29 juillet 2018, il est 14h40 quand le téléphone rompt le silence qui régnait au Centre d’appels d’Urgences mammifères marins. Deux plaisanciers signalent une carcasse de béluga échouée au niveau de l’anse aux Petites Îles, dans le fiord du Saguenay. La marée est montante, tout comme la motivation des témoins. Selon les photos qu’ils envoient, la carcasse est vraiment fraiche et les personnes ayant trouvé la carcasse n’hésitent pas à se mouiller pour sécuriser la carcasse. Les agents du parc marin du Saguenay-Saint-Laurent se sont alors rapidement mis à la recherche de la carcasse.

Encore une fois, les témoins dévoués aideront les agents du parc marin à trouver et à atteindre la carcasse. Elle a par la suite, été acheminée à Baie-Sainte-Catherine, au quai de mise à l’eau du parc marin, où elle a été récupérée le 30 juillet au matin par l’Institut national d’écotoxicologie du Saint-Laurent (INESL), avec la collaboration de citoyens de Tadoussac.

Des marques qui en disent long

Des bénévoles du Réseau et des assistants de recherches du GREMM se sont rendus à Baie-Sainte-Catherine pour sécuriser la carcasse et s’assurer de récolter des données sur la carcasse avant qu’elle parte en direction de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal pour être nécropsiée. Une marque sur le flanc droit du béluga et sa crête riche de reliefs attire leur attention. Un frisson les anime, car ils pourront surement identifier ce béluga. De retour de l’intervention, la nouvelle tombe.

Le cœur serré, les assistants de recherche du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) et le directeur scientifique, Robert Michaud, apparient cette carcasse à un individu connu de nos catalogues : DL0030, appelée Athéna. Cette femelle béluga bien connue du GREMM avait été vue deux jours plus tôt par l’équipe de la tour de la baie Sainte-Marguerite. Observée pour la première fois en 1989, puis chaque été excepté en 1990, Athéna fréquentait régulièrement l’embouchure du fiord du Saguenay où elle nageait avec des communautés de femelles et de jeunes bélugas. Déjà blanche à sa première rencontre avec les équipes de recherche du GREMM – on sait que les bélugas deviennent totalement blancs aux alentours de 12 à 16 ans – on estime qu’Athéna pourrait être née aux alentours de 1975 et peut-être même bien avant cela.

D’après les résultats préliminaires des équipes de vétérinaire de l’Université de Montréal, aucune cause de décès n’a pu être déterminée à l’heure actuelle. D’autres analyses plus approfondies permettront de savoir l’âge de ce béluga et de savoir si elle a enfanté par le passé. En effet, plusieurs mystères planent encore sur la vie d’Athéna, malgré les centaines de rencontres avec elle. Il est donc important d’attendre l’ensemble des résultats avant de tirer des conclusions sur ce cas.

Alors qu’Athéna était sur le chemin de la Faculté de médecine vétérinaire, le Réseau reçoit un deuxième signalement pour une carcasse de veau béluga situé à proximité du quai de Rivière-Ouelle, dans le Bas-Saint-Laurent. Les témoins, bien informés sur la marche à suivre, ont ramené la carcasse au-dessus de la ligne de marée en attendant qu’un bénévole du Réseau se rende sur les lieux pour documenter la situation et sécuriser la carcasse. Malheureusement, la décomposition du béluga était avancée et il n’a pas pu être sélectionné pour une nécropsie. Toutefois, des échantillons (peaux, gras, muscle et foie) ont été récupérés par l’INESL mardi en début de journée. Le service d’Urgence-Environnement, responsable pour la récupération des carcasses nuisibles, a été avisé et  devrait la ramasser sous peu.

Avec ces deux nouveaux cas, on dénombre 9 carcasses de béluga pour cette année.

Pour en savoir plus

Deux nouvelles carcasses de béluga retrouvées dans le Bas-Saint-Laurent (Baleines en direct, 2018)

De la mer au labo : trajet d’une carcasse de béluga (Baleines en direct, 2017)

Réseau de récupération des carcasses (Baleines en direct, 2015)

Urgences Mammifères Marins - 2/8/2018

Anthony François

Anthony François est responsable du programme d’intervention d’urgences pour les mammifères marins. Il est arrivé au GREMM en 2017, comme répondant au Centre d'appels d'urgences pour les mammifères marins et comme assistant de recherche. Biochimiste et biologiste de formation, il réalise l’importance de la vulgarisation scientifique et de la sensibilisation du public au cours de sa maitrise.

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