La chasse aux rorquals: Chasser les baleines au 21e siècle

  • En juillet 2018, l’organisme Sea Shepherd s’inquiète que des baleiniers islandais aient abattu un rorqual bleu, espèce interdite à la chasse. © Sea Shepherd UK
    22 / 08 / 2018 Par Béatrice Riché - / / /

    Au début juillet, des images de chasse à la baleine ont créé la polémique. L’organisme Sea Shepherd craint que des baleiniers islandais aient abattu un jeune rorqual bleu, alors que cette espèce est en danger de disparition et protégée par un moratoire international. Le 19 juillet, l’Institut de recherche sur les milieux marins et d’eau douce de Reykjavik affirme que le cétacé tué est un hybride, c’est-à-dire le fruit d’un croisement entre un rorqual commun mâle et un rorqual bleu femelle. L’Islande n’est pas le seul pays à poursuivre la chasse aux rorquals dans l’Atlantique Nord, une activité pratiquée depuis plus de neuf siècles. Mais à quoi ressemble la chasse à la baleine de nos jours? (1e partie de 3 du « dossier sur la chasse au rorqual »)

    La pratique actuelle dans les pays nordiques

    Malgré le moratoire de la Commission baleinière internationale (CBI) sur la chasse à la baleine, en vigueur depuis 1986, deux pays, l’Islande et la Norvège, continuent de pratiquer la chasse aux rorquals dans l’Atlantique Nord.

    Préparation des baleines chassées en Islande (Archives) © Szilas/Wikimedia Commons

    Dès l’entrée en vigueur du moratoire international, l’Islande a poursuivi ses activités de chasse dans le cadre de programmes de recherche scientifique. Depuis 2006, elle a également repris officiellement la chasse commerciale au petit rorqual, dont la viande est principalement destinée au marché intérieur, et au rorqual commun, destiné à l’exportation. L’Islande a annoncé le 27 juillet 2018 qu’elle cessait la chasse aux petits rorquals, plus assez rentable pour l’industrie locale. Les autorités ont accordé à leurs baleiniers un quota de 191 rorquals communs (incluant les rorquals hybrides bleus-communs) en 2018. L’hybride ayant créé la polémique est la 22e baleine tuée cet été. Depuis 1983, cinq rorquals hybrides bleus-communs ont été tués dans les eaux islandaises.

    La Norvège a pour sa part respecté le moratoire de la CBI jusqu’en 1993, pour ensuite s’y opposer et reprendre la chasse au petit rorqual, jugeant la population de cétacés suffisamment abondante. La Norvège établit son propre quota annuel. En mars dernier, la Norvège a fixé à 1278 le nombre de petits rorquals susceptibles d’être harponnés dans ses eaux en 2018, une hausse de 28 % par rapport à l’année précédente. Pourtant, les chasseurs de baleines peinent à remplir les quotas accordés par le gouvernement — le nombre de prises a chuté de 660 petits rorquals harponnés en 2015 à 432 l’an dernier (sur un quota de 999) — et le nombre de bateaux norvégiens pratiquant cette chasse ne cesse de diminuer, passant d’environ 350 en 1950 à 11 en 2017. La viande de petit rorqual est principalement exportée au Japon ou utilisée comme aliment pour animaux.

    Une chasse de subsistance

    Un baleineau rorqual boréal aux côtés de sa mère. © Christin Khan/NOAA

    Certains peuples autochtones, dont les Inuits du Groenland, pratiquent la chasse aux baleines dans l’Atlantique Nord pour des raisons de subsistance. La CBI reconnait que la chasse aux grandes baleines est une composante essentielle de la vie quotidienne et de la culture groenlandaise. Cette pratique contribue à la sécurité alimentaire dans un territoire couvert par le pergélisol ou les glaciers, fournissant des aliments nutritifs et des revenus aux familles. La viande est utilisée lors de célébrations et comme nourriture de tous les jours. Les fanons sont utilisés dans l’artisanat et le design. Des baleines à fanons — dont la baleine boréale (ou baleine du Groenland), le rorqual à bosse, le rorqual commun et le petit rorqual — sont chassées dans toutes les régions du Groenland, tout comme des baleines à dent. Les captures annuelles varient en fonction des limites de capture fixées par la CBI, des méthodes de chasse, des conditions environnementales et de la disponibilité et répartition saisonnière des baleines.

    Pour en savoir plus, nous vous invitons à lire la suite du dossier sur la chasse aux rorquals qui paraitra dans les prochaines semaines. 

    Sources:

    La Norvège relève les quotas pour relancer la chasse à la baleine (Le Devoir, 06/03/2018)

    Iceland sets target of 191 kills as country resumes whaling (The Guardian, 18/04/2018)

    Vers un retour de la chasse commerciale à la baleine? (20 minutes, 28/06/2018)

    Communiqué: capture potentielle d’un rorqual bleu en Islande (La Station de Recherche des Iles Mingan, 10/07/2018)

    Anti-whalers say Icelandic hunters killed protected blue whale (Global News, 13/07/2018)

    Controversial Whale is Hybrid (Island Monitor, 20/07/2018)

    DNA test shows slaughtered blue whale is a hybrid, Iceland Marine Institute says (ABC Science, 20/07/2018)

    ISLANDE. Le cétacé n’était pas une baleine bleue mais un hybride (Sciences et Avenir, 20/07/2018)

    Management and utilization of large whales in Greenland (IWC, page visionnée le 24/07/2018)

    L’Islande met fin à la chasse au petit rorqual, peu rentable (Journal de Montréal, 27/07/2018)

    (2014) Boye, T.K., M. Simon, et L. Witting. How may an annual removal of humpback whales from Godthaabsfjord, West Greenland, affect the within-fjord sighting rate? Journal of Cetacean Research and Management, 14: 51–56.


    Après plusieurs années à l’étranger, à travailler sur la conservation des ressources naturelles, les espèces en péril et les changements climatiques, Béatrice Riché est de retour sur les rives du Saint-Laurent, qu’elle arpente tous les jours. Rédactrice pour le GREMM depuis 2016, elle écrit des histoires de baleines, inspirée par tout ce qui se passe ici et ailleurs.