Des petits dos blancs ont moucheté le Saint-Laurent de leur présence cette semaine. Jeudi 12 mai, au quai de la traverse de Rivière-du-Loup, une riveraine s’enthousiasme de voir passer un groupe de 10 à 15 individus, dont 4 veaux de couleur brune. S’agirait-il déjà de nouveau-nés bélugas, typiquement de couleur café-au-lait? «Peut-être mais peu probable, répond Robert Michaud, directeur scientifique du GREMM. Les bélugas naissent en général entre juin et août, après une gestation de 14 mois. Lors de nos sorties en mer, la première observation d’un nouveau-né a lieu en moyenne autour du 10-12 juillet. » Les petits bélugas observés à Rivière-du-Loup sont donc probablement des jeunes d’un an, surnommés « bleuvets », dont la couleur tire entre le brun foncé et le bleu gris. Cette teinte va progressivement s’éclaircir d’année en année pour devenir immaculée autour de 12 ans.

Cette couleur blanche éclatante devient alors une signature visuelle facile à repérer pour qui scanne le fleuve de ses jumelles. Des bélugas sont ainsi observés cette semaine certains nageant en grand groupe au large d’Essipit d’autres naviguant en solitaire devant le quai des Bergeronnes, passant devant les dunes de Tadoussac, ou encore s’alimentant à marrée haute devant le cap Bon-Désir. Et lorsque les bélugas plongent à la verticale, leur nageoire caudale reste suspendue quelques instants dans l’air azur.

Des caudales connues

La nageoire caudale, c’est une des clés pour reconnaitre individuellement les rorquals à bosse. En effet, chaque animal possède un patron de coloration différent. Lorsqu’une baleine à bosse plonge et lève la queue, elle nous tend en quelques sortes sa carte d’identité. C’est ainsi que le photographe et naturaliste Renaud Pintiaux a pu identifier cette semaine plusieurs baleines à bosse connues dans le parc marin du Saguenay – Saint-Laurent, où les activités de croisière aux baleines reprennent progressivement. Il photographie ainsi les baleines H887 – qu’il surnomme affectueusement «bulle» – et H947.

De nombreux rorquals communs sont aussi présents, et certains ont déjà été identifiés ! C’est le cas par exemple de Ti-Croche, descendance de la célèbre Capitaine Crochet, ou encore de Bp929, dite «Oméga», connue des chercheurs depuis 1985 ! Dans leur cas, on se basera plutôt sur le dessin de leur chevron côté droit et la forme de leur nageoire dorsale, pour les reconnaitre, puisque les rorquals communs ne sont pas très démonstratifs avec leur appendice caudal.

Les observations depuis la rive aussi sont riches. Le 13 mai, depuis le cap de Bon-Désir, aux Bergeronnes, un ornithologue passionné liste la présence d’un petit rorqual, un rorqual à bosse, et deux marsouins communs. Une photographe amatrice basée à Essipit note le passage d’un petit rorqual le 13 mai, d’un nouveau petit rorqual et d’un phoque commun le lendemain, puis de deux rorquals communs le dimanche.

En descendant le courant

Mais les baleines ne se limitent pas au parc marin. Tout le long du Saint-Laurent, les observations se multiplient. Certes, pas exactement partout, puisque les deux petits rorquals aventureux aperçus à Montréal la semaine dernière semblent avoir heureusement rebroussé chemin. Mais une habitante de Saint-Irénée, dans Charlevoix, a eu le plaisir de voir passer un petit rorqual devant chez elle, ce dimanche 15 mai. «Il nageait quand même assez près de la berge, en direction de l’est», raconte-t-elle.

A Petits-Méchins, une riveraine observe régulièrement des phoques qui se reposent sur les roches. « Ils arrivent toujours au printemps et viennent passer l’été », précise-t-elle. Presque en face, de l’autre côté de l’estuaire, à Franquelin, ce sont trois petits rorquals qui font le spectacle. « Il y avait trois individus qui s’alimentaient au milieu des plongeons des goélands, tellement proche du rivage, peut-être attirés par le capelan. L’un d’eux a viré sur le dos en prenant une bouchée, montrant sa bedaine blanche et rosée. C’était le highlight de ma semaine!»

Plus au Nord, au large de Havre-Saint-Pierre, on nous signale un petit rorqual et trois phoques communs. Dans le golfe du Saint-Laurent, les relevés aériens réalisés par Pêches et Océans Canada ont permis de montrer la présence de plusieurs baleines noires de l’Atlantique Nord. Enfin, du côté des iles de la Madelaine, les petits rorquals font quelques apparitions.

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Observations de la semaine - 19/5/2022

Laure Marandet

Laure Marandet est rédactrice pour le GREMM depuis l'hiver 2020. Persuadée que la conservation des espèces passe par une meilleure connaissance du grand public, elle pratique avec passion la vulgarisation scientifique depuis plus de 15 ans. Ses armes: une double formation de biologiste et de journaliste, une insatiable curiosité, un amour d'enfant pour le monde animal, et la patience nécessaire pour ciseler des textes à la fois clairs et précis.

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