Pêches et Océans Canada confirme que deux nouvelles carcasses de baleines noires de l’Atlantique Nord ont été retrouvées, l’une sur la côte d’Anticosti et l’autre à la dérive au large de la Gaspésie. Cela porte le décompte à six mortalités pour cette espèce dans le golfe du Saint-Laurent cette année. En réaction, Transports Canada met en vigueur immédiatement une limitation temporaire de vitesse de 10 nœuds visant les navires de 20 mètres ou plus circulant dans l’ouest du golfe du Saint-Laurent, dans les deux couloirs de navigation désignés au nord et au sud de l’ile d’Anticosti.

Ces précautions sont directement liées à la situation précaire de cette espèce en voie d’extinction. Michelle Sanders, directrice de la politique sur l’eau propre à Transports Canada précise que : « C’est une mesure préventive considérant que des baleines noires de l’Atlantique Nord ont été observées près des couloirs de navigation. » L’objectif est de limiter l’impact du trafic maritime sur les baleines noires.

Une femelle connue

La cinquième carcasse a été identifiée par le New England Aquarium à l’aide de leur catalogue. Cette femelle, née en 2003, était connue sous l’identifiant #3329. Les cicatrices qu’elle porte révèlent qu’elle a vécu au moins quatre empêtrements dans des engins de pêche. Elle avait été vue pour la dernière fois le 25 avril 2019 dans la baie de Cape Cod, aux États-Unis. Pêches et Océans Canada analyse présentement diverses options pour la récupération et pour la nécropsie de la sixième carcasse.

La sixième carcasse n’a toujours pas été identifiée.

Encore dans le flou

Des six carcasses de baleines noires de l’Atlantique Nord, seules deux nécropsies ont été réalisées pour le moment. D’après Matthew Hardy, directeur de la division des ressources aquatiques chez Pêches et Océans Canada : « Il est encore trop tôt pour dire ce qu’il se passe. Les carcasses retrouvées ne montrent pas de patrons de distributions ou de mortalités. Nous travaillons activement à rassembler plus de données pour mieux cerner la situation. »

Les baleines noires sont plus vulnérables aux empêtrements dans les engins de pêche et aux collisions avec les navires que les autres grandes baleines. Elles viennent dans le Saint-Laurent pour s’alimenter et passent donc beaucoup de temps en surface. Elles ont aussi le désavantage de se déplacer lentement.

D’après le rapport annuel de 2018 réalisé par le North Atlantic Right Whale Consortium, il ne reste que 411 baleines noires de l’Atlantique Nord. Sept baleineaux sont nés cet hiver, alors qu’un minimum de 17 baleineaux seraient nécessaires pour amener l’espèce à son rétablissement. Pour le moment, les mortalités dénombrées dans le golfe du Saint-Laurent en 2019 représentent un déclin de 1% de cette espèce.

Petit portrait des six baleines noires

1. Wolverine
Mâle de 9 ans
Résultats de la nécropsie non concluants pour identifier les causes de mortalité.

2. Punctuation
Femelle d’environ 40 ans
La nécropsie révèle un traumatisme qui correspond aux séquelles liées à une collision avec un navire.

3. Comet
Mâle de plus de 30 ans
La nécropsie sera réalisée dans les prochains jours à l’Île-du-Prince-Édouard.

4. Baleine n’apparaissant pas au catalogue (non nommée)
Femelle de 11 ans
Vu l’état de décomposition avancée, aucune nécropsie ne sera réalisée. Des échantillonnages en mer pourraient être réalisés.

5. #3329
Femelle de 16 ans
Considérant l’endroit reculé où se trouve la carcasse, Pêches et Océans Canada évalue la faisabilité d’une nécropsie sur place ou d’un déplacement de la carcasse.

6. Clipper
Femelle
Nécropsie le 1er juillet

Carte de la localisation des carcasses au moment de leur découverte. © Pêches et Océans Canada

Pour en savoir plus

Le dossier sur les baleines noires de 2019 (Baleines en direct)

Actualité - 27/6/2019

Marie-Ève Muller

Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.

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