Sur les sacs de litière pour chat figure un avertissement pour les femmes enceintes contre un parasite provenant des excréments de chats. Ce qu’on suspectait moins, c’est que ce même parasite peut aussi s’attaquer aux bélugas. Même que près de la moitié des bélugas de l’estuaire du Saint-Laurent qui se sont échoués morts entre 2009 et 2012 étaient infectés par ce parasite. L’analyse de ces carcasses révèle une forte prévalence du parasite, soit chez 44 % des individus.

Le parasite Toxoplasma gondii est plus petit que les acariens qui se cachent dans votre oreiller. Soyons précis, il est plutôt de la taille d’un excrément d’acariens ! Toutefois, malgré sa petite taille, ce parasite peut faire des ravages chez tous les vertébrés à sang chaud. Ce sont les oocystes du parasite, des œufs protégés par une carapace ultrarésistante, qui sont à craindre. Si l’un de ces œufs se retrouve chez le béluga, celui-ci peut développer une inflammation, la toxoplasmose.

Un envahisseur sournois

Malgré sa prévalence, le parasite n’est pas toujours facile à détecter. Stéphane Lair, professeur titulaire à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, explique que : « Bien souvent, le parasite passe inaperçu puisqu’il s’enkyste dans les tissus de l’animal et ne cause pas de réaction inflammatoire. » Ainsi, depuis 1983, le vétérinaire a pu déterminer que seulement sept bélugas sont morts d’une toxoplasmose, mais il est possible que ce nombre soit en réalité plus élevé.

Le parasite pourrait avoir des effets indirects, beaucoup plus subtils, sur ses hôtes, dont le béluga. Si la présence d’un oocyste n’est pas nécessairement mortelle, celui-ci peut néanmoins créer des déficits neurologiques comme des difficultés cognitives ou des changements de comportements. Toxoplasma gondii pourrait donc indirectement rendre les bélugas plus à risque de s’empêtrer dans des engins de pêche ou encore d’entrer en collision avec des navires.

Jacques Brodeur, professeur titulaire en biologie à l’Université de Montréal, a étudié l’effet de ce parasite chez l’humain. Il ajoute que ses effets ne se limitent pas aux bélugas : « Les changements de comportement ont aussi été démontrés chez les rongeurs, notamment en lien avec la prise de risque et le suicide. Toxoplasma gondii encourage ainsi les rongeurs à se faire manger par les chats. C’est sa façon de changer d’hôte. » Lorsque le parasite se trouve chez le béluga, il est hors de son circuit habituel : il est coincé dans un cul-de-sac.

Et les chats dans tout ça ?

Les félins, du chat au lynx, sont immunisés contre les effets de Toxoplasma gondii. Ils servent donc de moyen de diffusion du parasite via leurs fèces. Contaminés par des œufs ultrarésistants, les excréments vont être disséminés sur la grandeur du territoire via le ruissellement dans le bassin versant ou encore par les égouts pluviaux. De cette façon, le parasite issu du lynx ou de votre chat à la maison peut se rendre jusqu’aux bélugas de l’estuaire du Saint-Laurent.

Comment limiter la toxoplasmose chez le béluga ? Pour Stéphane Lair, la réponse est peut-être en train de ronronner à côté de vous : « La meilleure façon de diminuer le problème est d’empêcher les chats d’avoir accès à l’extérieur puisque c’est de cette façon qu’ils entrent en contact avec des rongeurs porteurs du parasite. Éviter que les excréments contaminés se retrouvent dans les systèmes d’égout pourrait aussi diminuer la présence du parasite dans l’environnement aquatique puisque nos techniques de traitement des eaux usées ne sont pas en mesure de se débarrasser des oocystes. »

De son côté, Jacques Brodeur se porte à la défense des félins : « Les chats jouent un rôle important dans le cycle de vie de Toxoplasma gondii, mais n’oublions pas que tous les animaux à sang chaud peuvent être porteurs du parasite. Des oiseaux migrateurs ont amené le parasite en Antarctique et, à l’échelle de la population mondiale, c’est entre 55 % et 60 % des humains qui vivent avec des oocystes enkystés. Pensez-y : nous envoyons, nous aussi, des œufs de parasites dans les égouts jusqu’au fleuve, jusqu’aux bélugas! »

Actualité - 5/11/2018

Aurélie Lagueux-Beloin

Aurélie Lagueux-Beloin est rédactrice pour Baleines en direct depuis l’été 2018. Aimant autant faire de la science qu’en parler, elle complète sa maitrise en biologie à l’Université du Québec à Montréal ainsi qu’un certificat en journalisme à l’Université de Montréal. Sur les ondes de CISM 89,3 FM, elle coanime l’émission de vulgarisation scientifique Le Lab. Aurélie est touche-à-tout et s’intéresse autant aux baleines qu’aux dinosaures en passant par les bancs de krill!

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