Christophe Ronveaux est biologiste pour la Station de recherche des Îles Mingan (MICS). Le MICS étudie principalement cinq espèces de grands cétacés : le petit rorqual, le rorqual commun, la baleine noire de l’Atlantique Nord, le rorqual bleu et le rorqual à bosse. Lors d’un voyage en famille en Minganie en 2015, il a découvert le MICS en effectuant une sortie en famille sur l’eau avec l’organisme! Il s’est dit que ce serait un beau métier, sans y faire plus attention. Christophe voulait devenir pilote! Après son déménagement au Canada, il a commencé un baccalauréat en biologie en 2018 à l’UQAM, et a ensuite postulé comme stagiaire avec le MICS en 2021.
Quelques faits saillants :
- Sa première observation de baleine était avec des dauphins rose de l’Amazone, qui nagent dans les mêmes eaux que des caïmans!
- Il aime particulièrement les baleines noires de l’Atlantique Nord et les rorquals à bosses, car ce sont « deux espèces qui font le show » et ça « fait plaisir de les voir interagir à la surface ».
- Sa plus belle observation de baleine : « Pendant mon stage, un rorqual à bosse est venu à côté du bateau et nous a observé pendant une dizaine de minutes, on voyait son œil en dessous de l’eau! C’est une des expériences qui m’a donné la piqûre pour travailler avec les baleines. »
- Le meilleur conseil qu’il a reçu provient de son père, qui a toujours dit : « Il faut faire les choses bien ». « Alors j’essaie de m’appliquer quand je fais quelque chose, de prendre le temps. »
- Ce qu’il préfère du processus de la recherche c’est « de chercher, et trouver un animal sauvage dans son environnement ». Toutefois, Christophe serait ouvert à travailler avec toutes les espèces : un véritable biologiste, pur et dur!
Tu es venu sur la Côte-Nord un été, tu es revenu habiter au Canada et tu t’es dit « je veux faire de la biologie au Québec »?
Au départ, je voulais être pilote d’avion. J’ai commencé une licence de physique, mais je me suis rendue compte que ce n’était pas pour moi. Mes valeurs ont changées et ce n’était plus en accord avec mes principes.
Je suis arrivé en biologie, car le programme de biologie en apprentissage par problème de l’UQAM m’intéressait. Grâce au programme, certains cours étaient vraiment axés sur l’analyse de la littérature scientifique. Nous étions une dizaine d’élèves avec un professeur. Nous n’avions pas de cours magistral – on n’avait pas beaucoup d’heures de cours, mais beaucoup d’heures de lecture. Ça nous apprend à être autonome!
Je n’avais pas cette idée de travailler avec les baleines. C’est arrivé en 2020 quand j’ai voulu recréer cette expérience que j’ai eu avec le MICS en 2015, mais mes ambitions de carrière étaient floues. D’ailleurs, quand j’ai été pris comme stagiaire avec le MICS, je n’avais pas beaucoup d’attentes. J’espérais juste voir beaucoup de baleines et je m’attendais à travailler fort, car c’est le cas dans une station de recherche.
En quoi consistait le stage que tu as fait au MICS en 2021?
Mon stage consistait à faire une semaine de formation pour la sécurité en mer et pouvoir se repérer dans les iles, s’occuper du musée et des visites guidées, effectuer de la photo-identification et de la prise de données (individus, position, comportement) sur le terrain. On apprend sur le tas. On fait aussi l’ouverture et la fermeture de la saison : on prépare les bateaux et on les hiverne aussi.
La biologie t’intéressait-elle déjà avant que tu commences ton baccalauréat en biologie?
Oui quand-même!J’ai un oncle qui depuis tout petit me fait découvrir la biologie en général. J’ai fait des stages avec lui avec les castors, on a écouté le brame du cerf, fait des descentes de canot, on pêche…Je connaissais ce côté biologie en termes de loisir et de découvertes, mais je ne l’avais jamais vu comme une possibilité en tant que carrière. Je ne l’avais jamais considéré. Je ne suis pas passionné de baleines comme certains, j’aurais pu aller travailler avec une autre espèce, mais j’adore cela alors je reste au MICS!
Comment se passe une journée type? Est-ce que vous vous alternez dans vos tâches?
On essaie de changer pour former tout le monde – certaines tâches plus complexes, comme les biopsies, pas tout le monde à le droit de le faire –, mais tout le monde prend des données, conduit le bateau et prend des photos! C’est très formateur, car on apprend plein de choses.
On sort quand il fait beau. Dès qu’il fait pas beau c’est dangereux pour nous et dès qu’il y a des grandes vagues, le dos des baleines va être caché ou son souffle va être rétrécit. On est exposés aux éléments. La pluie réduit la visibilité, donc ça vaut pas le coup de sortir quand il fait mauvais.
Tu penses que ça sert à quoi ton travail pour la protection des cétacés?
C’est important de sauvegarder les baleines. On fait beaucoup de conservation avec l’éducation et la recherche au MICS. Certaines espèces sont vraiment en danger et en voie de disparition, comme la baleine noire de l’Atlantique Nord. Est-ce que sa population va augmenter? On ne sait pas si les efforts actuels fonctionnent, mais on ne peut pas rien faire non plus. D’un côté, je fais ma part.
Qu’est-ce que tu dirais pour encourager les jeunes à aller dans cette voie?
Il ne faut pas baisser les bras et essayer. Je suis tombé là par hasard. À l’entrevue, j‘étais sûr que je ne serais pas pris, mais faut essayer même si on pense pas avoir de chance!