Bilan toujours inquiétant pour la mortalité des bélugas du Saint-Laurent en 2018

  • Cinq femelles bélugas ont été trouvées mortes cette année, dont celle échouée à Petit-Matane en juillet. © Manon Plasse, bénévole d'Urgences Mammifères Marins
    26 / 11 / 2018 Par Marie-Ève Muller - / / / /

    La série noire des bélugas du Saint-Laurent se poursuit. Encore cette année, la prédominance des mortalités périnatales, celles de femelles gestantes et des nouveau-nés, inquiète les chercheurs. Depuis le début de l’année 2018, 12 carcasses de bélugas du Saint-Laurent ont été retrouvées. Ce nombre ne représente pas le nombre réel de décès, mais bien celui des carcasses découvertes. En 2017, 22 carcasses avaient été trouvées et en 2016, ce nombre était de 14.

    « Il n’y a pas de tendance lourde sur le nombre de carcasses année après année », indique le vétérinaire Stéphane Lair, professeur titulaire à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal. « Par contre, c’est dans le sexe et l’âge des carcasses que nous observons une tendance inquiétante. Le pourcentage de femelles et le nombre de nouveau-nés parmi les carcasses trouvées sont plus élevés depuis 2010 », ajoute-t-il. En 2018, on comptait cinq femelles et un seul mâle parmi les sept bélugas adultes retrouvés, le sexe de la septième carcasse n’ayant pas pu être identifié.

    Cinq carasses de nouveau-nés ont été dénombrées, soit cinq fois plus que le nombre moyen observé avant 2010. Pour une population en voie de disparition, la perte de nouveau-nés représente une menace importante.

    Stéphane Lair et son équipe ont effectué quatre nécropsies en 2018. © GREMM

    Parmi les carcasses de béluga échouées, quatre femelles adultes ont été acheminées à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, à Saint-Hyacinthe, pour une nécropsie complète. Les résultats préliminaires des analyses suggèrent que deux des femelles sont décédées des complications liées à leur mise bas : la première venait de donner naissance, mais n’a jamais allaité alors que la deuxième a subi une déchirure utérine sévère lors de la mise bas. Les veaux sont vraisemblablement eux aussi décédés suite à la mort de leur mère.

    La carcasse d’Athéna, une femelle connue depuis 1989, soulève un grand intérêt pour les chercheurs. Bien que l’examen préliminaire n’ait pas permis d’identifier la cause de sa mort, c’est l’observation de sécrétions lactées dans ces glandes mammaires qui intrigue. Athéna a possiblement atteint l’âge de la ménopause et n’a pas été observée avec un veau de façon soutenue depuis plusieurs étés. Les chercheurs se questionnent sur le rôle des femelles plus âgées dans les soins apportés aux jeunes de leur communauté.

    Robert Michaud, directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins et coordonnateur du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins, rappelle l’importance de la recherche à long terme. « Le suivi des mortalités de bélugas du Saint-Laurent couplé au suivi des animaux vivants par le recensement par photo-identification fait partie des plus longs suivis faits sur des mammifères marins. Grâce à ces données échelonnées sur plus de trente ans, on peut déceler des tendances et des anomalies et espérer mieux comprendre les bélugas. »

    Pour en savoir plus

    Bélugas: une première carcasse pour 2018 et le bilan de 2017 (Baleines en direct, 12/04/2018)

    Deux nouvelles carcasses de bélugas dans le Bas-Saint-Laurent (Baleines en direct, 11/07/2018)

    La perte d’une femelle béluga bien connue (Baleines en direct, 02/08/2018)

     


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques et des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.