Baleines noires de l’Atlantique Nord : encore une forte présence en 2018

  • Environ 190 baleines noires ont été observées dans le golfe en 2018. © Jean Lemire
    04 / 12 / 2018 Par Marie-Ève Muller

    Le sud-est du golfe du Saint-Laurent a accueilli près de la moitié de la population de baleines noires de l’Atlantique Nord cet été, soit environ 190 individus. Cette estimation provient des relevés aériens et des campagnes de photo-identification. Il s’agirait probablement de la plus grande agrégation de baleines noires pour la saison estivale, selon Jean Landry, directeur du département des sciences des mammifères marins de Pêches et Océans Canada.

    Les experts de la National Oceanic and Atmospheric Agency (NOAA) ont identifié 135 individus en 2018, comparativement à 114 en 2017. Les efforts de recensement ont toutefois été plus intenses en 2018. Certains individus ont été observés une seule fois, d’autres pendant toute la durée de la campagne de photo-identification, soit deux mois. Les déplacements des animaux varient aussi : certains ont été photographiés à 50 km de distance au cours d’une même journée tandis que d’autres ont toujours été photographiés dans le même secteur.

    Les relevés acoustiques ont permis de détecter une première baleine noire à la fin du mois d’avril, tout comme en 2017, et en détectaient encore au cours des derniers jours.

    Le Calanus finmarchicus est un copépode consommé par les baleines noires de l’Atlantique Nord. © Russ Hopcroft, UA Fairbanks, Census of Marine Life

    Par le passé, les observations de baleines noires dans le golfe du Saint-Laurent étaient anecdotiques. On les trouvait en saison estivale davantage dans la baie de Fundy et le bassin de Roseway. Pour tenter d’expliquer la présence accrue de cette espèce dans le golfe, une attention particulière a été portée à leur proie de prédilection : les copépodes, de minuscules crustacés. Les données montrent une baisse de la présence de copépodes dans l’habitat essentiel de la baleine noire. Cette baisse est aussi observée dans le golfe, mais de façon moins marquée. Le golfe possède encore suffisamment de biomasses de copépode pour répondre aux besoins énergétiques des baleines noires. D’autres régions ayant des quantités similaires de copépodes ont été trouvées, alors il est possible que de la surveillance de baleines noires soit effectuée à ces endroits dans le futur.

    Ces constats ont été rapportés par des chercheurs de Pêches et Océans Canada lors d’un point de presse technique. Ils reprenaient les résultats des discussions d’une quarantaine d’experts provenant de Pêches et Océans Canada, de la NOAA, d’universités et de groupes de recherche indépendants. Ils se sont réunis la semaine dernière à Montréal pour faire une mise à jour des connaissances sur les baleines noires de l’Atlantique Nord. Ensemble, ils ont étudié 17 articles scientifiques et tenté de répondre à 20 questions. Un avis scientifique rédigé par consensus sera publié sous peu et sera accessible au public.

    La population des baleines noires de l’Atlantique Nord est en déclin, et elle connait aussi un déclin dans son taux de reproduction depuis 2010. Aujourd’hui, la population est estimée à 411 individus. Après une saison dramatique en 2017, où 18 individus avaient péri et plusieurs s’étaient empêtrés dans des engins de pêche, des mesures de protection strictes ont été instaurées dans les eaux canadiennes. En 2018, aucun décès n’a été rapporté au Canada et trois empêtrements ont été signalés. Les mesures comprenant entre autres des limites de vitesse et des fermetures de zone de pêche semblent donc avoir été bénéfiques pour l’espèce.

    Une rencontre aura lieu en janvier pour prévoir les mesures de protection de l’année 2019.

    Pour lire le dossier complet: Baleines noires : la situation en 2018

     


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques et des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.