Baleines noires: le dossier de 2019

  • Wolverine a été repéré par les survols aériens les 4 et 5 juin. // Wolverine was spotted on June 4 during an aerial survey. © MMPA research permit #21371 & SARA permit exempted. NOAA/NEFSC/Leah Crowe
    16 / 07 / 2019 Par Marie-Ève Muller - /

    Les baleines noires de l’Atlantique Nord sont en voie de disparition. Leur espèce ne compte plus que quelque 400 individus. Leurs principales menaces: les empêtrements dans les engins de pêche (cordages) et les collisions avec les navires. Une partie de la population des baleines noires de l’Atlantique Nord passait traditionnellement les étés dans la baie de Fundy. Depuis 2017, la baie de Fundy semble moins fréquentée et une augmentation majeure des observations de baleines noires a été notée dans le golfe du Saint-Laurent. En 2017, douze carcasses de baleines noires ont été trouvées dans le golfe. Des mesures d’atténuation des risques d’empêtrement et de collisions ont été instaurées d’urgence durant l’été. En 2018, des mesures ont aussi été appliquées. Aucune carcasse n’a alors été trouvée. Encore cette année, des zones de réduction de vitesse et de mesures d’atténuation des menaces d’empêtrements ont été mises en place. Suivez les actualités liées aux baleines noires ici.

    Outils de référence

    Carte interactive des observations de baleines noires en eaux canadiennes : WhaleMap et Attentif aux baleines

    Carte interactive des observations de baleines noires en eaux états-uniennes: NOAA

    Suivi des mesures de ralentissement en prévention des collisions : Transports Canada

    Mesures de gestion des pêches 2019 : Pêches et Océans Canada

    Suivi des fermetures de zones de pêche : Pêches et Océans Canada

    Le dossier sur les baleines noires en 2018 (Baleines en direct)

    Le dossier sur les baleines noires en 2017 (Baleines en direct)

    La fiche signalétique de la baleine noire (Baleines en direct)

    Le dossier 2019 en dates

    4 juin: Découverte d’une carcasse de baleine noire. Elle sera identifiée comme Wolverine, un mâle né en 2010.

    7 juin: Nécropsie de la baleine noire à Miscou, Nouveau-Brunswick. Les analyses n’ont pas permis de trouver une cause de décès.

    20 juin: Découverte d’une deuxième carcasse de baleine noire.

    25 juin: Nécropsie de la baleine noire Punctuation, à Chéticamp, Nouvelle-Écosse. Découverte de deux nouvelles carcasses de baleines noires, pour un total de quatre.

    26 juin: Découverte d’une cinquième carcasse sur l’ile d’Anticosti, au Québec.

    27 juin: Découverte d’une sixième carcasse, celle de Clipper, au large de la Gaspésie.

    28 juin: Nécropsie de Comet, à Norway, Île-du-Prince-Édouard.

    29 juin: Signalement d’une baleine noire empêtrée au nord-est de l’ile de Miscou, Nouveau-Brunswick. Elle est identifiée comme étant EG4440.

    1er juillet: Nécropsie de Clipper, à Grand-Étang, Québec. Les résultats préliminaires de la nécropsie démontrent qu’une collision a causé la mort.

    4 juillet: Signalement de deux autres baleines noires empêtrées. Une, non-identifiée, se trouvait au large de la Gaspésie, Québec, tandis que l’autre, EG4423, se trouvait à l’est de l’ile Miscou, Nouveau-Brunswick.

    8 juillet: Le gouvernement du Canada annonce de nouvelles mesures pour prévenir les cas de collisions et d’empêtrements.

    11 juillet: La baleine EG4423 est partiellement dépêtrée par l’équipe d’intervention.

    16 juillet: Nouvelles tentatives de dépêtrement pour EG4423

    18 juillet: Une septième carcasse de baleine noire est repérée à l’ouest des Îles-de-la-Madeleine. Elle sera nécropsiée le 21 juillet.

    19 juillet: Une huitième carcasse de baleine noire est repérée au large de la Nouvelle-Écosse. Un pêcheur avait signalé cette carcasse le 24 juin, mais n’avait pas pu identifier l’espèce. Elle est maintenant confirmée.

    Petit portrait des six baleines noires décédées

    Merci à l’Anderson Cabot Center for Ocean Life du New England Aquarium pour les informations contenues dans le catalogue de photo-identification des baleines noires de l’Atlantique Nord. Pour lire les portraits complets (en anglais), cliquez sur les noms des baleines.

    Wolverine
    Identification : 4023
    Sexe : Mâle
    Parent: Femelle EG3123
    Année de naissance : 2010
    Évènements au cours de la vie: Collision avec une hélice de moteur lui laissant trois grandes cicatrices à l’âge de cinq ans. Durant les cinq premières années de sa vie, Wolverine a été vu empêtré trois fois, deux empêtrements considérés comme mineurs et un modéré, selon les standards développés par le New England Aquarium.
    Cause de décès: résultats de la nécropsie non concluants pour identifier les causes de mortalité.

    Punctuation
    Identification : 1281
    Sexe : Femelle
    Âge : environ 40 ans
    Baleineau: au moins 8, dont deux ont aussi eu des petits à leur tour
    Évènements au cours de la vie: Elle avait été frappée au moins deux autres fois par des navires. Elle s’était empêtrée au moins cinq fois.
    Cause de décès : traumatisme qui correspond aux séquelles liées à une collision avec un navire.

    Comet
    Identification : 1514
    Sexe: Mâle
    Année de naissance: avant 1989
    Cause de décès : traumatisme qui correspond aux séquelles liées à une collision avec un navire.

    Baleine non nommée
    Identification: non connue
    Sexe: femelle
    Année de naissance: avant 2008
    Cause de décès : vu l’état de décomposition avancée, aucune nécropsie ne sera réalisée. Des échantillonnages en mer pourraient être réalisés. Pour le moment, aucune information sur la cause de décès

    #3329
    Sexe: Femelle
    Âge: Née en 2003 (donc 16 ans)
    Parents:  femelle Viola EG2029 et mâle EG1419
    Évènements au cours de la vie: A été empêtrée au moins quatre fois dans des engins de pêche
    Cause de décès : inconnue

    Clipper
    Identification: 3450
    Sexe: Femelle
    Âge: Inconnu
    Baleineau: 1, en 2016
    Évènements au cours de la vie: A vécu au moins une autre collision, où une grande partie de sa nageoire caudale avait été tranchée, d’où son nom «Clipper». A aussi vécu deux empêtrements mineurs.
    Cause de décès: traumatisme qui correspond aux séquelles liées à une collision avec un navire

     


    19 juillet | Une septième et une huitième carcasse de baleine noire trouvée

    Deux nouveaux cas de baleines noires mortes ont été confirmés aujourd’hui par Pêches et Océans Canada. Une septième baleine noire dérivant dans le golfe du Saint-Laurent a été repérée le 18 juillet lors d’un survol aérien à l’ouest des Îles-de-la-Madeleine, confirme Pêches et Océans Canada. Elle a été remorquée par la Garde côtière canadienne le 19 juillet, en vue d’une nécropsie complète. L’analyse de la carcasse devrait avoir lieu le 21 juillet en Gaspésie, à Grand-Étang, dans l’espoir de documenter ce qui a pu arriver à l’animal. Pour le moment, l’individu n’est pas identifié.

    Le 19 juillet, une autre carcasse de baleine noire a aussi été repérée. Cette carcasse avait en fait été signalée le 24 juin par un pêcheur, mais il n’avait pas été possible de la retrouver et de pouvoir identifier avec certitude l’espèce. La décomposition avancée ne permettra pas d’effectuer de nécropsie. Avec cette découverte, le compte est maintenant de huit carcasses de baleines noires.

    © Pêches et Océans Canada

    Les baleines noires de l’Atlantique Nord forment une population en voie de disparition. La perte de plus de 1% de la population en une seule saison inquiète les chercheurs et chercheuses. Le gouvernement du Canada a annoncé récemment des renforcements de ses mesures de prévention des collisions et des empêtrements. Depuis jeudi, des agents des pêches collaborent avec la garde côtière pour retirer les engins de pêche (cordages, casiers, bouées, etc.) perdus par les pêcheurs, afin d’éviter que des baleines s’y empêtrent.

    Au cours des dernières semaines, trois baleines noires ont été repérées empêtrées dans du matériel de pêche. Les empêtrements peuvent causer d’importantes blessures aux baleines, nuire à leur capacité de se déplacer ou de se nourrir, les épuiser et même les noyer, si le poids des cordages est trop lourd à porter. À long terme, un empêtrement peut aussi réduire la capacité d’une baleine à se reproduire.

    EG4440 a été photographiée avant la tentative de dépêtrement du 16 juillet. Le frottement du cordage au niveau de la queue a blessé l’animal. © ACCOL/New England Aquarium and Canadian Whale Institute

    Le 16 juillet,  l’équipe de sauvetage des baleines de Campobello, aidée des équipes de Pêches et Océans Canada et de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), a pu reprendre ses tentatives de sauvetage de deux baleines noires empêtrées sur trois. Les deux baleines ont pu être délestées de matériel, mais seulement partiellement. Le gouvernement du Canada, en collaboration avec la National Oceanic and Atmospheric Administration, poursuit sa surveillance aérienne pour documenter la présence des baleines noires en eaux canadiennes et pour repérer les baleines empêtrées dans le but de leur venir en aide.

    16 juillet | Aucun dépêtrement complet, mais des cordages enlevés ou coupés

    Les baleines EG4423 et EG4440 nagent désormais allégées d’une partie du poids du cordage enroulé autour de leur corps. Le 16 juillet, l’équipe de sauvetage des baleines de Campobello, aidée des équipes de Pêches et Océans Canada et de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), a pu reprendre ses tentatives de sauvetage de deux baleines noires empêtrées sur trois. Les journées précédentes présentaient des conditions météorologiques trop dangereuses pour tenter une telle opération.

    Durant les vols de surveillance aérienne, la baleine noire EG4423 a été repérée en matinée. Elle avait déjà été partiellement dépêtrée le 11 juillet dernier. Malgré les efforts du 16 juillet, il a été impossible de retirer complètement l’engin de pêche dans lequel elle s’était empêtrée, mais d’autres cordages ont pu être enlevés. Les équipes présentes auraient ainsi réduit le poids que cette baleine porterait depuis avril 2019, alors qu’elle avait été potentiellement observée aux États-Unis.

    EG4440 a, quant à elle, été repérée en fin d’après-midi. Même si, elle non plus, n’a pas pu être libérée complètement de l’engin de pêche auquel elle est accrochée, la corde prise de la mâchoire à la queue a pu être coupée.

    Les survols aériens continueront au cours des prochains jours pour documenter la présence et les activités des baleines noires dans le golfe du Saint-Laurent. Si EG4440 et EG4423 les baleines empêtrées sont repérées, les équipes observeront comment l’empêtrement a évolué après les tentatives de dépêtrement. Les équipes n’ont pas revu encore la troisième baleine empêtrée.

    Aucun autre cas d’empêtrement chez des baleines noires de l’Atlantique Nord n’a été observé depuis la découverte de ces trois baleines.


    12 juillet | La baleine EG4423 partiellement dépêtrée

    Bonne nouvelle! La baleine noire EG4423 a été partiellement dépêtrée hier. Les cordages restreignant les mouvements de sa queue ont pu être enlevés, mais les tentatives pour enlever les engins supplémentaires ont dû être arrêtés à la tombée du jour. EG#4423 est probablement empêtrée depuis avril 2019, alors qu’elle était encore en eaux étatsuniennes.


    11 juillet | Des mesures de prévention plus costaudes pour protéger les baleines noires de l’Atlantique Nord

    Application de limites de vitesse à une plus grande flotte, augmentation de la surveillance aérienne, agrandissement du secteur de limite de vitesse: le gouvernement du Canada annonce de nouvelles mesures de prévention des empêtrements et des collisions. Ces mesures surviennent après la découverte de six carcasses de baleines noires de l’Atlantique Nord, une espèce en voie de disparition. De plus, trois baleines noires ont été observées empêtrées dans des cordages utilisés pour la pêche au cours des dernières semaines.

    Ralentir, pour diminuer les risques

    Le ralentissement des navires protège les baleines des collisions de deux façons : en réduisant le risque de blessures graves ou mortelles en cas de collision et en augmentant les chances qu’une baleine ait le temps de réagir pour éviter la collision. Dorénavant, les bateaux de plus de 13 mètres devront naviguer à une vitesse maximale de 10 nœuds, alors que cette mesure ne touchait que les navires de 20 mètres et plus auparavant. Le secteur de ralentissement a également été élargi.

    carte des nouvelles mesures

    La carte des nouvelles mesures commençant le 8 juillet 2019. © Transports Canada

    Toutefois, le ralentissement des navires n’est pas sans avoir des impacts majeurs sur ceux effectuant la livraison dans des régions éloignées, comme le N/M Bella-Desgagnés qui approvisionne les communautés de la Côte-Nord inaccessibles par la terre. De plus, les embarcations touristiques aux abords de la Gaspésie, qu’ils soient des croisières internationales ou des embarcations d’observation de la faune doivent ralentir à 10 nœuds.

    Cette vitesse n’est pas choisie au hasard. À plusieurs endroits dans le monde, la mesure de réduction de vitesse à 10 nœuds a permis de réduire considérablement le risque de collision et surtout les morts liées aux collisions. Cette mesure est entre autres utilisées à l’entrée du canal de Panama, une des voies maritimes les plus fréquentées au monde.

    Baleines empêtrées à retrouver

    Depuis le 29 juin, trois baleines noires ont été repérées en fâcheuse situation. Elles sont empêtrées dans des cordages utilisés pour la pêche. Depuis, l’équipe spécialisée en dépêtrement de baleines noires, le Campobello Whale Rescue Team, est sur le qui-vive. Mais dans l’immensité du golfe du Saint-Laurent, retrouver une baleine noire empêtrée, mais nageant librement, est extrêmement difficile. Les vols de surveillance aérienne sont passés de deux par semaine à deux par jour. Une des trois baleines a été revue le 9 juillet, mais l’heure tardive à laquelle elle a été repérée n’a pas permis de poser une balise sur le cordage à sa traine. Avec une balise, il serait possible de suivre ses déplacements et d’ainsi la retrouver et intervenir plus facilement.

    Dans un message aux médias, Pêches et Océans Canada affirme être encouragé par la surveillance aérienne du 9 juillet, où un total de 90 baleines noires de l’Atlantique Nord ont été observées nageant librement dans le golfe. Ces baleines noires se trouvaient surtout dans la zone statique de fermeture de pêche, où aucun engin fixe non surveillé, c’est-à-dire où les pêcheurs laissent l’installation quelques heures à quelques jours avant de la retirer, ne peut être installé depuis la fin avril.

    Mesures costaudes devant des risques économiques

    Les mesures ne répondent pas seulement à des impératifs de survie d’une espèce. Elles répondent aussi à des impératifs économiques liés à l’exportation des produits de la mer vers les États-Unis, le principal marché de l’est du Canada. En 2017, ces exportations valaient 4,3 milliards de dollars. Or, les États-Unis ont adopté une loi sur la protection des mammifères marins, qui stipule que tous les pays exportant des produits de la mer chez eux doivent prouver qu’ils ont des mesures de protection des mammifères marins comparables aux leurs. D’ici la fin juillet, le Canada doit remettre un premier rapport concernant ses efforts de mitigation des impacts de ses pêches sur les mammifères marins. Le 1erjanvier 2022, la loi entrera en application et si les États-Unis considèrent que le Canada n’a pas pris de mesures considérables, le pays pourrait perdre son principal marché pour le homard et le crabe des neiges.

    Les règlements encadrant actuellement les pêcheries au Canada peuvent paraitre très contraignantes pour les pêcheurs, mais elles permettent de placer le pays comme un des états avec le plus de pêches certifiées durables. Les mesures actuelles de protection des baleines noires vont en ce sens.

    Pour en savoir plus

    Baleines noires: le dossier en 2019 (Baleines en direct)

    Le communiqué de presse annonçant les nouvelles mesures (Gouvernement du Canada, 08/07/2019)

    Une conférence sur les empêtrements donnée par l’experte Amy Knowlton du New England Aquarium et par deux pêcheurs (WGBHForum, 06/08/2018)


    9 juillet | Une baleine noire de l’Atlantique Nord… en France!

    Un lecteur nous a signalé une vidéo d’une baleine à l’allure bien étrange en France, au large de la Bretagne. Après validation auprès des experts du New England Aquarium, l’organisme qui gère le catalogue de photo-identification des baleines noires de l’Atlantique Nord, il s’agit du mâle Mogul. On l’y voit en train de s’alimenter en surface, probablement de copépodes, la proie favorite de la baleine noire de l’Atlantique Nord. Mogul en est à son deuxième voyage du côté est de l’océan.

    Mogul est né en 2008 de la femelle Slalom. Il est vu chaque année par les chercheurs dans les eaux étatsuniennes et dans la baie de Fundy du côté canadien, majoritairement dans des habitats côtiers, auprès d’autres baleines noires. Mais à la fin juillet 2018, Mogul est photographié au large de l’Islande par une compagnie de croisières d’observation des baleines. Pourtant, Mogul avait été vu le 21 avril 2018 au large du Massachusetts. Il a donc complété son voyage transatlantique en moins de trois mois. En mars 2019, Mogul était de retour du côté américain de l’Atlantique. Il a donc traversé à nouveau cette année vers l’Europe à une date inconnue.

    «Deux facteurs principaux influencent le comportement des baleines: la reproduction ou l’alimentation. Mogul a été filmé en train de s’alimenter ou d’essayer de le faire. Pour le peu de son corps qu’on peut voir sur la vidéo, il a l’air en bonne santé et l’observation en mars le montrait bien», explique Heather Pettis, chercheuse au New England Aquarium.

    A-t-il suivi de la nourriture jusqu’en France? En a-t-il trouvé suffisamment? L’équipe du New England Aquarium n’a pas reçu d’autres observations de Mogul depuis. Le verrons-nous à nouveau en Europe au cours des prochains mois ou des prochaines années? Impossible de le prédire. Depuis 1986, de rares individus baleines noires ont été vus du côté est de l’Atlantique, tant aux Açores qu’en Norvège. «C’est vraiment rare de voir une baleine noire en Europe», confirme cette experte de l’espèce.

    Si vous voyez une baleine en mer, il est important de garder ses distances. «Les photos ou vidéos que le public nous envoie sont très utiles, mais il est primordial de garder une bonne distance avec la baleine. Elles sont bien plus grandes que ce que l’on peut voir à la surface, alors pour sa sécurité, mais également pour celles des personnes en bateau, il faut garder ses distances», ajoute Heather Pettis.

    Historiquement, les baleines noires étaient aussi présentes du côté européen, mais ont été chassées jusqu’à l’extinction.

    Pour en savoir plus

    Le périple de Mogul en Islande [en anglais] (Anderson Cabot Center for Ocean Life, 2018)

    La fiche de Mogul dans le catalogue de photo-identification des baleines noires (New England Aquarium)

    Baleines noires: le dossier en 2019 (Baleines en direct)


     

    2 juillet | Quatre nécropsies, trois collisions

    Les résultats préliminaires de la quatrième nécropsie d’une baleine noire de l’Atlantique Nord viennent d’être annoncés par Pêches et Océans Canada. La baleine connue sous le nom de Clipper serait morte des suites d’un trauma contondant, telle une collision avec un navire. Ce résultat fait écho à celui de deux des trois autres nécropsies.

    La nécropsie a eu lieu à la halte routière de Grand-Étang, près de Cloridorme en Gaspésie, le 1er juillet. Des équipes de vétérinaires de l’Université de Montréal, de l’Atlantic Veterinary College (University of Prince Edward Island), appuyées par des experts étatsuniens et des bénévoles du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins ont travaillé de concert.

    Clipper a d’abord été identifiée vivante dans le golfe du Saint-Laurent les 4, 5 et 10 juin. Puis, le 28 juin, la carcasse de Clipper a été repérée lors de survols aériens de Pêches et Océans Canada, à environ 100 km au large de la Gaspésie. Elle est la sixième carcasse à avoir été trouvée en eaux canadiennes en 2019.

    Une première baleine noire empêtrée

    Le 30 juin, la baleine noire #4400 a été observée empêtrée dans des engins de pêche au large de l’ile Miscou, Nouveau-Brunswick. La baleine noire juvénile née en 2014 se trouvait dans une zone fermée à la pêche depuis le 28 avril. L’équipe du Campobello Whale Rescue Team, spécialisée en dépêtrement de baleines, attend de meilleures conditions météos pour tenter une opération. Elle n’a pas été revue depuis.

     


    27 juin | Six baleines noires retrouvées mortes dans le golfe du Saint-Laurent

    Pêches et Océans Canada confirme que deux nouvelles carcasses de baleines noires de l’Atlantique Nord ont été retrouvées, l’une sur la côte d’Anticosti et l’autre à la dérive au large de la Gaspésie. Cela porte le décompte à six mortalités pour cette espèce dans le golfe du Saint-Laurent cette année. En réaction, Transports Canada met en vigueur immédiatement une limitation temporaire de vitesse de 10 nœuds visant les navires de 20 mètres ou plus circulant dans l’ouest du golfe du Saint-Laurent, dans les deux couloirs de navigation désignés au nord et au sud de l’ile d’Anticosti.

    Ces précautions sont directement liées à la situation précaire de cette espèce en voie d’extinction. Michelle Sanders, directrice de la politique sur l’eau propre à Transports Canada précise que : « C’est une mesure préventive considérant que des baleines noires de l’Atlantique Nord ont été observées près des couloirs de navigation. » L’objectif est de limiter l’impact du trafic maritime sur les baleines noires.

    Une femelle connue

    La cinquième carcasse a été identifiée par le New England Aquarium à l’aide de leur catalogue. Cette femelle, née en 2003, était connue sous l’identifiant #3329. Les cicatrices qu’elles portent révèlent qu’elle a vécu au moins quatre empêtrements dans des engins de pêche. Elle avait été vue pour la dernière fois le 25 avril 2019 dans la baie de Cape Cod, aux États-Unis. Pêches et Océans Canada analyse présentement diverses options pour la récupération et pour la nécropsie de la sixième carcasse.

    La sixième carcasse n’a toujours pas été identifiée.

    Encore dans le flou

    Des six carcasses de baleines noires de l’Atlantique Nord, seules deux nécropsies ont été réalisées pour le moment. D’après Matthew Hardy, directeur de la division des ressources aquatiques chez Pêches et Océans Canada : « Il est encore trop tôt pour dire ce qu’il se passe. Les carcasses retrouvées ne montrent pas de patrons de distributions ou de mortalités. Nous travaillons activement à rassembler plus de données pour mieux cerner la situation. »

    Les baleines noires sont plus vulnérables aux empêtrements dans les engins de pêche et aux collisions avec les navires que les autres grandes baleines. Elles viennent dans le Saint-Laurent pour s’alimenter et passent donc beaucoup de temps en surface. Elles ont aussi le désavantage de se déplacer lentement.

    D’après le rapport annuel de 2018 réalisé par le North Atlantic Right Whale Consortium, il ne reste que 411 baleines noires de l’Atlantique Nord. Sept baleineaux sont nés cet hiver, alors qu’un minimum de 17 baleineaux seraient nécessaires pour amener l’espèce à son rétablissement. Pour le moment, les mortalités dénombrées dans le golfe du Saint-Laurent en 2019 représentent un déclin de 1% de cette espèce.

    Petit portrait des cinq baleines noires

    1. Wolverine
    Mâle de 9 ans
    Résultats de la nécropsie non concluants pour identifier les causes de mortalité.

    2. Punctuation
    Femelle d’environ 40 ans
    La nécropsie révèle un traumatisme qui correspond aux séquelles liées à une collision avec un navire.

    3. Comet
    Mâle de plus de 30 ans
    La nécropsie sera réalisée dans les prochains jours à l’Île-du-Prince-Édouard.

    4. Baleine n’apparaissant pas au catalogue (non nommée)
    Femelle de 11 ans
    Vu l’état de décomposition avancée, aucune nécropsie ne sera réalisée. Des échantillonnages en mer pourraient être réalisés.

    5. #3329
    Femelle de 16 ans
    Considérant l’endroit reculé où se trouve la carcasse, Pêches et Océans Canada évalue la faisabilité d’une nécropsie sur place ou d’un déplacement de la carcasse.

    6. Encore non-identifiée
    Pêches et Océans Canada est actuellement en train d’évaluer  les options pour la récupération et pour la nécropsie de la carcasse.

    Carte de la localisation des carcasses au moment de leur découverte. © Pêches et Océans Canada

     


    25 juin 2019 | Deuxième nécropsie de baleine noire de 2019

    La nécropsie de la baleine noire connue sous le nom de Punctuation a commencé le 25 juin en matinée.  La carcasse a été découverte le 20 juin dernier et pourrait donc être en très mauvais état. Les mauvaises conditions météo n’ont permis qu’un remorquage tardif hier. La carcasse se trouve maintenant à Petit-Étang, en Nouvelle-Écosse.

    En près de 40 ans de vie, Punctuation a donné naissance à au moins huit baleineaux. Le premier a été observé en 1986 et le dernier en 2016. La perte d’une femelle reproductrice peut nuire au rétablissement de l’espèce en voie de disparition. Punctuation avait été vue dans le secteur des iles Mingan en 2017.

    Ironie du sort, la découverte de la carcasse de cette femelle est survenue la même journée que la parution d’une étude sur les causes de mortalité des baleines noires de l’Atlantique Nord. Paru dans la revue scientifique Diseases of Aquatic Organisms, l’article confirme que les empêtrements et les collisions sont les causes de mortalité les plus fréquentes pour cette espèce (88%), loin devant les causes naturelles. Les chercheurs se sont penchés sur les 70 carcasses de baleines noires découvertes entre 2003 et 2018. De ce nombre, les scientifiques ont pu confirmer les causes de décès pour 43 individus. Parmi eux, 22 sont morts des suites d’un empêtrement et 16 de collisions avec un navire. «La bonne nouvelle, c’est que les mortalités peuvent être prévenues si on met en place immédiatement des mesures de prévention précises et fortes, tant aux États-Unis qu’au Canada», affirme par voie de communiqué Dr. Sarah Sharp, vétérinaire et pathologiste pour le Fonds international pour la santé animale (IFAW).

    La réduction de vitesse des embarcations, l’utilisation de corridor à fermetures dynamiques ou le détournement de routes maritimes, l’utilisation d’engins de pêche sans cordage sont toutes des pistes de protection qui peuvent être mises en place ou qui sont déjà mises en place.

    Pour en savoir plus :

    L’étude sur les mortalités : Sharp SM, McLellan WA, Rotstein DS, Costidis AM and others (2019) Gross and histopathologic diagnoses from North Atlantic right whale Eubalaena glacialis mortalities between 2003 and 2018. Dis Aquat Org 135:1-31. https://doi.org/10.3354/dao03376 

     


    20 juin 2019 | Une deuxième carcasse de baleine noire trouvée

    Un survol aérien a repéré une carcasse de baleine noire de l’Atlantique Nord dérivant à plus de 25 milles marins au large des Îles-de-la-Madeleine. Une balise satellite a été posé sur la carcasse, afin de suivre la dérive pour évaluer les possibilités de la remorquer à terre pour une nécropsie complète. Plus de détails suivront.


    7 juin 2019 | Nécropsie d’une baleine noire : pas de cause de décès trouvée

    Après une journée intense de nécropsie, le ministère des Pêches et des Océans du Canada a annoncé ne pas avoir trouvé pour le moment la cause du décès. Des analyses plus poussées permettront peut-être d’y voir plus clair. Les résultats pourraient n’être disponibles que dans plusieurs mois.

    Les baleines noires de l’Atlantique Nord se décomposent très rapidement après le décès. La carcasse de la baleine noire a été trouvée dans le golfe du Saint-Laurent le 4 juin dernier, avant d’être remorquée vers le rivage de l’ile Miscou, au Nouveau-Brunswick. La nécropsie a été compliquée par l’état de la carcasse. Néanmoins, les examens ont permis d’exclure un empêtrement récent ou une collision fatale comme cause de mortalité.

    Des équipes spécialisées de vétérinaires, de biologistes et de spécialistes des mammifères marins de Pêches et Océans Canada, de la Marine Animal Response Society, de l’Atlantic Veterinary College de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard et de l’Université de Montréal ont collaboré à la nécropsie.

    Une nécropsie est l’équivalent d’une autopsie chez les humains. Elle permet d’analyser en profondeur l’animal. C’est grâce aux nécropsies que les vétérinaires spécialisés ont pu conclure qu’en 2017, sur les douze baleines noires trouvées mortes, deux étaient décès étaient liés à l’empêtrement dans du matériel de pêche, quatre décès étaient liés à des collisions avec des navires et un décès restait de cause inconnue.


    6 juin 2019 | En route vers une première nécropsie de baleine noire en 2019

    La baleine noire de l’Atlantique Nord identifiée comme Wolverine devrait être analysée vendredi matin, sur l’ile de Miscou, au Nouveau-Brunswick. La nécropsie nécessitera l’apport de près de vingt personnes et de machineries lourdes. Une baleine noire peut mesurer jusqu’à 17 mètres et peser jusqu’à 70 tonnes. La manipulation d’une telle carcasse n’est donc pas aisée.

    La carcasse de la baleine noire a été repérée le 4 juin dernier lors d’un survol aérien effectué par la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) à environ 50 milles nautiques entre la péninsule gaspésienne et l’ile Miscou. Elle se trouvait dans une zone de pêche fermée par prévention des empêtrements depuis le 17 mai. Le 5 juin, un navire de la Garde côtière canadienne, le NGCC A. LeBlanc, a entrepris le remorquage de la carcasse vers le Nouveau-Brunswick. Après une traversée de près de 13 heures, le navire se trouve avec la baleine près de la côte en attente de la nécropsie qui devrait avoir lieu le 7 juin.

    Une nécropsie est l’équivalent d’une autopsie chez les humains. Elle permet d’analyser en profondeur l’animal. C’est grâce aux nécropsies que les vétérinaires spécialisés ont pu conclure qu’en 2017, sur les douze baleines noires trouvées mortes, deux étaient décès étaient liés à l’empêtrement dans du matériel de pêche, quatre décès étaient liés à des collisions avec des navires et un décès restait de cause inconnue. Pour le moment, les observations de la carcasse de Wolverine n’ont pas permis de déterminer la cause ni le moment exact du décès.

    Des équipes spécialisées de vétérinaires, de biologistes et de spécialistes des mammifères marins de Pêches et Océans Canada, de la Marine Animal Response Society, de l’Atlantic Veterinary College de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard et de l’Université de Montréal collaboreront à la nécropsie. Les résultats des analyses pourraient prendre plusieurs mois avant d’être disponibles.

    En juin 2017, une nécropsie de baleines noires avait demandé la collaboration de plusieurs équipes et l’utilisation de machinerie lourde. Cette collaboration recommence encore cette année. © Pêches et Océans Canada

    La baleine noire s’appelait Wolverine

    L’équipe du New England Aquarium a identifié la baleine noire. Il s’agit de Wolverine, un mâle né en 2010 de la femelle 3123. Il devait son nom aux trois grandes cicatrices à la base de sa queue, héritée d’une collision avec une hélice de moteur alors qu’il avait 5 ans. Durant les cinq premières années de sa vie, Wolverine a été vu empêtré trois fois, deux empêtrements considérés comme mineurs et un modéré, selon les standards développés par le New England Aquarium. Cet individu a été vu en 2017 et en 2018 dans le golfe du Saint-Laurent.

    Les cicatrices de Wolverine, liée à une collision avec une hélice de moteur © Sheila McKenney/Associated Scientists of Woods Hole/Marineland Right Whale Project

     Un écosystème en changement

    Une partie de la population des baleines noires de l’Atlantique Nord passait traditionnellement les étés dans la baie de Fundy. Depuis 2017, la baie de Fundy semble moins fréquentée et une augmentation majeure des observations de baleines noires a été notée dans le golfe du Saint-Laurent. En 2017, douze carcasses de baleines noires ont été trouvées dans le golfe. Des mesures d’atténuation des risques d’empêtrement et de collisions ont été instaurées d’urgence durant l’été. En 2018, des mesures ont aussi été appliquées. Aucune carcasse n’a alors été trouvée. Encore cette année, des zones de réduction de vitesse et de mesures d’atténuation des menaces d’empêtrements ont été mises en place.

     


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.