Un tour du monde des réseaux d’urgences pour les mammifères marins: MARS

  • La Marine Animal Response Society (MARS) s'occupe de venir en aide aux mammifères marins en difficulté pour la région des Maritimes. De gauche à droite: Jarrett Corke, Tonya Wimmer et Andrew Reid// The Marine Animal Response Society (MARS) is responsible for assisting marine mammals in trouble in the Maritimes Region. From left to right: Jarrett Corke, Tonya Wimmer and Andrew Reid. © MARS
    La Marine Animal Response Society (MARS) s'occupe de venir en aide aux mammifères marins en difficulté pour la région des Maritimes. De gauche à droite: Jarrett Corke, Tonya Wimmer et Andrew Reid// The Marine Animal Response Society (MARS) is responsible for assisting marine mammals in trouble in the Maritimes Region. From left to right: Jarrett Corke, Tonya Wimmer and Andrew Reid. © MARS
    13 / 12 / 2018 Par Anthony François - / / / / /

    Marine Animal Response Society (MARS) – Nouvelle-Écosse, Canada

    Peu importe où on se trouve sur la planète, les mammifères marins ont des alliés. Découvrez à travers une série de textes le travail colossal effectué par des passionnés pour venir en aide aux mammifères marins en difficulté. Pour ce premier texte, nous avons interrogé nos voisins de la Nouvelle-Écosse.

    La Marine Animal Response Society (MARS) est une petite organisation dont le noyau est formé de quatre personnes. Bien sûr, quatre personnes ne sont pas assez pour répondre aux 400 à 600 appels reçus chaque année. MARS travaille avec l’aide de 60 à 100 bénévoles qui sont les yeux de l’organisme et aident les équipes de terrains lorsqu’elles ont besoin d’assistance.

    Chaque année, c’est près de 200 cas qui sont traités. Parmi eux, on compte une majorité de jeunes phoques harcelés durant la saison de la mise bas, mais aussi un volume assez élevé de carcasses trouvées et d’animaux s’échouant vivants sur les plages, et ce, de façon probablement plus fréquente qu’en tout autre endroit dans le pays, mentionne Tonya Wimmer, directrice générale de la MARS. Baleines en direct s’est entretenu avec elle.

    Quel a été le cas le plus marquant de l’histoire de MARS ?

    T.W. : Le cas des baleines noires durant l’été 2017 était sans précédent. Je ne pense pas, à quelques exceptions près, qu’il y ait des organismes préparés à des évènements d’une telle ampleur. Ce fut sans aucun doute le défi le plus important que la MARS a eu à relever, à cause du nombre d’animaux, du fait que les carcasses étaient à la dérive, du nombre de personnes impliquées.

    Nous avons également eu des échouages de masses, dont un des plus gros comprenait entre 16 à 20 globicéphales échoués vivants. Le béluga dans la rivière Népisiguit fut aussi une situation difficile pour laquelle nous avons reçu l’aide de nos confrères du Québec du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins.

    Avec l’aide de nombreux intervenants, l’équipe de la MARS procède à la relocalisation du béluga surnommé Nepi de la rivière Népisiguit à Cacouna le 15 juin 2017. © MARS

    Chaque cas est unique, il n’existe pas de solution toute faite. Il y a souvent des imprévus ou des facteurs qui complexifient la situation. C’est la nature de notre travail, et nous devons également prendre du recul pour bien identifier la situation, mais aussi nous assurer que tout le monde — animal comme humain — soit en sécurité.

    Quels sont les points forts de la MARS ?

    T.W. : Je pense que c’est essentiellement la passion et le dévouement des personnes qui sont impliquées dans l’organisme. De plus, beaucoup de ce que nous savons sur la réponse aux animaux en détresse vient des relations que nous avons établies avec des partenaires des communautés nationales et internationales, mais aussi au niveau local. Les gens savent qui nous sommes et comment nous rejoindre, ils veulent aider et en apprendre plus. Ce lien avec la communauté est crucial pour tout ce que nous entreprenons.

    L’équipe de la MARS coordonne les opérations de remise à l’eau lorsqu’un animal s’échoue vivant, comme lors de l’échouage d’un globicéphale le 1er janvier 2018. © MARS

    À l’inverse, quels sont les points qui méritent d’être développés ?

    T.W. : MARS est un maillon dans la chaine de réseaux qui est plus vaste, avec les confrères du Québec, de Terre-Neuve et de Colombie-Britannique. Il nous faut développer nos interactions, car ces organismes ont acquis des compétences différentes, certains sont plus spécialisés, d’autres plus généralistes, mais en travaillant ensemble, nous pouvons être capables de répondre à tout type d’incident.

    Malgré les défis, nous maintenons en place une ligne d’urgence. Il en va de la sécurité des personnes qui nous appellent et des animaux. Si nous ne sommes plus là, les témoins iront agir d’eux-mêmes, parfois en procédant de la mauvaise façon. La ligne d’appel, c’est bien plus que de prendre un message au téléphone.

    Quelle est la contribution de votre organisme à la recherche?

    T.W. : Quand j’ai fondé la MARS, et que plus de gens se sont joints à nous, il était question de répondre à ces questions scientifiques : comment mieux comprendre ces animaux pour les protéger, afin que les générations futures puissent les côtoyer. C’est vraiment ce que nous faisons !

    L’une des choses dont je suis le plus reconnaissante est que nous avons accès à des vétérinaires incroyables. De plus, nous recevons beaucoup de requêtes de scientifiques pour avoir des échantillons des carcasses que nous retrouvons. Il y a tellement de choses que l’on peut apprendre d’une carcasse retrouvée échouée autre que les raisons de la mort : les effets de l’activité humaine, la distribution spatiale de l’espèce, l’état de santé de l’individu, la charge de contaminants, etc. Nous avons développé quelques bases en nécropsie et dans l’acquisition et le transfert d’échantillons à ces collaborateurs, car ils ont accès des laboratoires et à la technologie nécessaire pour les analyses, choses dont nous ne disposons pas.

    La documentation des carcasses donne des informations primordiales pour la science. Avec l’aide de la garde côtière, l’équipe de la MARS documente un rorqual à bosse mort identifié comme étant Peajack. L’animal avait été observé à la dérive dans la baie de Fundy le 7 septembre 2018. © MARS

    La Marine Animal Response Society est joignable au 1-866-567-6277 pour les cas de mammifères marins en difficulté ou mort dans la région de la Nouvelle-Écosse. Découvrez-en plus sur cet organisme et leurs programmes de sensibilisation et d’éducation sur leur site internet et retrouvez-les également sur les médias sociaux : Facebook, Instagram et YouTube.

     

    Pour en savoir plus :

    Tonya Wimmer (Baleines en direct, 218)
    Baleines noires : le dossier 2017 (Baleines en direct, 2017)
    Qu’est-ce qu’un échouage collectif et quelle en est la cause? (Baleines en direct, 2015)


    Anthony François est assistant de recherche au GREMM et préposé au Centre d’appels du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins (RQUMM) depuis 2017. Biochimiste et biologiste de formation, il réalise l’importance de la vulgarisation scientifique et de la sensibilisation du public au cours de sa maitrise. Anthony tient la chronique d’Urgences Mammifères Marins.