Les queues dentelées noir et blanc de rorquals à bosse font pousser des cris de joie à des observateurs et observatrices des Bergeronnes, de Franquelin et de Port-Cartier, secteur Rivière-Pentecôte cette semaine. La présence de cette espèce dans le Saint-Laurent est relativement nouvelle et, depuis 2018, le nombre d’individus observés est en augmentation importante. Imaginez : dans l’estuaire, il a fallu attendre l’an 2000 pour qu’on identifie plus de deux individus chaque été!

En 2019, on parle même d’année record pour les baleines à bosse. La Station de recherche des iles Mingan (MICS), qui gère le catalogue de photo-identification des rorquals à bosse visitant le Saint-Laurent, a publié au cours des derniers jours son recensement de l’été dernier. Au total, 129 individus différents ont été photographiés par la MICS, le GREMM et leurs différents collaborateurs. Parmi eux, 108 sont des individus déjà connus des chercheurs. Autre bonne nouvelle, 14 nouveau-nés ont été observés.

Les rorquals à bosse viennent dans le Saint-Laurent pour se nourrir. Certains individus semblent plus fidèles à certains secteurs, comme la Gaspésie, l’estuaire ou la Minganie. Tandis que d’autres visitent différentes régions. C’est un peu la même situation qu’on observe avec les rorquals communs.

Est-ce que le rorqual commun observé devant la péninsule Manicouagan à Pointe-Lebel le 18 mai restera dans ce secteur tout l’été? C’est possible. Mais il pourrait aussi faire partie de ceux observés au large de Port-Cartier au cours des derniers jours. Ou encore, peut-être est-il l’auteur du grand souffle dans la baie de Gaspé le 20 mai.

Plusieurs observateurs rapportent aussi la présence de plusieurs espèces lors d’une même séance d’observation. Par exemple, au large de Sept-Îles nagent à proximité des rorquals bleus, dont B360, des rorquals communs, des marsouins communs et des petits rorquals, sans compter des phoques communs. Profitent-ils du capelan qui roule ces jours-ci dans plusieurs secteurs de la Côte-Nord?

À Franquelin le 19 mai, un observateur compte une cinquantaine de phoques nageant en banc, entourés de trois ou quatre petits rorquals, qui plongent à proximité d’un rorqual à bosse. Le festin sous la surface doit être bien abondant

Du côté des Bergeronnes, un ornithologue capture la nageoire dorsale bien marquée d’un petit rorqual. Les photos ont été envoyées au Mériscope, qui tient un catalogue de photo-identification de cette espèce dans l’estuaire. Le chercheur Dany Zbinden a pu le reconnaitre: il s’agit de Ba100 surnommé «Chicken». Ce petit rorqual a au moins 12 ans. «C’est un animal qui me taquine depuis deux ans – à chaque fois que je m’apprête à prendre une biopsie, il se sauve, d’habitude au dernier souffle, et c’est ce comportement qui lui a donné son surnom», explique par courriel Dany Zbinden.

À Havre-Saint-Pierre, une travailleuse s’exclame du haut de son deuxième étage : «Un petit rorqual! Mon premier de la saison!» La baleine s’alimente en surface. Sa gorge se gonfle tandis qu’elle engouffre eau et proies avant de recracher l’eau à travers ses fanons. Il ne lui restera qu’à déglutir ses proies pour se rassasier.

Dans le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent, les observations de bélugas sont fréquentes. Bonne nouvelle pour les randonneurs de la Côte-Nord, le parc national du Fjord-du-Saguenay rouvre une partie de ses sentiers. On peut désormais se rendre au belvédère de la Halte-Béluga donnant sur la baie Sainte-Marguerite.

 

Observations de la semaine - 21/5/2020

Marie-Ève Muller

Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017 et est porte-parole du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins (RQUMM). Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.

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