Baleines noires : la situation en 2018

  • La baleine noire surnommée Kleenex a été photographiée le 12 avril dernier, avec un cordage enroulé autour de sa tête. La photo a été prise quelques secondes avant qu'une fléchette coupante ne touche la corde pour tenter de dépêtrer la baleine. // The right whale called Kleenex is taking a breath at the surface, just as the cutting arrow approaches the entangling rope around her upper jaw. © Center for Coastal Studies, NOAA permit #18786
    16 / 05 / 2018 Par Marie-Ève Muller - / / /

    En 2017, le décès de 18 baleines noires a créé une onde de choc au Canada et aux États-Unis. Que nous réserve 2018? Des mesures de réduction de risques d’empêtrement et de collision, les deux causes principales de décès des baleines noires, ont été mises en place. Suivez l’actualité des baleines noires ici. 

    Pour consulter le dossier sur les mortalités de baleines noires de l’Atlantique Nord de 2017, c’est par ici.

    16 mai | Une première baleine noire observée dans les eaux canadiennes

    Au large du cap Breton, Nouvelle-Écosse, une première baleine noire a été observée lors d’une surveillance aérienne effectuée par Pêches et Océans Canada. Pour le moment, elle ne se trouve pas dans les zones touchées par les fermetures dynamiques de zone de pêche.

    À titre comparatif, la première baleine noire vivante repérée l’année dernière dans les eaux canadiennes était aperçue en mars. Dans le golfe du Saint-Laurent, plus précisément dans le quadrilatère de fermeture statique de la pêche au crabe des neiges, la première baleine noire était observée le 17 mai 2017. Les données d’observation montrent qu’entre 2014 et 2017, les baleines noires sont arrivées entre le 15 et le 31 mai.

    Du côté des États-Unis, le 11 mai, dans les environs du Grand canal du Sud, au sud du golfe du Maine, 31 baleines noires étaient observées par un vol de reconnaissance de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA). L’Anderson Cabot Center for Ocean Life signale que les baleines noires se trouvent dans la région de la baie de Cape Cod plus tard dans l’année qu’à l’habitude. La pêche au homard dans cette région a été repoussée de deux semaines, pour permettre aux baleines de quitter le secteur.

    En savoir plus

    La page de Pêches et Océans Canada sur la protection des baleines en voie de disparition au Canada

    La carte interactive des observations de baleines noires de la NOAA

     

    24 avril 2018 | Des mesures pour prévenir les empêtrements et les collisions

    Même si les modifications à la saison de pêche inquiètent plusieurs travailleurs, que ce soit des pêcheurs ou des employés des usines de transformation, les mesures répondent à un impératif de protection de cette espèce en voie de disparition pour minimiser les risques d’empêtrement. Qui plus est, la protection des baleines noires fait partie des éléments essentiels à la certification durable des produits de la mer, une certification nécessaire à l’exportation aux États-Unis et recherchée également par les consommateurs canadiens. Pour le moment, la pêche au crabe des neiges n’est pas commencée partout en raison du couvert de glace encore présent et des conditions météorologiques difficiles.

    Parmi les mesures annoncées, une zone incluant neuf quadrilatères de pêche au crabe des neiges ou de homard, soit 2 400 km2, sera fermée pour une durée de 15 jours au minimum, si une baleine noire est vue dans un secteur de pêche. Les pêcheurs auront 48 heures suivant l’émission de la consigne pour retirer leur matériel.

    À partir du 28 avril, une zone de pêche de 14 000 kmsera également fermée pour les crabiers. C’est dans cette zone que 90 % des observations de baleines noires avaient été faites l’an dernier. Néanmoins, cela ne veut pas dire que les baleines se trouveront au même endroit cet été. Pour les pêcheurs de homard, une zone d’environ 1900 km2 sera fermée au large du Nouveau-Brunswick.

    À partir du 28 avril, la zone en jaune sera fermée à la pêche au crabe des neiges. © Pêches et Océans Canada

     

    «Il n’y a pas de mesure parfaite», souligne Sean Brillant, biologiste principal en conservation à la Fédération canadienne de la faune. «La fermeture d’une aussi grande zone est audacieuse, et je crois qu’il peut s’agir d’un compromis gagnant pour tous.»

    La mesure de ralentissement obligatoire sera aussi de retour du 28 avril jusqu’au 15 novembre. Les navires de 20 m et plus ne devront pas dépasser la vitesse de 10 nœuds (18,5 km/h) dans la portion ouest du golfe du Saint-Laurent. Cette mesure a maintes fois été reconnue pour son efficacité à différents endroits sur la planète pour prévenir les collisions entre navire et baleines et, en cas de collision, pour réduire les risques de décès.

    Du côté de l’Île-du-Prince-Édouard, les pêcheurs de homard de la zone 24 ont décidé d’augmenter leur effort de protection des baleines noires en réduisant le nombre de lignées de cordages mis à l’eau, en regroupant plusieurs cages sur une seule lignée. Selon eux, cela permettra d’éliminer environ 16 000 bouées, qui chacune comptaient 39 à 42 mètres de cordage.

     


    20 avril 2018 | Première opération de dépêtrement d’une baleine

    Les chercheurs l’appellent Kleenex. Cette baleine noire connue depuis 1977 nage depuis maintenant trois ans avec un cordage enroulé autour de la tête. Le 12 avril, lorsqu’elle a été vue par une équipe du Center for Coastal Studies dans le Stellwagen Bank National Marine Sanctuary, au large du Massachusetts, États-Unis, le cordage était toujours présent et la baleine est apparue faible et amaigrie aux yeux des chercheurs. Une tentative de dépêtrement a été effectuée, et une partie du cordage a été coupée avant que la baleine ne disparaisse. Depuis, les conditions météo n’ont pas permis de retourner en mer pour voir l’état de Kleenex.

    Kleenex représente le cas typique d’empêtrement chronique que subissent près de 85% des baleines noires au moins une fois au cours de leur vie. Et tandis que la saison de la pêche au crabe des neiges et au homard est commencée depuis quelques semaines sur la côte est canadienne et états-unienne, des mesures de protection ont été mises en place dans les deux pays pour tenter de réduire les risques de décès de ces baleines en voie de disparition.

    La baleine noire appelée Kleenex a été photographiée en 2002 au large de Percé, en Gaspésie.

    Les empêtrements chroniques nuisent à la capacité de reproduction des baleines noires de l’Atlantique Nord. La saison des naissances pour cette espèce s’est terminée avec la fin du mois de mars et toujours aucun nouveau-né n’a été observé. Cette situation est particulièrement inquiétante, puisqu’il ne reste que 450 baleines noires de l’Atlantique Nord et que 18 carcasses d’individus de cette espèce ont été retrouvées au cours des 12 derniers mois. Kleenex, elle, a été une femelle très productive. Elle serait même à la tête d’une lignée comptant près de 5 % des baleines noires de l’Atlantique Nord. Elle est donc la mère, grand-mère et arrière-grand-mère d’une vingtaine de baleines, rendant son sauvetage d’autant plus important et symbolique.

    Au Canada, le ministre des Pêches et des Océans du Canada, Dominic LeBlanc, a annoncé la levée de l’interdiction des opérations de dépêtrement. Un moratoire sur l’activité avait été annoncé en juillet dernier à la suite du décès du sauveteur Joe Howlett.

    Une façon d’éviter complètement les empêtrements (et les opérations de sauvetage qui en découle) serait la mise en marché d’engin de pêche sans cordage. «Il y a deux ans, les chercheurs qui proposaient cette idée passaient pour des hurluberlus. Cette année, des prototypes sont à l’essai par certains pêcheurs. Parfois, les solutions demandent de l’audace», commente Robert Michaud, directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins et coordonnateur du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins.


    3 avril 2018 | Le gouvernement fédéral annonce de nouvelles mesures de protection pour les baleines noires

    Par François Vachon – L’année 2017 s’est avérée particulièrement sombre pour les baleines noires. Au total, 17 carcasses d’individus ont été trouvées dans l’Atlantique Nord. De ce nombre, 12 ont été repérées dans le golfe du Saint-Laurent — certains animaux ayant succombé à des collisions avec des navires ; d’autres à des empêtrements dans des engins de pêche. À l’heure actuelle, la population en voie d’extinction compte quelque 450 individus, dont seulement une centaine de femelles en mesure de se reproduire.

    Le ministre de Pêches et Océans Canada, Dominic LeBlanc, avait déjà annoncé l’adoption de mesures destinées à encadrer la pêche au crabe des neiges. Le 27 mars dernier, M. LeBlanc et son collègue des Transports, Marc Garneau, ont tenu une conférence de presse à Ottawa pour annoncer des mesures de protection additionnelles visant à protéger la baleine noire.

    Les nouvelles mesures annoncées

    Premièrement, la saison de pêche sera devancée dans la zone 12 (dans le sud du golfe) pour permettre aux pêcheurs d’atteindre leurs quotas de pêche avant l’arrivée des baleines noires dans le golfe. Un brise-glace de la Garde côtière veillera à ce que les pêcheurs du nord du Nouveau-Brunswick soient en mesure de prendre la mer le plus tôt possible.

    En outre, les pêcheurs devront retirer leurs équipements de l’eau avant le 30 juin, soit deux semaines plus tôt que les dernières saisons. De même, le nombre de casiers qu’il leur sera permis de mettre à l’eau sera réduit par rapport à 2017. Ils devront assurer un suivi plus rigoureux des bouées et des cordages et rapporter tout contact avec des baleines. Après le 28 avril, les pêcheurs devront pêcher dans les zones où aucune baleine n’a été aperçue depuis le début de la saison l’année dernière.

    Quant à lui, le ministre Garneau a annoncé que la limitation de vitesse serait aussi imposée plus tôt cette année. Du 28 avril au 15 novembre, les navires de 20 m et plus seront donc tenus de réduire leur vitesse à 10 nœuds (18,5 km/h) lorsqu’ils naviguent dans l’ouest du golfe du Saint-Laurent. Ils pourront toutefois garder leur vitesse de croisière normale dans certaines voies de navigation au nord et au sud de l’ile d’Anticosti lorsqu’il n’y a pas de baleines. La surveillance sera accrue dans les airs comme sur l’eau pour repérer les baleines noires. Une pénalité maximale de 25 000 $ est prévue pour les contrevenants.

    L’une des annonces majeures de la conférence est sans aucun doute la levée du moratoire sur les opérations de sauvetage de baleines empêtrées dans des cordages. Cette mesure avait été adoptée l’été dernier, après le décès du sauveteur de baleines Joe Howlett. Selon le ministre LeBlanc, Pêches et Océans Canada travaille actuellement à la mise au point d’un protocole qui assurera la sécurité des équipes de sauvetage lors de désempêtrements.

    Les zones de pêche où des baleines auront été aperçues cette année seront fermées pour une période de 15 jours. Pour que cette restriction soit levée, deux patrouilles aériennes devront confirmer que les baleines ont bien quitté les zones.

    Enfin, de nouveaux prototypes de casiers comportant une bouée immergée qui retient les cordages sous l’eau seront mis à l’essai en cours de saison.

    Le ministre LeBlanc a précisé que les mesures proposées étaient adaptables et que d’autres pourraient s’ajouter, s’il y a lieu. Il a également déclaré que le Canada se devait d’adopter des mesures vigoureuses pour éviter que la réputation de l’industrie des pêches en matière de protection des espèces en voie de disparition ne soit minée davantage.


    23 janvier 2018 | Mortalités de baleines noires : nouvelles mesures de gestion pour la pêche

    Quatre nouvelles mesures de gestion de la pêche au crabe des neiges ont été annoncées par le ministre des Pêches et des Océans du Canada, Dominic LeBlanc, afin de réduire les risques d’empêtrements pour les baleines noires de l’Atlantique Nord.

    1) La quantité de cordages flottant à la surface devra être réduite à une longueur maximale de 3,7 mètres entre une bouée principale et une bouée secondaire. Il n’y avait pas de longueur maximale auparavant.

    2) Chaque zone de pêche aura une couleur de cordage spécifique, ce qui permettra de retracer d’où vient le cordage.

    3) Chaque bouée devra être identifiée à l’aide d’un numéro séquentiel, en plus de l’actuel marquage du numéro d’immatriculation du navire.

    4) Le matériel de pêche perdu devra obligatoirement être déclaré aux autorités. Ainsi, le matériel aura plus de chance d’être retrouvé et récupéré.

    À ces quatre mesures s’ajoute la possibilité que la saison de pêche soit devancée, pour une zone ou pour l’ensemble du territoire, si la couverture de glaces et les conditions météorologiques le permettent, afin que la pêche se termine avant l’arrivée des baleines.

    Plus de 80% des baleines noires seront empêtrées au moins une fois dans leur vie dans des engins de pêche. En 2015, 85% des décès des baleines noires de l’Atlantique Nord tout au long de la côte est américaine ont été attribués aux prises accidentelles. Et même lorsqu’un empêtrement n’entraine pas la mort directement, il peut avoir un effet à long terme sur la santé de l’animal et même sur ses capacités à se reproduire. Les mesures annoncées aujourd’hui répondent donc à un réel enjeu.

    «C’est un travail continu qui ne s’arrête pas avec les mesures qui sont annoncées aujourd’hui.» – Dominic LeBlanc, ministre des Pêches et des Océans du Canada

    «C’est un travail continu qui ne s’arrête pas avec les mesures qui sont annoncées aujourd’hui», confirme le ministre en conférence de presse à Moncton. Au cours des prochaines semaines, le gouvernement fédéral devrait annoncer des investissements se chiffrant à plusieurs millions de dollars pour la détection des baleines dans certains secteurs sensibles et la prévention des collisions.

    Concernant la réduction de vitesse, le ministre a qualifié de «très probable» le retour de cette mesure lors de la saison estivale. Les recherches scientifiques, a-t-il déclaré, démontrent bien l’efficacité de la prévention des collisions.

    Questionné sur le moratoire sur les opérations de dépêtrement sur les baleines noires, le ministre LeBlanc a assuré que le gouvernement étudiait la situation et attendait le rapport sur l’incident ayant couté la vie au pêcheur et sauveteur de baleine Joe Howlett, décédé en juillet dernier. Depuis lundi, les membres du Canadian Whale Disentanglement Specialist Group, un organisme lié à l’Alliance canadienne des réseaux d’urgences pour les mammifères marins, sont réunis à Halifax et se penchent justement sur la délicate question des opérations de dépêtrement.

    Robert Michaud, directeur scientifique du GREMM et coordonnateur du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins y assiste et a écouté avec ses collègues l’annonce du ministre. «Nous sommes heureux que le gouvernement fédéral aille de l’avant. Les mesures annoncées sont toutes importantes, mais elles n’offrent pas des gains importants en termes de protection pour les baleines noires. On attend donc les prochaines annonces avec impatience», a-t-il déclaré. Quant à la question de l’ouverture hâtive de la saison de pêche, «c’est une mesure intéressante, mais complexe. Est-ce qu’en devançant la saison, on se retrouvera à avoir un plus grand impact sur d’autres espèces, comme les rorquals bleus?»