Les « détectives » d’Urgences Mammifères Marins

  • Carcasse de petit rorqual empêtré, au large de Baie-Comeau, 2016 / Entangled minke whale carcass off of Baie-Comeau, 2016 © Patrick Bourgeois
    25 / 10 / 2016 Par Josiane Cabana

    Ce matin, un citoyen du Bas-Saint-Laurent rapportait une carcasse de baleine à dents, au dos foncé et au ventre pâle, avec une nageoire dorsale proéminente et un front arrondi, sans être bombé. Selon ses connaissances, il avait sous les yeux un dauphin de mer, mais plus précisément un épaulard. Comme les épaulards sont peu fréquents dans l’estuaire du Saint-Laurent, l’équipe du Centre d’appels envisageait plutôt un marsouin commun, comme la petite taille de 1,20m correspondait davantage. Finalement, les photos prises par un bénévole ont révélé qu’il s’agissait plutôt d’un jeune dauphin à flancs blancs.

    L’équipe du Centre d’appels du 1-877-7baleine le dit souvent: leur travail ressemble bien souvent à celui d’un détective! Lorsqu’un mammifère est vu échoué ou à la dérive, il n’est pas toujours évident, pour un néophyte, de déterminer de quelle espèce il s’agit. Il devient même parfois ardu de déterminer si l’animal est vivant ou mort. Lorsque la sonnerie du « téléphone rouge » retentit à Urgences Mammifères Marins, les préposés sont prêts à défiler une liste de questions au témoin afin d’avoir un portrait le plus fidèle possible de la situation.

    Signalement d'un béluga... qui était en réalité une piscine gonflable! © Dany Zbinden

    Signalement d’un béluga… qui était en réalité une piscine gonflable! © Dany Zbinden

    Le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins existe depuis douze ans et nombreuses sont les anecdotes sur des identifications erronées d’espèces et même de lieu!
 Des gardes de parc ce sont déjà déplacés au quai de Saint-Siméon dans Charlevoix pour entreprendre une intervention sur un grand rorqual mort, alors que la carcasse échouée se trouvait plutôt sur les berges de Saint-Siméon… en Gaspésie. Un spécialiste de l’échantillonnage sur les bélugas s’est déplacé une journée d’automne, prêt à étudier un jeune spécimen de cette espèce, pour finalement se retrouver nez à nez avec un esturgeon. Une bénévole d’Urgences Mammifères Marins s’est aussi rendue en bordure du fleuve dans la région de Québec, motivée à étudier une carcasse de phoque, pour finalement constater qu’il s’agissait d’un castor! Puis, une carcasse blanche que l’on croyait être un béluga échoué sur les battures du Bas-Saint-Laurent s’est avérée être un chevreuil. Finalement, en mai dernier, une équipe de chercheurs s’est déplacée pour aller valider ce qui apparaissait être une carcasse de béluga puisqu’une masse blanche éclatante avait été signalée au loin dans les roches dans le secteur de Longue-Rive sur la Côte-Nord. À leur arrivée, ils ont constaté qu’il s’agissait plutôt des restes d’une piscine gonflable!

    Des interventions selon les espèces et les cas

    Marsouin commun © Louis Thériault

    Marsouin commun © Louis Thériault

    Selon l’espèce et le type de cas, différentes interventions seront entreprises par les partenaires du Réseau: remorquage, échantillonnage, dépeçage, nécropsie, désempêtrement, suivi de la situation, etc. Voilà pourquoi une panoplie de questions doit être posée aux témoins dans les premières minutes suivant l’appel. Les questions peuvent parfois paraître simplistes: présence d’écailles, de poils ou une peau lisse pour distinguer un poisson d’un phoque ou d’un cétacé. Orientation de la queue pour distinguer une baleine d’un poisson. Présence de dents ou de fanons pour identifier le groupe de cétacés auquel il appartient. Voit-on le dos du béluga immobile ou est-il sur le côté pour distinguer un animal en billotage (repos) d’un béluga mort ou en difficulté? Y a-t-il des charognards à proximité pour évaluer s’il s’agit d’une carcasse ou d’un objet inerte? Quel est le patron de coloration de l’animal, sa taille approximative? Est-il blessé? Porte-t-il des marques évidentes d’empêtrement? Toutes ces questions sont essentielles pour avoir un portrait fidèle de la situation et ainsi développer un plan d’intervention adéquat.

    L’état de décomposition de certaines carcasses peut aussi compliquer l’identification. Des questions sur certaines caractéristiques peuvent aider à trancher, mais bien souvent, une image vaut mille mots. L’ère des cellulaires intelligents a considérablement facilité le travail du Centre d’appels. Lorsque le doute persiste, on peut compter sur plus d’une centaine de bénévoles partout au Québec qui se déplacent pour valider des situations et apporter des réponses aux questions qui subsistent.