Dr Jory Cabrol est chercheur scientifique à l’Institut Maurice Lamontagne, l’un des centres de recherche de Pêches et Océans. Spécialiste en écologie trophique, il codirige également les projets de maitrise d’étudiantes et étudiants de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR). Avant d’étudier les bélugas et les grands rorquals, il a fait son doctorat à l’UQAR sur l’écologie trophique du krill.

Quelques faits saillants :

  • S’il était une baleine, il serait un cachalot, parce qu’il a toujours rêvé d’explorer les fonds marins et les abysses.
  • Il a vu sa première baleine en Méditerranée!
  • Ce qu’il aime le plus de son métier, c’est de travailler en équipe avec les étudiants et étudiantes ainsi que les collaborations avec d’autres scientifiques.
  • L’espèce de mammifère marin sur laquelle il aime le plus travailler est le béluga, car elle est complexe à étudier.
  • Papa d’une petite fille, il met beaucoup d’efforts pour concilier sa vie personnelle et sa vie professionnelle.

Comment est-ce que tu as atterri au Québec?

J’ai grandi dans un tout petit village dans le sud de la France, en bord de plage. J’ai fait un DUT (Diplôme universitaire de technologie) en génie biologique dans une école d’ingénieur sur deux ans. Ensuite, je me suis orienté en sciences de la mer : j’ai fait une licence et un master à l’Université Aix-Marseille. J’ai été sélectionné pour une bourse et je suis venu à l’Institut des sciences de la mer de Rimouski (UQAR) pour un an. Quand je suis retourné à Aix-Marseille pour faire mon doctorat, ils ont refusé de me donner une équivalence de notes. Donc, j’ai pris mes affaires et je suis retourné au Québec!

Comment as-tu commencé à étudier les mammifères marins?

J’ai rencontré une personne vraiment extraordinaire à l’UQAR, Gesche Winkler, une spécialiste du zooplancton au Québec. Elle m’a dit : « Jory, j’ai un projet de maitrise pour toi ». À la fin de ma maitrise, Gesche me dit qu’elle a obtenu du financement assez important, et qu’elle me laisse le champ libre pour mon projet de recherche. C’était en 2014. J’ai terminé ma thèse en 2019-2020. Pendant toute ma thèse, je travaillais sur l’écologie trophique du krill. Par la suite, j’ai fait un congrès pour l’anniversaire du parc marin et c’est là que j’ai rencontré Véronique Lesage. Elle m’a dit qu’elle avait des bases de données, et m’a demandé si j’avais envie d’embarquer sur son projet. C’est là que mon chemin s’est orienté vers les mammifères marins!

À quoi ressemble une de tes journées?

Le travail de chercheur, c’est beaucoup de choses différentes : on peut faire de la gestion d’équipe, de la rédaction, des demandes de financements, de la gestion de budgets, des présentations. On n’a pas vraiment de journée type. Après, il y a la partie terrain, mais depuis quelques années, j’en fais moins. Chaque journée est très différente, et ça, c’est vraiment intéressant. C’est pas pour tout le monde, il y a des gens qui aiment mieux avoir quelque chose de structuré, de prévisible. Moi je trouve qu’au contraire, c’est vraiment motivant de se lever le matin et d’avoir toutes ces choses qui s’intercalent à l’agenda.

Qu’est-ce que tu fais au laboratoire?

Ça va dépendre des projets. J’utilise plusieurs méthodes, principalement les isotopes stables, qui permettent de faire beaucoup de choses, notamment de la quantification des régimes alimentaires. On découpe des dents, on fait des analyses d’ablation laser pour essayer de voir certains éléments, et comment ils varient dans le temps. On espère remonter jusque dans les années 1940-1950. On essaie de retracer tout ce qui est exposition aux conditions du milieu, un peu d’alimentation et tout ce qui est migration aussi.

Comment on en vient à publier un article scientifique?

C’est très très long! La récolte et l’analyse des échantillons prennent déjà beaucoup de temps. Ensuite, il y a toute la partie statistique, la rédaction et la publication aussi qui prennent un certain temps. Le délai moyen varie en fonction des papiers et du type d’analyse laboratoire. Si on veut étudier quelque chose, il ne faut pas se dire « dans trois mois je suis capable de soumettre ça ». Juste en termes d’analyses laboratoire des fois, ça prend plus d’un an! Ce que j’aime me dire, c’est que les articles qu’on fait vont mieux informer les gestionnaires.

Qu’est-ce que ça prend pour être un bon chercheur scientifique?

Ça prend beaucoup de choses parce que c’est un ensemble de plein de métiers! Il faut être curieux, aimer creuser, aimer chercher pour avoir des informations. Ça prend aussi une capacité de rédaction, de synthèse, d’être capable de gérer des équipes, de gérer des budgets et de collaborer, de faire des présentations et de la communication de résultats. Il y a des gens qui ont des compétences du côté de la gestion, d’autres vont être de très bons scientifiques et de moins bons gestionnaires d’équipe. Ça prend des compétences dans beaucoup de choses, mais on ne peut pas être bon partout.

Est-ce qu’il y a des gens qui t’ont inspiré ou orienté dans ton parcours?

Emmanuelle Renard, qui travaille en phylogénie moléculaire des éponges à Aix-Marseille. À tous les cours, j’arrivais, et je lui demandais si elle avait un stage. Au bout de six mois, elle m’a dit oui! J’ai fait ce stage et fait ma première publication scientifique. Grâce à ça, j’ai rencontré d’autres personnes qui m’ont permis de postuler sur des bourses et je suis venu au Québec. J’ai rencontré Gesche Winkler, qui est vraiment une personne formidable autant sur le plan scientifique qu’humain, qui m’a orienté et m’a appris un peu tout ce que je sais maintenant. Ensuite, Véronique Lesage par la suite dans les années plus récentes de mon doctorat.

Actualité - 29/10/2026

Odélie Brouillette

Odélie Brouillette s’est jointe à l’équipe du GREMM comme rédactrice et naturaliste en 2022 et est chargée de projets en communication scientifique depuis 2023. Biologiste de formation, elle aime apprendre et communiquer aux autres ce qui lui tient à cœur. Fascinée depuis toujours par les milieux marins et les baleines, elle souhaite, par la sensibilisation et la vulgarisation, contribuer à leur protection.

Articles recommandés

Sous la surface, avec Élizabeth Melis

Élizabeth Melis est technicienne en sauvetage et recherche sur les baleines avec le Campobello Whale Rescue Team, affilié au Canadian…

|Actualité 21/10/2026

Sous la surface, avec Dre Anaïs Remili

Dre Anaïs Remili, est chercheuse postdoctorale en sciences biologiques à la Simon Fraser University en Colombie-Britannique et communicatrice scientifique et…

|Actualité 8/10/2026

Les collisions dans le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent (partie 1/2)

Partie 1/2 : Les bateaux sur la route des baleines Les collisions sont un enjeu de taille dans le rétablissement…

|Actualité 1/10/2026