La suite du projet de suivi des grands rorquals en Gaspésie

  • La nageoire pectorale d'Irisept et un autre rorqual à bosse inconnu
    © GREMM
    06 / 07 / 2015 Par Michel Moisan

    Lundi, 29 juin

    C’est la fin de notre projet de terrain en Gaspésie. Nous avons eu la chance au cours de notre séjour de voir des rorquals à bosse connus dont Gaspar et Irisept alias «Cocotte» qui nageaient en zone peu profonde. Aussi, d’autres rorquals communs ont été aperçus en train de s’alimenter de capelans, des petits poissons se tenant en banc.

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    Samedi, 20 juin

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    Lever à 4 h 30. Le temps est clair. Une belle journée pour aller sur l’eau. On part à la recherche des grands rorquals pour leur coller, à l’aide de ventouses, nos nouveaux «jouets», des balises radio VHF. Une fois fixées sur leur dos, les balises  suivent les animaux sous la surface de l’eau pour documenter en détails les profondeurs où les rorquals s’alimentent ainsi que les «acrobaties» réalisées lorsqu’ils chassent leurs proies.

    Le projet vise à étudier la consommation de krill. Comme les trois espèces de grands rorquals en consomment selon différents degrés, nous approcherons la première espèce rencontrée.

    Première rencontre: un rorqual commun solitaire près de Cap-Gaspé. Nous réalisons rapidement qu’il sera difficile de poser notre instrument sur le dos de cet animal. Juste avant de nous quitter pour plonger, il laisse un nuage d’excréments. Une alimentation à base de krill donne une couleur rosée aux excréments. Le nuage n’est pas rose, donc ce rorqual commun avait vraisemblablement mangé du poisson dans les derniers jours. Petite consolation de le voir filer ainsi, sans balise, puisque nous cherchons des animaux en alimentation de krill. Nous repartons donc à la recherche d’un autre animal.

    Nous croisons la route d’un autre rorqual commun, mais il se déplace rapidement ce qui en fait de lui un candidat peu attirant pour y coller notre «espion» sur son dos. En effet, nous devons garder le contact avec l’animal tout le long du suivi et récupérer ensuite l’appareil pour récupérer nos données. Ce serait dommage de perdre la balise sur un rorqual commun en cavale.

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    Nous continuons à fouiller le secteur à l’est de la Péninsule de Forillon. À 20 milles marins à l’est de Cap-Gaspé, simultanément avec ma collègue  de Pêches et Océans Canada,  nous apercevons un point noir au loin. Nul doute qu’il s’agit d’une baleine, ou d’un groupe de bleines, mais de quelle espèce? Nous approchons et défilons en silence dans notre tête les espèces qui pourraient bien correspondre à ce que nous voyons. C’est très intriguant. Beaucoup de remous à la surface de l’eau; il y a de l’activité! On pense à toute sorte d’hypothèses, surtout que nous ne croyons pas que ce soit des rorquals à bosse: Cachalot? Autres espèces? À mesure que nous approchons, nous réalisons qu’il s’agit de deux baleines noires; une observation relativement rare dans le golfe et l’estuaire. Nous prenons des photos qui serviront à identifier les individus et à documenter la présence de cette espèce dans le golfe. Un autre nuage d’excréments un tant soit peu odorant nous est livré par notre paire de baleines noires qui plongent vers les profondeurs. Décidément, c’est notre journée pour les cadeaux de départ. Les baleines sont en pleine période d’alimentation dans le Saint-Laurent et elles y font des réserves avant de migrer à l’automne.

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    À la fin de la journée, nous croisons la route de deux rorquals à bosse dont l’un deux est Gaspar, une femelle bien connue de l’estuaire. Malheureusement, les baleines nagent dans une zone peu profonde et elles ne lèvent donc pas la queue en plongeant, ce qui nous aurait permis de capturer l’identité du deuxième animal. En effet, le patron de coloration sous la queue des rorquals à bosse permet l’identification des individus. Nous tenterons de retrouver ces animaux dans les prochains jours pour tenter de les suivre.

    Pendant ce temps, l’équipage à bord du bateau Frederick G. Creed de Pêches et Océans Canada réalise des relevés acoustiques pour détecter la nourriture mangée par les rorquals. Les résultats sont formels: du poisson il y en a, mais peu de krill. Nous sillonnerons donc d’autres secteurs avant de revenir dans celui-ci.

    Dimanche, 21 juin

    Un autre départ tôt le matin, mais cette fois en direction de Rivière-au-Renard où des masses de krill ont été détectées par l’équipe à bord du Frederick G. Creed le vendredi précédent. Trois rorquals bleus savourent le festin. En l’absence des rorquals communs et de rorquals à bosse, espèces plus prioritaires dans ce projet compte tenu du peu de données, le rorqual bleu devient donc l’objectif du jour. Soudain, alors que nous ne l’attendions pas si près, son souffle puissant brise le silence; elle vient de faire surface à portée de la perche que j’utilise pour fixer la balise sur les animaux. Nous approchons lentement. Sa masse turquoise s’élève lentement près du bateau, juste sous la perche sur laquelle est attaché notre «mouchard». Puis, l’animal change soudainement de comportement et disparait pour réapparaitre plus loin. Dommage, nous y étions presque!

    Lundi, 22 juin

    Nous ne sortons pas. Malgré la pluie et le brouillard, la Gaspésie est toujours aussi belle!

     

    Michel Moisan, technicien senior et responsable des opérations en mer pour le GREMM, accompagne une équipe menée par Véronique Lesage de l’Institut Maurice-Lamontagne (Pêches et Océans Canada) pour une mission scientifique en Gaspésie, dans le cadre d’un projet de recherche sur la production et la consommation du krill dans le Saint-Laurent. Voici son compte-rendu des premiers jours de la mission.