Les grands rorquals se déversent encore dans l’estuaire du Saint-Laurent, particulièrement entre Les Escoumins et Longue-Rive. La vivacité est rapportée chez plusieurs mammifères marins, qui semblent profiter de l’abondance de nourriture pour se remplir la panse avant l’arrivée éventuelle des jours de disette. Les exubérants dauphins à nez blanc se font toujours remarquer, produisant bonds et merveilles.
Va-et-vient à Franquelin
D’ailleurs, ces vifs cétacés ont été aperçus au large de Franquelin pas plus tard que le 9 septembre; l’un d’entre eux a même une encoche bien visible dans sa dorsale. Dans le secteur de Baie-Comeau et Franquelin, des observateurs et observatrices assidus nous font part de trois à quatre rorquals à bosse qui vont et viennent, de petits groupes de marsouins communs, de « tout petits mignons phoques communs » ainsi que de phoques gris solitaires et de petits rorquals .
Retour des baleines noires en Minganie
« Cette semaine, c’est le retour des baleines franches ! » nous partage un membre de l’équipe de la Station de recherche des Îles Mingan (MICS). Après quelques semaines d’absence, l’équipe a observé quatre baleines noires de l’Atlantique Nord – Ellipsis, #3960, Dyad et Calamari – le 2 septembre, et quatre autres le 6 septembre au large de Mingan : Lobster, Fenway, Tally et #4720. Cinq rorquals communs, dont Midget (285) et Curly (F002). Ce dernier était d’ailleurs « en train de se nourrir au même endroit qu’une dizaine de petits rorquals ». Un requin-pèlerin rodait aussi dans les parages. Plusieurs rorquals bleus, dont la femelle B260 sans son veau, et quatre rorquals à bosse étaient aussi dans l’objectif des biologistes à Sept-Îles au cours de la semaine.
Des « rock sausages » en Gaspésie
Depuis Cap-Gaspé, le vent présent sur l’eau n’aide pas à distinguer de souffles ou de nageoires dorsales. « Mis à part quelques phoques gris vus et entendus, je n’ai vu aucune baleine. », nous partage une observatrice, qui fait mention des « hurlements caractéristiques » de ces gros pinnipèdes. Elle ajoute : « C’est toujours drôle d’entendre des gens qui ne savent pas que les phoques gris font ça et qui se demandent quel animal ça peut bien être et qui ont même l’air un peu inquiet ».
Au Québec, ces hurlements mystérieux entendus à des kilomètres à la ronde ont valu au phoques gris le surnom de loups marins, mais dans certaines régions ce terme désigne aussi les phoques communs. Sur la côte ouest-canadienne, l’argot local désigne le phoque commun comme « rock sausage », en référence à sa manière de s’étendre sur les rochers pendant des heures, tandis que les Néerlandais le surnomme « zeehondje » : petit chien des mers.
À l’Anse-aux-Cousins, ces chiens des mers « surveillent les travaux », commente une Gaspésienne passionnée. Les pinnipèdes ne s’empêchent pas de se hisser sur leurs rochers, mais gardent un œil attentif sur les tractopelles qui font du boucan sur la rive.
Diversité d’espèces sur la Haute-Côte-Nord
Cétacés et pinnipèdes se gobergent le bec dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent. Parmi les observations rendues presque habituelles, mais non moins extraordinaires, une Escouminoise rapporte avoir vu devant sa maison une « baleine bleue pendant plus de trois heures depuis le bord de l’eau […] ! Nous avons également vu des petits rorquals (dont un qui a sauté hors de l’eau!), des phoques gris, un béluga et des rorquals communs ce soir. »
Les observations sont tout autant diversifiées que les comportements des mammifères marins observés : breachs à répétition, alimentation de surface, coups de pectorales, marsouinage de marsouins communs en chasse, phoque commun qui nage en sautant hors de l’eau comme un dauphin, etc. C’est une véritable frénésie marine!
Deux intrépides coureuses ont pu observer depuis Les Escoumins le dos d’un rorqual bleu. Celui-ci était si imposant et si long qu’une d’entre elles a d’abord cru à un bateau. D’une longueur allant généralement jusqu’à 27 mètres, les rorquals bleus ne montrent que 10% de la surface de leur corps lorsqu’ils respirent à la surface. Néanmoins, cette espèce sort davantage ses épaules et la zone de l’évent lors de chaque sortie en comparaison avec les autres rorquals. Au moins quatre autres de ces mastodontes océaniques nageaient dans le secteur, dont B246 (Jaw-Breaker) et B197 (Pleiades).
Le Mériscope rapporte avoir vu au cours d’une seule sortie entre Cap de Granite et Les Escoumins 53 marsouins communs, 22 bélugas et 30 phoques gris, en plus de quatre petits rorquals, dont Ba266 (Jaseur), deux rorquals à bosse, deux rorquals communs, et un rorqual bleu!
Un veau dans les environs
Non loin de la Baie des Anémones, le veau du rorqual H590 (Piranha) a effectué une série de breachs « comme un p’ti fou », partage une Nord-Côtière. Le veau est probablement encore allaité par sa mère – les veaux rorquals à bosse peuvent rester jusqu’à deux ans auprès de leur mère. Une étude de 2024 mentionne l’existence de bruits de basses fréquences produits par les veaux rorquals à bosse lors de l’allaitement : des rots, des aboiements, et des reniflements.
Au Canada, le règlement sur les mammifères marins interdit de se placer entre une mère et son petit. De plus, il faut rester à 200 mètres d’une paire mère-veau cétacé. Il faut laisser tout l’espace nécessaire au baleineau pour pouvoir téter et communiquer avec sa mère avant qu’il ne se sépare d’elle. 200 mètres, c’est l’équivalent de deux terrains de football ou encore de 15 bus scolaires!
La vivacité des dauphins à nez blanc
On se connait?
Un Escouminois a aussi reconnu sur le rivage un phoque commun qu’il surnomme « Oscar » et qui se tient toujours fidèle à son poste devant la même maison : « Je ne le vois pas à chaque jour, mais il finit toujours par revenir. Ça fait penser que les phoques communs sont connus pour justement quitter leur échouerie pour partir plusieurs jours afin de chasser. » Il est possible de reconnaitre un phoque par photo-identification grâce à des marques sur son pelage!
Où sont les baleines cette semaine? La carte des observations
Ces données ont été rapportées par notre réseau d’observatrices et observateurs. Elles donnent une idée de la présence des baleines et ne représentent pas du tout la répartition réelle des baleines dans le Saint-Laurent. À utiliser pour le plaisir!
Cliquez sur les icônes de baleine ou de phoque pour découvrir l’espèce, le nombre d’individus, des informations supplémentaires ou des photos de l’observation. Pour agrandir la carte, cliquez sur l’icône du coin supérieur droit. La carte fonctionne bien sur Chrome et Firefox, mais pas aussi bien sur Safari.
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Merci aux collaborateurs et collaboratrices!
Merci aux observateurs et observatrices qui partagent avec nous leur amour pour les mammifères marins! Vos rencontres avec les cétacés et les pinnipèdes sont toujours un plaisir à lire et à découvrir.
Ce sont vos yeux, sur l’eau ou depuis la berge, qui permettent à cette rubrique de voir le jour.
- Béatrice Beaupré
- Odélie Brouillette
- Thalia Cohen Bacry
- Camille Desgaches
- Cédric Gascon
- Élorie Giguère
- Hélène Guitton
- Sara Gira Sol
- Andrea Mugny
- Jade-Audrey Lavergne
- Diane Ostiguy
- Sandrine Papias
- Karina Pegiel
- Renaud Pintiaux
- Pascal Pitre
- Guillaume Savard
- Andréanne Sylvain
- Marielle Vanasse
Et à tous les autres!
Merci aussi aux équipes qui partagent leurs observations :
Centre d’éducation et de recherche de Sept-Îles (CERSI)
Station de recherche des Îles Mingan (MICS)
Réseau d’observation des mammifères marins (ROMM)
Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins (RQUMM)
Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM)
Mériscope
Vous souhaitez vous aussi partager vos observations?
Vous avez observé des mammifères marins dans le fleuve Saint-Laurent? Qu’il s’agisse d’un souffle au large ou de quelques phoques, écrivez-nous et envoyez-nous vos photos à [email protected]!