Au début juillet, des images de chasse à la baleine ont créé la polémique. L’organisme Sea Shepherd craint que des baleiniers islandais aient abattu un jeune rorqual bleu, alors que cette espèce est en danger de disparition et protégée par un moratoire international. Le 19 juillet, l’Institut de recherche sur les milieux marins et d’eau douce de Reykjavik affirme que le cétacé tué est un hybride, c’est-à-dire le fruit d’un croisement entre un rorqual commun mâle et un rorqual bleu femelle. L’Islande n’est pas le seul pays à poursuivre la chasse aux rorquals dans l’Atlantique Nord, une activité pratiquée depuis plus de neuf siècles. Est-ce une chasse durable? (2e partie de 3 du « Dossier sur la chasse au rorqual »)

Partie 1: La chasse aux rorquals : chasser au 21e siècle

Partie 3: La chasse aux rorquals: les rorquals chassés sont-ils les mêmes que ceux qui visitent le Saint-Laurent?

Chasser des populations en rétablissement

Depuis le moratoire sur la chasse à la baleine de 1986, plusieurs populations de rorquals dont la situation était préoccupante ont commencé à se rétablir. C’est le cas notamment des différentes populations de rorquals à bosse et de petits rorquals. Moins de 2000 rorquals sont aujourd’hui chassés annuellement à travers le monde, comparativement aux 60 000 baleines toutes espèces confondues tuées annuellement dans les années 1960. « La pire des décennies, commente Vincent Ridoux, chercheur au sein de l’observatoire Pelagis à La Rochelle, en entrevue avec le journal 20 minutes. Certaines espèces avaient vu leur population fondre jusqu’à atteindre des seuils critiques. La baleine bleue, par exemple, est descendue à moins de 0,5 % de ses effectifs d’origine. »

Mais la chasse n’est aujourd’hui pas la seule menace à peser sur les baleines. Les collisions avec les bateaux, l’empêtrement dans les engins de pêche et la raréfaction de leur nourriture sont également à prendre en considération pour le bon rétablissement de ces populations. Mises ensemble, ces menaces peuvent participer à rendre la chasse commerciale aux rorquals non durable.

Nuire à l’observation des baleines

Certains chercheurs mettent également en doute la cohabitation possible de cette activité avec une autre activité économique qui gagne en popularité dans de nombreuses régions : l’observation des baleines. Une étude réalisée en 2014 dans le sud-ouest du Groenland démontre que la chasse de seulement un rorqual à bosse par année dans le fiord de Nuuk résultera en une diminution du taux d’observation des rorquals à bosse au fil du temps, et cela même si de nouveaux individus entrent dans le fiord chaque année et que le nombre de rorquals à bosse qui visitent le fiord reste le même. Ceci est dû à la grande fidélité au site de plusieurs individus. Il semblerait que seulement six individus (sur un total de 76 baleines identifiées dans le fiord jusqu’à maintenant) représentent environ 50 % des observations et sont donc d’une importance considérable pour les compagnies d’observation des baleines. La chasse, même minime, peut donc éliminer petit à petit les individus les plus fidèles au site, qui sont également les plus populaires auprès des observateurs.

Pour en savoir plus, nous vous invitons à lire la suite du dossier sur la chasse aux rorquals qui paraitra la semaine prochaine.

La chasse aux rorquals: Chasser les baleines au 21e siècle

Sources:

La Norvège relève les quotas pour relancer la chasse à la baleine (Le Devoir, 06/03/2018)

Iceland sets target of 191 kills as country resumes whaling (The Guardian, 18/04/2018)

Vers un retour de la chasse commerciale à la baleine? (20 minutes, 28/06/2018)

Communiqué: capture potentielle d’un rorqual bleu en Islande (La Station de Recherche des Iles Mingan, 10/07/2018)

Anti-whalers say Icelandic hunters killed protected blue whale (Global News, 13/07/2018)

Controversial Whale is Hybrid (Island Monitor, 20/07/2018)

DNA test shows slaughtered blue whale is a hybrid, Iceland Marine Institute says (ABC Science, 20/07/2018)

ISLANDE. Le cétacé n’était pas une baleine bleue mais un hybride (Sciences et Avenir, 20/07/2018)

Management and utilization of large whales in Greenland (IWC, page visionnée le 24/07/2018)

L’Islande met fin à la chasse au petit rorqual, peu rentable (Journal de Montréal, 27/07/2018)

(2014) Boye, T.K., M. Simon, et L. Witting. How may an annual removal of humpback whales from Godthaabsfjord, West Greenland, affect the within-fjord sighting rate? Journal of Cetacean Research and Management, 14: 51–56.

Actualité - 28/8/2018

Béatrice Riché

Béatrice Riché has served as editor for the GREMM in 2016. She holds an MSc in environmental science and has spent several years working abroad in the fields of resource conservation, species at risk and climate change. Back on the shores of the St. Lawrence, which she keeps watch over every day, Béatrice writes columns on whales, drawing inspiration from events taking place here and afar.

Articles recommandés

Les collisions dans le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent

Les collisions sont un enjeu de taille dans le rétablissement et la protection des populations de cétacés à travers le…

|Actualité 1/10/2026

Sous la surface, avec Christophe Ronveaux

Christophe Ronveaux est biologiste pour la Station de recherche des Îles Mingan (MICS). Le MICS étudie principalement cinq espèces de…

|Actualité 24/9/2026

Entre deux tours de moteur

Les sons remplissent naturellement les milieux aquatiques à toute heure de la journée — pluie, vagues, vent, poissons qui nagent,…

|Actualité 5/8/2026