Échouage de baleines grises et de baleines noires : deux réalités

  • Les baleines noires de l'Atlantique Nord sont une espèce en voie de disparition. Chaque décès est fortement documenté, comme celui de Wolverine au début de juin. // North Atlantic right whales are an endangered species. Each death is highly documented, such as Wolverine's death in early June. © Marine Animal Response Society
    20 / 06 / 2019 Par Aurélie Lagueux-Beloin - / / /

    Début juin, une carcasse de femelle baleine grise s’échoue en Colombie-Britannique, tout près de la frontière étatsunienne. Elle s’ajoute aux centaines d’autres baleines grises retrouvées le long de la côte ouest depuis six mois. De l’autre côté du pays, presque en même temps, une baleine noire flotte sans vie dans les eaux du Saint-Laurent. Depuis 2017, 23 carcasses de baleines noires ont été récupérées dans les eaux canadiennes et étatsuniennes. Se pourrait-il que ces cousines distantes souffrent du même mal?

    D’après Martin Haulena, le vétérinaire en chef de l’Aquarium de Vancouver, ces deux espèces sont très différentes et ont une situation très contrastée: «Pour les baleines grises, nous observons une augmentation du nombre d’individus dans la population du Pacifique Nord-Est, si bien que les derniers estimés sont de 27 000 individus ! Tandis que les baleines noires de l’Atlantique Nord sont en voie d’extinction.» Kimberly Davies, chercheuse à l’Université du Nouveau-Brunswick ajoute que : «il ne reste plus que 411 d’entre elles.»

    Pour les deux espèces, un «évènement de mortalité inhabituelle*» a été déclaré par la National Oceanic and Atmospheric Agency (NOAA). Mais les mesures pour répondre aux deux évènements varient, tant en raison des causes de mortalité que du statut de la population.

    Baleine grise : manquer de carburant pour le voyage

    Une baleine grise et son baleineau se prépare à migrer. Elles ont été photographiées au large du Mexique. © René Roy

    Les baleines grises, tout comme les baleines noires, sont de grandes migratrices. Du côté Pacifique, les baleines grises font l’aller-retour entre l’Alaska et le Mexique tandis que dans l’Atlantique, les baleines noires passent l’été dans les eaux canadiennes et l’hiver au large de la Floride et la Géorgie. Peu importe l’océan et l’espèce, leur objectif estival est de manger une énorme quantité de nourriture afin d’accumuler des réserves pour franchir ces milliers de kilomètres les menant à leur aire de reproduction.

    La migration peut toutefois devenir périlleuse si les baleines ne s’alimentent pas assez. En effet, des six baleines grises retrouvées en Colombie-Britannique ces deux derniers mois, cinq d’entre elles souffraient de malnutrition. «Elles ont un mauvais état de santé. Elles sont amaigries, tellement qu’on voit leur colonne vertébrale saillir sur leur dos», décrit le vétérinaire Martin Haulena.

    Si les baleines grises ne font pas la fine bouche, comment se fait-il qu’elles ne mangent pas assez? Les experts ont deux hypothèses. Tout d’abord, il pourrait y avoir trop de baleines pour la nourriture disponible. «Il est possible que la population ait atteint un seuil, qu’on appelle la capacité limite, et que la quantité de ressources alimentaires ne suffisent plus à nourrir tout le monde», remarque Martin Haulena.

    Les changements climatiques pourraient aussi peser dans la balance. Et ce, sous la forme d’un blob ! Pas une créature extra-terrestre visqueuse, mais plutôt une anomalie météo. Le blob est une gigantesque masse d’eau chaude qui s’est formée dans le golfe de l’Alaska en 2013. Depuis, il gagne du terrain et fait plus de 4 millions de kilomètres carrés dans l’océan ! Ce réchauffement de la température de l’eau affecte et perturbe l’écosystème de la mer de Bering où les baleines grises vont s’empiffrer d’invertébrés benthiques.

    Baleines noires : zigzaguer entre les bateaux et les cordages

    À la différence des baleines grises qui voyagent le ventre vide, les baleines noires doivent composer avec le trafic maritime et l’industrie de la pêche et les risques qu’ils comportent. En effet, la moitié des mortalités répertoriées depuis deux ans sont liées aux activités humaines, dont les collisions fatales avec un navire et l’empêtrement dans des engins de pêche.

    Kimberly Davies, chercheuse à l’Université du Nouveau-Brunswick, rappelle que : «Les baleines noires de l’Atlantique Nord pourraient disparaitre dans moins de 30 ans! Pour leur donner une chance, nous devons adapter nos mesures de protection à leurs aires de répartition changeantes.»

    Les prochaines années permettront de voir l’efficacité des nouvelles mesures de protection établies pour les baleines noires. Que se passera-t-il cet été pour les baleines grises? Trouveront-elles suffisamment de nourriture pour effectuer leur migration? À suivre!

    *Aux États-Unis, en vertu du Marine Mammal Proctection Act, on peut investiguer sur les évènements de mortalités inhabituelles impliquant un grand nombre de mammifères marins, comme les mortalités de baleines grises en 2019. Ce type d’évènements hors de la normale est crucial puisqu’il sert d’indicateur de l’état de santé de l’océan. Il offre aussi une large perspective sur des questions environnementales (qui peuvent avoir des répercussions sur la santé et le bien-être des humains).

    Pour en savoir plus

    Le dossier sur les baleines noires en 2019 (Baleines en direct)

    Le dossier sur les baleines noires en 2018 (Baleines en direct)

    Le dossier sur les baleines noires en 2017 (Baleines en direct)

    La fiche signalétique de la baleine noire (Baleines en direct)

    Évènement de mortalité inhabituelle de baleines noires de l’Atlantique Nord [en anglais] (NOAA)

    Évènement de mortalité inhabituelle de baleines grises [en anglais] (NOAA)

     


    Aurélie Lagueux-Beloin est rédactrice pour Baleines en direct depuis l’été 2018. Aimant autant faire de la science qu’en parler, elle complète sa maitrise en biologie à l’Université du Québec à Montréal ainsi qu’un certificat en journalisme à l’Université de Montréal. Sur les ondes de CISM 89,3 FM, elle coanime l’émission de vulgarisation scientifique Le Lab. Aurélie est touche-à-tout et s’intéresse autant aux baleines qu’aux dinosaures en passant par les bancs de krill!