Élizabeth Melis est technicienne en sauvetage et recherche sur les baleines avec le Campobello Whale Rescue Team, affilié au Canadian Whale Institute. Après ses études en sciences biologiques à l’Université de Montréal, elle a passé plusieurs étés sur la Haute-Côte-Nord avec les baleines, avant de se pencher sur la recherche et le dépêtrement des baleines noires de l’Atlantique Nord dans le golfe du Saint-Laurent.

Quelques faits saillants :

  • Sur le terrain, elle apporte toujours avec elle de l’eau, de la crème solaire, de la nourriture… et un couteau personnel à utiliser en cas d’urgence!
  • Dans le cadre d’un emploi saisonnier en 2020, Élizabeth a déjà observé le narval Nordet dans la Baie-Sainte-Marguerite, dans le fjord du Saguenay!
  • Quand elle avait 6 ans, elle a participé à un spectacle à SeaWorld à San Diego et elle voulait sauter à l’eau en voulant sauver un béluga. Elle s’est fait retenir de justesse par le chandail par une animatrice!
  • La place des femmes en sciences lui tient vraiment à cœur. Son conseil pour les jeunes femmes qui aimeraient se lancer dans ce type carrière? Croyez en vous!
  • Son espèce de baleine préférée est le rorqual bleu.

En quoi consiste ton travail?

Pour ce qui est du désempêtrement avec l’équipe de Campobello, on couvre tout l’est du Canada, sauf Terre-Neuve-et-Labrador. On est autorisés par Pêches et Océans Canada pour faire ça. Ça prend des formations rigoureuses aussi. J’ai commencé en avril 2025, donc ce n’est pas moi qui vais aller couper les cordages tout de suite! Il y a une progression naturelle qui se fait au sein de l’équipage. On est sur appel toute l’année, mais notre période la plus achalandée c’est l’été.

Niveau recherche avec le Canadian Whale Institute, on fait des suivis scientifiques, principalement sur la baleine noire de l’Atlantique Nord. On va dans le golfe du Saint-Laurent, dans la vallée de Shediac pour en faire durant l’été. On fait ça environ huit semaines. À l’automne, on a aussi des suivis dans la baie de Fundy. Là c’est un peu plus d’énergie, car c’est un recensement sur tous les mammifères marins.

À quoi ressemble une de tes journées?

Une journée type, ça n’existe pas!

Quand il n’y a pas d’appels, on essaie quand même de sortir quelques fois par semaine en bateau pour garder à jour nos techniques : conduire le bateau, lancer le grappin, couper les cordes avec les couteaux, attacher une bouée télémétrique. On se pratique aussi à faire voler le drone. Durant l’hiver, on écrit des rapports et on prévoit l’année à venir. Même chose du côté de la science : faire de l’entrée de données, du traitement de données. On participe beaucoup à des salons professionnels, et on fait de la sensibilisation auprès du public, des pêcheurs, et des communautés autochtones, majoritairement sur la baleine noire de l’Atlantique Nord.

Comment se déroule une tentative de désempêtrement?

Quand on arrive sur un cas pour la première fois, on fait voler le drone pour essayer de visualiser l’empêtrement, la configuration des cordages – combien il y en a, est-ce qu’il semble avoir du poids à l’arrière des cordages. Ça nous aide à mieux préparer comment on va procéder. On essaie toujours de travailler de l’avant de la baleine jusqu’à l’arrière. C’est important lors d’une opération d’avoir l’élément de surprise sur elle. Habituellement, on l’a pour les deux premières approches. Après ça, les baleines commencent à comprendre le jeu et à nous éviter! Nos couteaux sont attachés à une perche, donc notre portée est limitée. Il faut se rapprocher un peu plus. Ce sont des opérations qui peuvent durer plusieurs heures de temps, voire plusieurs journées, plusieurs semaines, dépendamment de la météo, si on réussit à localiser la baleine, ou encore la disponibilité de l’équipage. C’est complexe!

Est-ce que tu t’imaginais faire ce métier quand tu étais jeune?

Côté désempêtrement, définitivement pas! Je ne sais même pas si je savais que les empêtrements étaient une cause de mortalité chez les baleines. À ce moment- là, je m’enlignais plus sur la recherche sur les mammifères marins; je pense que c’est ce qui est le plus véhiculé et mis en valeur dans les documentaires et les livres. Depuis toute jeune, je savais que je voulais travailler avec les animaux, mais ça s’est précisé après avec les baleines.

J’ai commencé au cégep avec un diplôme d’études collégiales en sciences environnementales, très similaire au programme sciences de la nature. J’ai fait ça au Collège Dawson à Montréal. Malheureusement, je pense que le programme n’existe plus… On avait un cours de biologie de plus et on avait l’opportunité d’aller faire un cours au Costa Rica. Les jeudis on avait des conférences. J’ai vraiment aimé.

Après le Cégep, je suis allée à l’Université de Montréal pour compléter un baccalauréat en sciences biologiques. Après ça, je suis rentrée sur le marché du travail!

Qu’est-ce que ça prend pour faire ton travail?

De l’initiative. Il ne faut pas attendre qu’on te dise quoi faire ou qu’on te donne des tâches. Ça demande quand même d’être alerte, d’être conscient de son environnement. Comme on travaille sur un bateau et en équipe dans des situations quand même inhabituelles et à haute pression, il faut avoir l’œil constamment ouvert. Idéalement, il ne faut pas avoir le mal de mer! Il y a beaucoup de collaborations aussi, autant sur l’eau que sur le bateau. Il faut être capable de bien communiquer, de façon claire et concise. Ça prend aussi un bon réseau autour de soi, parce que les journées sont imprévisibles. Ce n’est pas un métier qui se fait seul.

Un message pour les jeunes qui liraient ou écouteraient le balado?

Je leur parlerais du deuil écologique, qui est la réponse émotionnelle qu’on a face à la perte d’habitat et d’espèces due aux changements climatiques. C’est difficile d’être jeune dans le domaine, et de vouloir travailler, pas juste avec les baleines, avec l’environnement en général. C’est normal de se sentir comme ça. Ça vaut la peine d’essayer de vivre nos émotions, de les comprendre et de les utiliser comme source de motivation en étant indulgent avec nous-mêmes. Il y a de l’espoir encore, ce n’est pas perdu. Et il n’y a pas un seul parcours pour travailler avec les mammifères marins. Il y a de multiples manières d’aider la cause!

Actualité - 21/10/2026

Odélie Brouillette

Odélie Brouillette s’est jointe à l’équipe du GREMM comme rédactrice et naturaliste en 2022 et est chargée de projets en communication scientifique depuis 2023. Biologiste de formation, elle aime apprendre et communiquer aux autres ce qui lui tient à cœur. Fascinée depuis toujours par les milieux marins et les baleines, elle souhaite, par la sensibilisation et la vulgarisation, contribuer à leur protection.

Articles recommandés

Sous la surface, avec Dre Anaïs Remili

Dre Anaïs Remili, est chercheuse postdoctorale en sciences biologiques à la Simon Fraser University en Colombie-Britannique et communicatrice scientifique et…

|Actualité 8/10/2026

Les collisions dans le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent (partie 1/2)

Partie 1/2 : Les bateaux sur la route des baleines Les collisions sont un enjeu de taille dans le rétablissement…

|Actualité 1/10/2026

Sous la surface, avec Christophe Ronveaux

Christophe Ronveaux est biologiste pour la Station de recherche des Îles Mingan (MICS). Le MICS étudie principalement cinq espèces de…

|Actualité 24/9/2026