Une nouvelle espèce fait son entrée

  • © GREMM
    Nous avons reçu les premières mentions de petit rorqual de la saison! © GREMM
    25 / 04 / 2019 Par Marie-Ève Muller

    À Sept-Îles, sur la Côte-Nord, un observateur de longue date prend la mer sur le bateau d’un ami pour une première fois cette saison. L’embarcation passe au large de l’ile du Corossol, une ile sanctuaire protégée pour les oiseaux marins. Sur leur chemin, ils croisent deux petits rorquals nageant à bonne vitesse, en déplacement. Voilà la première mention de petit rorqual de la saison! «J’ai aussi vu un souffle ténu au loin. Je ne peux pas dire qu’il était gros, vu le temps gris et le vent. Ça pourrait être un autre petit rorqual, mais aussi un rorqual plus gros.» 

    Le petit rorqual fait partie des espèces de cétacés les plus fréquemment observées dans l’estuaire du Saint-Laurent. Certains individus sont très fidèles à un site d’alimentation, comme l’embouchure du Saguenay. Cette fidélisation permet de développer des manœuvres d’alimentation très efficace. Par exemple, certains petits rorquals utiliseront les rochers, falaises ou courants pour piéger leurs proies. 

    Une autre espèce qui développe des techniques d’alimentation audacieuse est le rorqual à bosse. Filets de bulles, techniques coopératives avec des oiseaux, sauts et culbutes, l’alimentation de surface de ces animaux impressionne. D’ailleurs, trois individus ont été observés le 19 avril dernier devant une auberge de Cap-aux-Os, en Gaspésie. «Deux des animaux sont plus gros que le troisième», confirme l’aubergiste. Il ajoute, voyant les queues s’élever en surface et l’eau revoler : «Elles ont l’air de s’amuser!» 

    De l’autre côté de la baie de Gaspé, à Pointe-Saint-Pierre, un rorqual commun souffle au large le 19 avril. Un chevron net permet de reconnaitre l’espèce. Lorsqu’on parle de chevron, on fait référence à un changement de pigmentation sur le dos de l’animal en forme de V. Certains individus rorquals communs auront des chevrons très contrastés, comme BP942, surnommé «Piton», et d’autres très subtils, comme BP078, surnommé «Ligné».

    Le chevron de Piton est très contrasté. © GREMM

    Les passagers du traversier reliant Saint-Siméon à Rivière-du-Loup ont eu droit à de belles observations le 20 avril. Deux troupeaux de bélugas contenant chacun une quinzaine d’individus ont été observés entre l’ile au Lièvre et Rivière-du-Loup. Les bélugas, contrairement aux petits rorquals, sont grégaires, c’est-à-dire qu’ils vivent en communautés. Il est donc fréquent de voir des bélugas réunis en grand nombre. Des bélugas ont aussi été observés à partir de Pointe-Noire, près de Baie-Sainte-Catherine, le 22 avril, tout comme devant le quai des pilotes, aux Escoumins, où les observations sont fréquentes depuis quelques semaines.  

    Des bélugas sont vus à partir du traversier reliant Saint-Siméon à Rivière-du-Loup. © Mathieu Marzelière

    Le 23 avril, à partir de Grande-Grave, en Gaspésie, un randonneur arrive juste à temps pour voir deux queues de rorquals à bosse s’élever dans les airs. Les animaux ont plongé, et le randonneur ne les voit pas réapparaitre. Les rorquals à bosse peuvent rester sous l’eau de 8 à 15 minutes, avec des records de 30 minutes. 

    Finalement, à Havre-Saint-Pierre, ce ne sont pas les souffles qui attirent l’attention d’une observatrice mais des museaux en l’air. Des phoques du Groenland ou des phoques communs? «Si seulement j’avais mes jumelles!», nous écrit-elle en direct du terminal maritime. Ce n’est pas toujours facile d’identifier ce que l’on voit, mais c’est toujours un plaisir de noter la vie qui bat. 


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.