l’estuaire. On les trouve encore du côté du golfe du Saint-Laurent, où navigue Jacques Gélineau.

Il sort cette semaine en compagnie du directeur de la Station de recherche des iles Mingan, Richard Sears. Les rorquals bleus semblent majoritairement être dans le secteur de Sept-Îles ces jours-ci. Les autres espèces sont présentes en moins grand nombre d’individus, alors qu’une poignée de rorquals communs s’y alimentent et un seul rorqual à bosse est observé. «L’automne est aux bleues», décrète en riant Jacques Gélineau. Mais attention! Ce n’est pas parce qu’on ne les voit pas qu’elles ne sont pas là. Les conditions de navigation automnales rapetissent les territoires couverts, nuisent parfois à la visibilité et imposent à l’occasion de longs intervalles entre deux sorties. Et il faut le dire, une bonne dose de chance est nécessaire pour repérer les baleines. Avec seulement quelques séquences respiratoires en surface, la sortie d’une baleine peut vite être ratée si on n’est pas attentif.

Une demi-queue!

Une naturaliste à bord d’une croisière aux baleines au large de Forillon, en Gaspésie, s’étonne de voir un rorqual commun avec la nageoire caudale coupée en deux, le 20 septembre. «Il manque le lobe gauche au complet! C’est une vieille blessure, bien cicatrisée, mais c’est impressionnant», souligne-t-elle. Un rorqual commun ayant une queue difforme a été photographié dans l’estuaire en 2017.  En Méditerranée, un rorqual commun surnommé Fluker a vécu de 1996 à 2018 avec un seul lobe, suite à une collision. Toutefois, depuis qu’il a perdu le deuxième lobe en 2019, probablement dans un empêtrement qui a coupé la circulation dans la queue, on le croit condamné.  Dans l’estuaire, un béluga sans lobe de queue semble réussir à mener une vie «normale». Ainsi, les baleines peuvent parfois s’adapter à un handicap. Mais pour chaque espèce, la façon de nager diffère. L’impact de la perte des lobes de la nageoire caudale n’est donc pas le même.

Le rorqual à bosse H944 a approché un bateau d’observation. © Renaud Pintiaux
Les rorquals communs se regroupent. © Renaud Pintiaux
Un petit rorqual a sauté devant Gallix. Ce fut 3 minutes de grande joie pour l’observatrice! © Marielle Vanasse

C’est la dernière carte des observations de la semaine!

La chronique se poursuivra toute l’année, mais nous ne ferons plus la carte jusqu’à juin prochain.

Les observations donnent une idée de la présence des baleines et ne représentent pas du tout la répartition réelle des baleines dans le Saint-Laurent. À utiliser pour le plaisir!

La carte fonctionne bien sur Chrome et Firefox, mais pas aussi bien sur Safari.

Pour faire apparaitre la liste des observations, cliquez sur l’icône du coin supérieur gauche.

Observations de la semaine - 24/9/2020

Marie-Ève Muller

Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017 et est porte-parole du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins (RQUMM). Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.

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