La fin de semaine dernière, plus de 600 globicéphales se sont échoués sur la plage de Farewell Spit en Nouvelle-Zélande. Des centaines de bénévoles ont tenté de sauver les baleines survivantes et de les remettre à flot. Malgré ce mouvement de solidarité, la majorité d’entre elles n’ont pas survécu. Le Département de la conservation de la Nouvelle-Zélande tentera d’identifier la cause de cet échouage collectif. Bien que spectaculaire, cet évènement n’est pas du jamais-vu. Des échouages collectifs ont lieu régulièrement dans cette région et dans différentes parties du monde, même dans l’estuaire du Saint-Laurent. Quelles sont les causes de tels échouages collectifs?

Un peu d’histoire

Au cours des dernières années, Nicholas Pyenson du Smithsonian Institution à Washington a démontré que des échouages collectifs de baleines ont lieu depuis au moins 5 à 9 millions d’années. Pyenson et ses collègues ont étudié un cimetière d’animaux marins fossilisés, trouvé dans le désert d’Atacama, au nord du Chili. Les fossiles représentaient quatre échouages massifs distincts de baleines à fanons, s’étant produits à des intervalles de plus de 5 millions d’années.

Il y a plus de 2000 ans, le philosophe grec Aristote s’interrogeait déjà sur le phénomène des échouages collectifs de baleines. Il a écrit, dans Historia Animalium: « Nous ne savons pas pourquoi elles s’échouent sur la terre ferme; en tout cas, il est dit qu’elles le font parfois, et pour aucune raison évidente. »

Certains sites sont bien connus pour les échouages collectifs. Farewell Spit est régulièrement le théâtre d’échouages massifs de globicéphales. Au cours des dix dernières années, au moins neuf échouages se sont produits à cet endroit. L’échouage de la fin de semaine dernière est le deuxième plus important en Nouvelle-Zélande au cours du dernier siècle. Plus de 1000 baleines s’étaient échouées sur les îles Chatham, un archipel néo-zélandais, en 1918.

Au Royaume-Uni, jusqu’à 800 cétacés s’échouent chaque année. Des centaines de cétacés s’échouent aussi chaque année sur les côtes états-uniennes et australiennes.

Des hypothèses

Le phénomène des échouages collectifs est relativement fréquent chez certaines espèces, en particulier chez les globicéphales. Les globicéphales ont une très grande cohésion sociale. Il se peut donc que, peu importe la cause de l’échouage d’un membre du groupe (maladie, désorientation, etc.), l’ensemble du groupe reste solidaire et suive cet individu, soit pour lui venir en aide ou parce que c’est le leader du groupe.

Les particularités géographiques et océanographiques d’un milieu — par exemple des eaux peu profondes en pente douce, une grande amplitude de marées et la force des courants — pourraient rendre un site plus propice aux échouages. Selon certains bioacousticiens, les baleines pourraient avoir de la difficulté à visualiser, à l’aide de leur système d’écholocation, les côtes très doucement inclinées. Dans des eaux peu profondes en pente douce, la réflexion répétée du son entre la surface et le fond de l’océan pourraient atténuer le son à un point tel que l’écho serait inaudible aux baleines. Du sable agité ainsi que des microbulles persistantes formées par la pluie pourraient exacerber cet effet.

La météo semble aussi être un facteur important. En 2005, des chercheurs ont analysé 82 ans de données sur les échouages dans le sud-est de l’Australie. Ils ont constaté que les échouages ​​atteignaient un pic tous les 11 à 13 ans et ils ont observé une corrélation entre ces pics et la présence de vents particuliers. Ces vents pourraient avoir poussé les eaux riches en nutriments vers les côtes, attirant ainsi les baleines dans des zones trop peu profondes. Ces vents pourraient également avoir causé des tempêtes qui auraient désorienté les baleines et causé des erreurs de navigation.

L’hypothèse des perturbations magnétiques est aussi avancée par certains chercheurs. Les perturbations magnétiques désorienteraient particulièrement les baleines à dents à cause de leur système d’écholocation. Certains échouages collectifs répétitifs se produiraient là où les champs magnétiques terrestres présenteraient des particularités susceptibles de tromper les baleines. Les tempêtes solaires pourraient aussi causer des interférences dans les champs magnétiques terrestres et causer des échouages collectifs – la National Aeronautics and Space Administration (NASA) teste présentement cette hypothèse.

Les échouages collectifs sont parfois liés à un évènement précis, par exemple une floraison d’algues toxiques, l’utilisation de sonars ou un déversement de pétrole. Mais, bien souvent, il est difficile de cibler une seule cause. Il est probable que de nombreux échouages collectifs soient le résultat d’une séquence d’évènements, par exemple une erreur de navigation par un membre du groupe suivie par la marée qui les surprend, associée à la présence de conditions météorologiques, géographiques, océanographiques ou magnétiques particulières.

Actualité - 15/2/2017

Béatrice Riché

Après plusieurs années à l’étranger, à travailler sur la conservation des ressources naturelles, les espèces en péril et les changements climatiques, Béatrice Riché est de retour sur les rives du Saint-Laurent, qu’elle arpente tous les jours. Rédactrice pour le GREMM de 2016 à 2018, elle écrit des histoires de baleines, inspirée par tout ce qui se passe ici et ailleurs.

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