Une visiteuse inattendue aux Îles de la Madeleine inquiète la communauté

  • © Jean Lemire
    05 / 07 / 2015 Par Josiane Cabana

    Un internaute rapporte tôt samedi matin au Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) un vidéo d’un pêcheur madelinot diffusé sur les réseaux sociaux. Le vidéo est vite relayé à Urgences Mammifères Marins. Au visionnement, on constate qu’il s’agit d’une visiteuse inattendue pour ce secteur, soit une baleine noire de l’Atlantique Nord. Malgré que le corps de l’animal est peu visible dans la houle, la forme de la queue au profil lisse le confirme. Mais au-delà de la surprise de voir cette espèce, l’inquiétude s’installe: le comportement de la baleine est troublant, d’autant plus qu’elle se trouve visiblement dans un secteur de pêche au homard. Les baleines noires sont reconnues pour batifoler en surface, mais ce comportement s’observe surtout quand plusieurs animaux se retrouvent dans le même secteur. Ici, la baleine semblait être la seule représentante de son espèce. La tête est peu visible lorsque la baleine vient respirer en surface. Les images portent à croire qu’elle pourrait être prise dans les engins de pêche.

    Le vidéo est partagé dans la communauté scientifique: les chercheurs du New England Aquarium, spécialistes de la baleine noire, et les intervenants du Center for Coastal Studies, experts en désempêtrement de cette espèce, partagent les mêmes inquiétudes. La priorité est d’obtenir des détails supplémentaires sur l’observation. Le pêcheur étant en pleine saison de travail, il faut attendre quelques heures avant de pouvoir obtenir les réponses aux questions qui demeurent: des cordages étaient-ils visibles sur le dos de l’animal? Des engins de pêche ont-ils été rapportés perdus par les pêcheurs de la région? Y a-t-il d’autres signalements de baleine noire dans les derniers jours? Combien de baleines se trouvaient sous les yeux des témoins? Où précisément les images ont-elles été filmées?

    Un récit rassurant

    © Serge Arseneau (tirée du vidéo)

    © Serge Arseneau (tirée du vidéo)

    Le Centre d’appels d’Urgences Mammifères Marins a contacté samedi les bénévoles de la région des Îles-de-la-Madeleine afin de pouvoir entrer en contact rapidement avec toute personne qui possède des détails sur la situation. Le message a été relayé efficacement par les Madelinots et autres amateurs de baleines. Le pêcheur, collaborateur notable, a contacté ce dimanche matin le 1-877-7baleine pour relater sa rencontre. Son récit est rassurant: selon ses observations en mer, à trois milles au large de Old Harry, la baleine n’était pas empêtrée. Il n’a vu aucun cordage sur son dos, puis elle a montré la queue à quelques reprises. Après avoir plongé une fois, elle est ressortie en direction sud-est deux à trois fois. Elle se déplaçait donc librement selon ses dires. Aucun pêcheur n’a rapporté de perte de cage à homards dans le secteur. Le pêcheur est retourné les deux jours suivants dans le même secteur de pêche et la baleine n’a jamais été revue. Elle aurait donc été vue que cette fois, aperçue par quelques pêcheurs privilégiés d’avoir croisé la route de cette espèce en voie de disparition.

    La baleine noire : chaque observation compte

    La population de baleine noire de l’Atlantique Nord compte environ 500 individus. Les chercheurs espèrent documenter chaque observation de baleine noire, particulièrement dans les eaux du Saint-Laurent, où les observations sont de plus en plus fréquentes dans la dernière décennie. Il s’agit de la quatrième mention de baleine noire vivante rapportée au Réseau cette année. Une d’elle avait été enregistrée dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent le 7 juin, une dans la baie de Shediac au Nouveau-Brunswick le 15 juin et deux individus avaient été repérés par des chercheurs en Gaspésie le 20 juin. Une baleine noire retrouvée morte dans le secteur de Percé s’ajoute à ces observations, signalée le 23 juin. Merci de rapporter toute rencontre avec une baleine noire au 1-877-7baleine (1-877-722-5346). On demande de garder une distance de 400 mètres lors des observations.

     Crédit photo en Une : Jean Lemire.