À l’heure de faire paraitre le bilan des mortalités de bélugas de 2025, trois carcasses ont déjà été signalées au Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins (RQUMM) depuis le début de l’année. En 2025, 19 carcasses ont été retrouvées à la dérive ou sur les rives du Saint-Laurent. Sur ce nombre, 10 sont des femelles, 8 sont des mâles et une n’était pas en assez bon état pour en déterminer le sexe.

Le bilan de 2025 nous ramène près du nombre moyen de carcasses recensées annuellement depuis 1983 dans le cadre du programme de suivi des mortalités mis en place par Pêches et Océans Canada. En 2024, le nombre de carcasses récupérées avait atteint un creux historique de 6 et soulevé des questions.

Pas de dystocies rapportées dans la dernière année

Toutes les carcasses recensées par l’équipe du RQUMM ont pu être échantillonnées. 11 d’entre elles ont même été transportées à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, à Saint-Hyacinthe, afin de déterminer plus précisément les causes de mort de l’animal.

Cette année, aucune dystocie – complications lors de la mise bas – n’est rapportée dans les causes de mortalité relevées sur ces carcasses. Les dystocies étaient fréquentes chez les femelles bélugas depuis quelques années. Que signifie leur absence cette année?

Stéphane Lair, professeur titulaire à la faculté de l’Université de Montréal et directeur du Centre québécois sur la santé des animaux sauvages (CQSAS), se prononce : « C’est peut-être un peu trop tôt pour générer une tendance, mais ça pourrait indiquer une diminution de l’occurrence de cette problématique, ce qui est en soi une bonne nouvelle. Cependant la diminution des dystocies pourrait aussi être une conséquence d’une diminution des naissances. »

La population de bélugas du Saint-Laurent fait toujours face à de nombreuses menaces et ce, malgré l’arrêt de la chasse en 1979 et le nouvel estimé de la population annoncé en 2023 : contaminants présents en quantité importante dans l’eau, pollution sonore, stress anthropique, changements climatiques, fluctuations de l’abondance de leurs proies, etc. Les scientifiques ignorent encore lequel – ou lesquels – de ces facteurs doit être pointé du doigt, mais les efforts ne dérougissent pas pour tenter de découvrir ce qui freine le rétablissement de la population.

Que nous apprend la répartition spatiale des carcasses retrouvées?

En 2024, alors que seulement 6 carcasses avaient été recensées le long du Saint-Laurent, une hypothèse avait été soulevée pour expliquer ce faible nombre : et si cela avait un lien avec des changements dans la répartition estivale des bélugas? Un déplacement vers l’aval en été, jumelé aux courants marins, pourrait apporter les carcasses davantage vers le golfe et diminuer leur détectabilité.

Dans un récent document publié à l’automne 2025, une équipe de Pêches et Océans Canada faisait état de la distribution saisonnière des bélugas du Saint-Laurent, grâce à des relevés photographiques et des survols aériens réalisés durant les étés 1990 à 2022 et des relevés visuels hivernaux et printaniers de 2012 à 2023. Les scientifiques y notent une augmentation de l’utilisation de l’estuaire maritime entre Saint-Simon–Les Escoumins et Rimouski–Forestville pendant l’été entre 2014-2022, comparé à 1990-2009. Malgré ce récent changement de répartition observé, le nombre de carcasses récupérées en 2025 est toutefois revenu dans les normales des dernières décennies.

Si le nombre de carcasses recensées fluctue chaque saison, l’emplacement où est récupérée la majorité des animaux reste similaire d’une année à l’autre : ceux-ci étant signalés dans la région du Bas-Saint-Laurent. À noter que le lieu où sont retrouvées les carcasses n’est pas forcément représentatif de l’endroit où l’animal est mort, puisque les courants marins peuvent les déplacer. On ne peut donc pas tirer de conclusion sur la distribution de la population de bélugas avec comme seule information le lieu de récupération des carcasses.

Pour signaler un mammifère marin mort ou en difficulté, contactez rapidement le RQUMM au 1-877-722-5346.

Urgences Mammifères Marins - 30/4/2026

Odélie Brouillette

Odélie Brouillette s’est jointe à l’équipe du GREMM comme rédactrice et naturaliste en 2022 et est chargée de projets en communication scientifique depuis 2023. Biologiste de formation, elle aime apprendre et communiquer aux autres ce qui lui tient à cœur. Fascinée depuis toujours par les milieux marins et les baleines, elle souhaite, par la sensibilisation et la vulgarisation, contribuer à leur protection.

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