Chaque printemps, à la fin mars ou au début avril, le plus petit des rorquals est habituellement le premier des visiteurs saisonniers à s’installer pour l’été dans le Saint-Laurent. Les observateurs et observatrices espèrent donc être eux aussi les premiers à voir cet animal migrateur arriver. Cette année, la première observation nous provient des Bergeronnes.

Depuis plusieurs semaines déjà, notre collaborateur Renaud Pintiaux s’installe sur les rochers des Bergeronnes dans l’espoir de voir cette petite baleine dynamique apparaitre au large. Le 2 avril, il croit en voir une aux jumelles, mais la distance le fait douter. Le 6, par contre, il n’y a plus de doutes. C’est bien le dos en demi-lune d’un petit rorqual qui perce la surface.

De 6 à 10 mètres de long, le petit rorqual montre l’évent et la nageoire dorsale en même temps. Le souffle, lui, est peu visible. Par contre, par temps calme, l’expiration est bien audible! Les petits rorquals qui nous visitent sont assez solitaires et s’alimentent seuls de leur côté.

Le 7 avril, le directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins, Robert Michaud, voit deux fois un petit rorqual par la fenêtre de sa maison aux Bergeronnes.

Au large de Sept-Îles, Jacques Gélineau tente une sortie en mer. Il croise la route d’un phoque du Groenland, mais surtout celle d’un petit rorqual, son premier de la saison! Même un fou de Bassan survole le secteur. Les migrateurs arrivent!

Qu’est-ce qui motive les baleines à parcourir autant de kilomètres jusque dans le cul-de-sac qu’est le Saint-Laurent? La nourriture! Chaque espèce a son propre menu et ses propres techniques de chasse. Le rorqual bleu est un spécialiste: seul le krill l’intéresse. Le petit rorqual, lui, alternera krill et petits poissons vivant en banc, selon la disponibilité des proies et le lieu où il se trouve. Parmi ses poissons favoris figure le capelan, aussi apprécié du béluga. 

À Saint-Irénée, justement, le capelan s’approche des côtes. C’est probablement ce qui mène un troupeau de bélugas autour de l’Anse-au-Sac. «C’est une grande joie de les revoir. J’en compte  jusqu’à 12 à la fois», souligne une résidente.

Aux Escoumins, un observateur assiste à une partie de chasse très active d’une quinzaine de phoques postés tout juste à l’embouchure de la rivière Petits-Escoumins. Les phoques s’arcboutent et plongent, leurs corps éclaboussent la surface puis leur tête parait le temps d’une inspiration avant de disparaitre dans une gerbe d’eau. La partie de chasse dure toute la fin de semaine!

À Baie-Trinité aussi, c’est un pinnipède qui amuse une observatrice. Le 4 avril, un phoque commun tente de grimper sur un rocher pour se reposer. Pas de chance, la marée est plus rapide que lui et le phoque se fait vite déloger de son perchoir par les vagues qui le repoussent.

Du côté de Baie-Comeau, pas de baleines pour le moment, mais malheureusement beaucoup de déchets dans l’eau. «Ça me déçoit», se désole l’observateur. Les sacs de plastique et autres débris peuvent être avalés par inadvertance par des baleines comme des cachalots, confondant un déchet à un calmar. Puis, les déchets finissent par se dégrader en minuscules particules qui contaminent alors les baleines, mais  nous aussi, les humains. La meilleure façon d’éviter que des déchets ne se retrouvent à l’eau est bien sûr de ne pas produire de déchets. Lorsqu’ils sont impossibles à éviter, ils doivent être disposés correctement, et surtout ne pas être laissés à l’air libre où ils pourraient être capturés par un coup de vent et menés au large!

Salutations du Souffleur et de son veau!

Une passionnée des baleines, Cathy Bacon, effectue de l’identification de rorquals à bosse à partir de vidéos captées par une compagnie d’observation située dans les iles Turques et Caïques. Elle a identifié Le Souffleur, aussi connu sous le nom de La Souffleuse dans le golfe du Saint-Laurent! Cette femelle rorqual à bosse connue depuis 1997 est une fidèle du golfe du Saint-Laurent et a visité à quelques reprises l’estuaire, surtout entre 1997 et 2003. En février et en mars dernier, Le Souffleur se trouvait donc dans les Caraïbes, en compagnie d’un baleineau! C’est possiblement son troisième petit. En 2008 et 2017 aussi, elle avait été vue avec un veau.

Dans cette vidéo, on peut voir Le Souffleur avec son baleineau. Le petit, déjà assez gros, effectue un étrange comportement, surnommé «la voile» (sailing) par les observatrices. Ce comportement assez rare laisse encore les chercheurs incertains quant à son rôle. La queue ainsi sortie permet-elle d’évacuer la chaleur? De travailler l’équilibre? De maintenir sur place le petit? Ce comportement a aussi été observé chez des baleines franches australes et chez d’autres rorquals à bosse.

Verra-t-on la paire mère-veau cet été dans l’estuaire ou le golfe? Espérons-le! D’ici là, souhaitons-leur une belle migration.

Crédit Vidéo : © Katharine Hart et Kell Talbot, Deep Blue Charters

Observations de la semaine - 8/4/2021

Marie-Ève Muller

Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017 et est porte-parole du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins (RQUMM). Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.

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