C’est maintenant ou jamais pour le vaquita

  • Il reste moins de 30 vaquitas dans le monde//Fewer than 30 critically endangered vaquitas remain in the world now. © Paula Olson, NOAA
    Il reste moins de 30 vaquitas dans le monde//Fewer than 30 critically endangered vaquitas remain in the world now. © Paula Olson, NOAA
    28 / 11 / 2018 Par Jasspreet Sahib - /

    Les récentes observations de nouveau-nés marsouins de la Californie (Phocoena sinus), aussi appelés vaquitas, suscitent de nouveaux espoirs pour ce cétacé menacé de disparition.  Les efforts collaboratifs de conservation sont à leur apogée pour sauver le plus petit des marsouins, dont il reste moins de 30 individus à l’échelle de la planète.

    Qu’est-ce qui a mené à son déclin?

    Le vaquita est une espèce endémique de marsouin qu’on retrouve dans une région de 8000 km2 dans la mer de Cortez, située dans le golfe de Californie. Son habitat est maintenant désigné comme zone d’interdiction de pêche par le gouvernement du Mexique. D’abord atteint par les prises accidentelles liées à la pêche à la crevette entre 1990 et 2010, ce cétacé gravement menacé est maintenant victime de la pêche illégale d’une autre espèce endémique en voie de disparition, le totoaba (Totoaba macdonaldi). Le totoaba est un poisson marin dont la vessie natatoire est utilisée dans les médecines traditionnelles chinoises. Une seule vessie peut se vendre sur le marché chinois pour l’équivalent de 20 000 dollars américains.

    Comment le destin d’une espèce est-il lié à celui d’une autre?

    Des filets maillants sont utilisés pour pêcher le totoaba, mais ces filets ne sont pas propres à l’espèce. Le vaquita, qui a une taille semblable au poisson, peut facilement y rester pris. Bien que les filets maillants soient illégaux dans la zone d’interdiction de pêche, en raison de la valeur du totoaba, on les retrouve encore tous les jours en grand nombre dans cette région.

    Les vaquitas se prennent dans des filets maillants illégaux utilisés pour pêcher un poisson gravement menacé, mais se vendant très cher sur le marché noir, le totoaba. © Flip Nicklin (National Geographic)

    Les vaquitas se prennent dans des filets maillants illégaux utilisés pour pêcher un poisson gravement menacé, mais se vendant très cher sur le marché noir, le totoaba. © Flip Nicklin (National Geographic)

    Qu’est-ce qui a été fait jusqu’à présent?

    Le gouvernement du Mexique a mis sur pied un comité pour le rétablissement du vaquita, composé d’une équipe internationale de scientifiques chargés de l’élaboration d’un plan de rétablissement fondé sur des preuves. Plusieurs organismes collaborent dans cette lutte pour la survie du plus petit cétacé du monde.

    L’an dernier, le comité a approuvé la capture de vaquitas afin de les garder à l’abri des filets maillants dans un sanctuaire. L’équipe Vaquita CPR, composée de chercheurs et de vétérinaires chevronnés, a capturé une femelle adulte et une femelle juvénile. La femelle adulte est morte le jour de sa capture. Pour éviter un même destin tragique, le vaquita juvénile a été remis en liberté.

    Du 22 au 28 septembre 2018, une campagne de photo-identification et de biopsies des vaquitas survivants a été effectuée à bord du navire de 40 mètres du Museo de Ballena, le Narval. Le 26 septembre, les chercheurs ont été heureux d’apercevoir une femelle et son veau. La vue du nouveau-né a suscité de nouveaux espoirs chez les chercheurs — on n’a aperçu que quelques vaquitas nouveau-nés au cours des dernières années. L’observation de la femelle était aussi une bonne nouvelle, car elle a été identifiée comme la mère du vaquita juvénile capturé puis remis en liberté durant l’opération de l’équipe Vaquita CPR en 2017. Ainsi, en dépit du faible bassin génétique et du stress potentiel d’avoir été séparée de son petit en 2017, la femelle a réussi à se reproduire encore une fois.

    L’équipe a par la suite aperçu deux autres paires de mères avec leur petit.

    Surveillance acoustique

    Le Fonds mondial pour la nature (WWF) et le National Institute of Ecology & Climate Change of Mexico (INECO) font de la surveillance acoustique dans la région depuis 2012. Ils utilisent cette technologie pour suivre les vaquitas restants et pour mettre à jour leur emplacement. Les dernières données indiquent que les vaquitas restent ensemble, ce qui facilitera l’application des mesures d’exécution et de protection.

    Initiative de retrait des filets fantômes

    Le WWF utilise également des sonars latéraux pour repérer plus efficacement les filets fantômes afin de les retirer. Depuis plusieurs années, la Sea Shepherd Society travaille sur le front pour la conservation du vaquita. Les années précédentes, l’équipe de l’Operation Milagro patrouillait dans l’habitat des vaquitas et retiraient les filets maillants dès que le totoaba retournait dans le secteur au début de novembre.  Cette année, les membres de l’Operation Milagro V ont commencé plus tôt leur surveillance.

    À ce jour, Sea Sheperd a retiré 385 engins de pêche illégaux.

    L’offre et la demande

    S’il n’y avait pas de demande pour la vessie natatoire des totoabas, il n’y aurait pas de filets illégaux dans l’habitat du vaquita. Le problème prend ses origines en Chine où, selon l’Environmental Investigation Agency, un manque de connaissance de l’enjeu et d’application des lois donne lieu à un marché toujours florissant.

    À venir

    Une nouvelle estimation de la population est prévue dans les prochains mois. Mais si les filets maillants ne sont pas bannis, le vaquita pourrait ne plus exister d’ici quelques années.

     

    Pour en savoir plus :

    Rapport de la 10e réunion du comité international pour le rétablissement du marsouin de Californie(CIRVA) (en anglais seulement) (UICN-GSC, décembre 2017)

    Le marsouin vaquita pourrait disparaître d’ici un an (Baleines en direct, 01/06/2017)

    Opération Milagro V — Campagne de secours du vaquita (en anglais seulement) (Sea Shepherd)

    Faits sur le marsouin de Californie (en anglais seulement) (Fonds mondial pour la nature)


    Après avoir passé l’été avec des baleines sur la côte ouest du Canada, Jasspreet Sahib est heureuse de se joindre à l’équipe du GREMM cet automne comme stagiaire en rédaction par l’entremise du programme du Corps de conservation canadien. Elle a fait des études en biologie marine et en journalisme à l’Université Dalhousie et adore partager sa passion pour les mammifères marins et la communication scientifique avec les lecteurs de Baleines en direct.