Pour assurer la survie de la baleine noire de l’Atlantique Nord, devrait-on réduire le risque que celle-ci rencontre de l’équipement de pêche? C’est ce que suggèrent des chercheurs de la Fédération canadienne de la faune, de WWF-Canada et de l’Université de Dalhousie dans une étude publiée récemment dans Marine Policy. Selon les résultats de cette étude, la fermeture de deux zones de pêche entre le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse durant l’été permettrait de réduire substantiellement le risque que les baleines noires se retrouvent prises dans du matériel de pêche en territoire canadien et pourrait empêcher la disparition de cette population. Cette mesure pourrait aussi permettre au Canada de satisfaire aux nouvelles exigences étasuniennes concernant l’importation de produits de la mer et la protection des mammifères marins, tout en minimisant les conséquences économiques pour les pêcheurs. Mais certaines observations rendent les pêcheurs sceptiques concernant cette solution…

L'équipement de pêche : L'ennemi numéro un de la baleine noire

La protection de la baleine noire de l’Atlantique Nord « n’est pas encore une réussite », conclut une étude publiée en aout 2016 dans la revue Frontiers in Marine Science. Malgré de nombreux efforts pour réduire le nombre de baleines noires qui se blessent ou meurent empêtrées dans les engins de pêche — notamment par la modification de l’équipement de pêche —, les prises accidentelles augmentent en nombre et en gravité. Entre 2010 et 2015, 85 % des décès ont été attribués aux prises accidentelles. Les mesures règlementaires actuelles semblent inefficaces pour diminuer cette principale cause de mortalité et de blessures.

Solution proposée

Dans l’étude publiée il y a quelques semaines dans Marine Policy, Sean Brillant et ses collègues proposent une solution pour protéger la baleine noire: réduire le risque que celle-ci rencontre de l’équipement de pêche. Selon ces chercheurs, réduire ce risque d’au moins 30 % préviendrait la mort d’au moins deux baleines noires tous les trois ans et préviendrait jusqu’à 32 cas d’empêtrement par année, ce qui pourrait faire la différence entre le rétablissement à long terme de la population et sa disparition.

Les chercheurs ont calculé le risque de prise accidentelle pour chaque mois de l’année dans différentes zones de l’Atlantique Nord-Ouest (subdivisé en plus de 76 000 zones de 0,05 ° N et O) en utilisant 30 ans de données sur la distribution des baleines noires (1978 à 2007) et treize ans de données sur la présence d’équipement de pêche (1999 à 2012). Les résultats démontrent que la quasi-totalité du risque d’empêtrement se produit durant les mois de juillet, aout et septembre et qu’un tiers du risque annuel d’empêtrement est associé à deux bassins : le bassin de Grand Manan et le bassin de Roseway. Les chercheurs estiment qu’interdire la pêche commerciale dans ces bassins en été réduirait de 30 % le risque que des baleines se blessent avec de l’équipement de pêche.

Les estimations des prises de la pêche commerciale dans ces bassins (poissons de fond, crabe, homard et autres) sont faibles et en diminution. Selon Sean Brillant, ce serait donc le moyen le plus simple et le moins couteux pour les pêcheurs de répondre aux nouvelles exigences étasuniennes concernant l’importation de produits de mer. D’ici cinq ans, les pêcheries désirant exporter aux États-Unis devront démontrer qu’elles protègent les mammifères marins selon des normes comparables à celles régissant les pêcheries étasuniennes.

De nouvelles aires d’alimentation estivales?

Certains pêcheurs sont sceptiques concernant la solution proposée par Sean Brillant et ses collègues. Bonnie Morse, de l’Association des pêcheurs de Grand Manan, affirme que les baleines ont modifié leurs aires d’alimentation estivales ces dernières années et que des vérifications devraient être faites avant d’interdire la pêche dans des zones que les baleines ne fréquentent peut-être plus.

Comme mentionné dans notre article de la semaine dernière, au cours des cinq dernières années, durant la période estivale, moins de baleines noires ont été observées dans les aires traditionnelles d’alimentation entre la Nouvelle-Angleterre et la Nouvelle-Écosse, mais de plus en plus de baleines noires sont observées dans le golfe et l’estuaire du Saint-Laurent. Si ces observations reflètent une modification des aires d’alimentation de la baleine noire, l’analyse du risque de prise accidentelle et les mesures de protection proposées devront-elles être mises à jour régulièrement? Si l’augmentation des observations de baleines noires dans le Saint-Laurent reflète une augmentation du nombre de baleines dans cette région, des mesures de protection, comme la fermeture de certaines zones de pêches en été, devront-elles également être envisagées dans le Saint-Laurent? Beaucoup de questions doivent être répondues avant que de telles mesures soient mises en place dans le golfe et l’estuaire, mais, d’ici là, une plus grande vigilance, de la part des capitaines et des pêcheurs du Saint-Laurent, est de mise.

Actualité - 18/5/2017

Béatrice Riché

Béatrice Riché has served as editor for the GREMM in 2016. She holds an MSc in environmental science and has spent several years working abroad in the fields of resource conservation, species at risk and climate change. Back on the shores of the St. Lawrence, which she keeps watch over every day, Béatrice writes columns on whales, drawing inspiration from events taking place here and afar.

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