Des migrateurs qui prolongent leur saison

  • © Renaud Pintiaux
    16 / 11 / 2017 Par Marie-Sophie Giroux

    Novembre, le Saint-Laurent parait inanimé au premier regard. Mis à part les navires marchands et les traversiers, peu de bateaux y voyagent encore. Mais les observateurs qui affrontent le froid et se promènent le long des rives se surprennent à découvrir une vie marine bien dynamique!

    Cap Bon-Ami © Yves Marcoux, Getty Images

    Cap Bon-Ami © Yves Marcoux, Getty Images

    Au matin du 13 novembre, une collaboratrice marche dans le parc national Forillon. Sa randonnée vaut le détour! Elle remarque sept rorquals à bosse et un petit rorqual dans la baie de Gaspé entre Grande-Grave et L’Anse-Saint-Georges. L’après-midi, un autre observateur prend une pause au belvédère du cap Bon-Ami, un site où il s’arrête régulièrement pour repérer les baleines avant de partir en mer — durant l’été, il offre des excursions aux baleines. Seulement cinq minutes après son arrivée et le voilà déjà qui contemple quatre petits rorquals et deux rorquals à bosse.

    Que font ces rorquals dans le Saint-Laurent à cette période de l’année? Ne devraient-ils pas avoir mis le cap vers les eaux de l’Atlantique Nord? Le départ des baleines est d’abord lié au système hormonal, qui lui, est régulé par le changement des conditions climatiques. Toutefois, d’autres facteurs entrent en jeu comme la disponibilité de la nourriture et la formation de la glace. Certains individus prolongent tout de même leur saison d’alimentation et restent dans les eaux froides tout l’hiver.

    Les forts vents et les averses de neige masquent la vue de notre collaboratrice de Franquelin une bonne partie de la semaine. Tout de même, quelques éclaircies lui permettent de surprendre la présence de petits rorquals. À Sept-Îles, l’un de nos collaborateurs observe des marsouins communs et six grands rorquals près de la baie Sainte-Marguerite le 14 novembre. La veille, il remarque également deux petits rorquals et quatre grands souffles dans le secteur de la rivière Brochu.

    Des phoques gris © GREMM

    Du haut des dunes de Tadoussac, un ornithologue, relevant le passage des oiseaux migrateurs, note quotidiennement la présence de petits rorquals et parfois d’un ou plusieurs grands souffles lointains. Au bas de son promontoire, les rochers découverts à marée basse accueillent des phoques communs. Au large, les troupeaux de phoques gris croisent la route des mouvées de phoques du Groenland. Ces derniers ont fait longue route depuis les eaux environnantes de l’Arctique où ils ont passé l’été. Exténués, ils profitent des berges pour récupérer. Les phoques gris exploitent encore les eaux de l’estuaire avant de se rendre dans les aires de mise bas et de reproduction hivernales dans la portion sud du golfe Saint-Laurent.

    Finalement, au cap de Bon-Désir aux Bergeronnes, trois rorquals communs sont aperçus le 13 novembre. Le lendemain, aux Escoumins, dans un gros troupeau de bélugas, Le Survivant est reconnu par Renaud Pintiaux. Il a pu déceler les traits caractéristiques de ce mâle, comme il a travaillé de nombreuses années à bord du bateau de recherche du GREMM, le Bleuvet, dédié au programme de recherche sur les bélugas du Saint-Laurent.


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle aime raconter « des histoires de baleines ».