Nous avons reçu la première mention d’un petit rorqual dans le Saint-Laurent pour 2020! C’est un promeneur chanceux qui a fait l’observation. Alors qu’il profite du soleil printanier au quai de Baie-Comeau le 23 mars, il repère le petit rorqual. Son observation dure une dizaine de minutes avant que la baleine ne parte vers l’anse Saint-Pancrace.

Les petits rorquals sont des résidents saisonniers du Saint-Laurent. On les voit régulièrement de mars à décembre. Où passe-t-il l’hiver? Les mouvements migratoires ne sont pas encore bien compris. Des observations ainsi que des enregistrements acoustiques, effectués par le système de surveillance de la marine étatsunienne, suggèrent que les petits rorquals se déplacent vers le sud en hiver dans la région des Antilles.

Dans nos eaux, les petits rorquals observés sont majoritairement des femelles. Toutes les biopsies (des petits échantillons de peau et de gras prélevés) sur des petits rorquals ont confirmé que les individus étudiés étaient des femelles. Les seuls mâles observés dans le Saint-Laurent étaient en fait des juvéniles morts dont la carcasse s’était échouée.

Une autre espèce de cétacé est notée ces derniers jours. Tandis qu’il effectue l’appariement de bélugas, l’assistant de recherche du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), Mathieu Marzelière en repère des bélugas bien vivants nageant entre la pointe de l’Islet à Tadoussac et la pointe Noire à Baie-Sainte-Catherine le 26 mars. C’est un des avantages du télétravail : de son bureau à la maison, il a une vue sur l’embouchure du Saguenay. Le 18 mars en après-midi, les membres d’une famille s’exclament devant deux bélugas nageant près de la pointe Noire. Quelques bélugas semblent bien de retour dans la région.

Côté phoques, ils sont des milliers au large de Gallix le 24 mars. «Au moins 5000», s’exclame Jacques Gélineau, jumelles en main. Les pinnipèdes se dorent au soleil à environ 1,5 mille nautique de la côte sur les glaces amoncelées.

Le photographe animalier Éric Deschamps est une personne patiente. Alors que la marée descend, il repère un phoque commun de bonne corpulence installé sur un rocher le 25 mars au large de Sainte-Anne-des-Monts. Un plus petit phoque nage autour et surveille un rocher qui commence à affleurer. «Il s’est essayé à multiples reprises à monter sur la roche, chaque fois sans succès. Il arrivait à rester en équilibre sur le ventre, mais ne semblait pas confortable. C’est au moment de se mettre sur le côté qu’il tombait tout le temps.» Il nous partage en vidéo son observation magnifique. Pour parvenir à filmer, il a rampé dans la marée basse pour trouver son bon angle, puis a rampé à nouveau pour s’éloigner, afin de ne pas déranger les deux animaux.

De l’autre côté du fleuve, à Métis-sur-Mer, en Gaspésie, une promeneuse repère au coucher du soleil deux phoques le 24 mars. Elle pense voir des phoques gris, à cause de la forme allongée de la tête, rappelant celle d’un cheval. Le lendemain, elle retourne scruter le fleuve et photographie une vingtaine de phoques sur les rochers. Même avec les photos, difficile d’identifier l’espèce. À distance, avec les reflets du soleil, la couleur du pelage et la forme des taches peuvent être trompeuses. Dans tous les cas, cette balade au bord de l’eau permet de respirer de l’air frais et de communier avec la nature dans ces temps pour le moins stressant pour les humains.

Si vous sortez marcher le long des rives et que vous croisez un phoque vivant, laissez-lui encore plus d’espace qu’avec vos congénères humains. Les phoques sur les plages ont besoin de se reposer. Si vous croisez un phoque ou une baleine en difficulté ou mort, vous devez composer le 1-877-722-5346. L’équipe du Centre d’appels du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins poursuit son travail 24 heures/24, 7 jours sur 7, malgré le contexte de pandémie.

Observations de la semaine - 26/3/2020

Marie-Ève Muller

Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017 et est porte-parole du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins (RQUMM). Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.

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