Mardi 11 mai, une importante opération de dépêtrement a été lancée pour venir en aide à Snow Cone, une baleine noire de l’Atlantique Nord repérée au large du Nouveau-Brunswick avec du cordage de pêche en travers de la bouche.

La Campobello Whale Rescue Team, appuyée par les équipes de Pêches et Océans Canada (MPO) a pu retirer une bonne partie de la corde qui gênait la baleine, mais il reste du matériel encore attaché au cétacé. Snow Cone est l’une des rares femelles reproductrices de son espèce, c’est pourquoi sa survie est si importante.

Une baleine, deux pays, trois interventions

Il ne s’agit pas d’un nouvel empêtrement. Cette même baleine avait déjà été signalée empêtrée en mars 2021, alors qu’elle nageait au large de Cape Cod, Massachusetts. Une première opération menée les 10 et le 12 mars par une équipe de sauvetage étasunienne avait permis de retirer environ 300 pieds (91 mètres) de cordage. Par la suite, les conditions météorologiques n’avaient pas permis de retrouver l’animal pour poursuivre l’intervention. L’engin de pêche pouvant l’empêcher de se nourrir correctement, les chercheurs étaient alors pessimistes concernant sa survie.

Surprise! Deux mois plus tard (le 10 mai, donc), Snow Cone est repérée dans les eaux canadiennes grâce au programme de surveillance aérienne mis en place par Pêches et Océans Canada. La baleine, localisée dans le golfe du Saint-Laurent, au large du Nouveau-Brunswick, est en mouvement, mais elle traine une longue corde accrochée à sa bouche. Le lendemain, les sauveteurs de Campobello la retrouvent à 45 km à l’est de l’ile Miscou et réussissent, après plusieurs heures de travail, à retirer une partie du cordage attaché à l’animal.

Opération à haut risque

On peut penser que retirer du cordage autour d’une baleine est simple, mais les empêtrements sont très complexes à gérer. Ce genre d’opération de dépêtrement est particulièrement délicat à mener et peut être dangereux pour les équipes de sauvetage qui doivent s’approcher très près de l’animal en détresse. En 2017, l’un des fondateurs de la Campobello Whale Rescue Team, Joe Howlett, avait même perdu la vie lors d’une intervention auprès d’une baleine noire.

Par mesure de sécurité, de nombreux facteurs sont donc pris en compte avant que l’équipe se lance sur l’eau, notamment l’état et le comportement de la baleine, ainsi que les conditions météorologiques et maritimes.

«Les sauveteurs de Campobello ont indiqué que la baleine semble être en bon état. Le MPO continuera de suivre la baleine. Si les conditions météorologiques et maritimes le permettent, des efforts pourraient être déployés au cours des prochaines semaines pour tenter une autre opération visant à la dépêtrer davantage», indiquait ainsi le communiqué du ministère.

De son côté, l’équipe de dépêtrement a précisé sur ses médias sociaux que «la corde retirée était en train de pourrir, il y a donc une chance que [la baleine] puisse se débarrasser de la corde restante avec le temps. Bien que nous n’ayons pas tout enlevé, Snow Cone a maintenant de bien meilleures chances de survie.»

Une vie ponctuée de drames

Snow Cone est une femelle baleine noire de l’Atlantique Nord de 15 ou 16 ans. Identifiée dans le catalogue du New England Aquarium sous le numéro #3560, elle a fait l’objet d’une campagne cet hiver pour lui trouver un nom. Elle est désormais surnommée Snow Cone (ou cornet de glace) en l’honneur d’une protubérance en forme de cornet de glace visible sur le dessus de sa tête.

Malgré son jeune âge, cette baleine noire a déjà vécu quelques drames, et notamment le décès de son premier veau, frappé par un navire au large du New Jersey, l’année dernière. Malheureusement, empêtrements et collisions sont en grande partie responsables du statut inquiétant de cette espèce, qui compte aujourd’hui autour de 350 individus seulement, dont moins d’une centaine de reproductrices. Snow Cone est donc une baleine particulièrement importante pour la survie de l’espèce et son cas est suivi de très près.

La corde de la discorde

Depuis que Snow Cone a été repérée en difficulté en mars dernier, le débat fait rage: où s’est-elle empêtrée ? Les pêcheurs côté Canada et États-Unis se renvoient mutuellement la balle et demandent une analyse des cordages récupérés afin de déterminer quelle zone porterait la responsabilité de cet incident. «On ignore toujours à l’heure actuelle l’origine de l’engin», précise MPO.

Depuis quelques années maintenant, de nombreuses mesures sont en place pour limiter les empêtrements de baleines noires dans le golfe du Saint-Laurent.

Actualité - 14/5/2021

Laure Marandet

Laure Marandet est rédactrice pour le GREMM depuis l'hiver 2020. Persuadée que la conservation des espèces passe par une meilleure connaissance du grand public, elle pratique avec passion la vulgarisation scientifique depuis plus de 15 ans. Ses armes: une double formation de biologiste et de journaliste, une insatiable curiosité, un amour d'enfant pour le monde animal, et la patience nécessaire pour ciseler des textes à la fois clairs et précis.

Articles recommandés

Déchiffrer les amitiés des épaulards grâce aux drones

Tout comme les humains, les épaulards ne peuvent pas choisir leur famille, mais ils pourraient au moins décider avec lesquels…

|Actualité 1/9/2021

8 choses que vous ne saviez peut-être pas sur les baleines à bec

Connaissez-vous les baleines à bec? Si la réponse est «non», vous n’êtes probablement pas les seuls. Même les chercheurs connaissent…

|Actualité 23/8/2021

Épaulards résidents du Sud: les 108 jours d’absence du groupe J

Depuis 2013, la population des épaulards résidents du Sud adopte des comportements inhabituels qui inquiètent les scientifiques. Comble du bizarre…

|Actualité 16/8/2021