Un nombre record de rorquals à bosse identifiés en 2017 dans le Saint-Laurent

  • Irisept a été vue en 2017 avec un veau, une première en 20 ans d'observations. Ce rorqual à bosse fait partie des 121 identifiés durant l'été 2017. © GREMM
    02 / 05 / 2018 Par Marie-Ève Muller - / /

    La Station de recherche des iles Mingan (MICS) a pu identifier 121 rorquals à bosse en 2017 dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent, un nombre record d’individus! De ce nombre, 98 individus figuraient déjà au catalogue de photo-identification et 23 y ont été ajoutés. Baleines en direct s’est entretenu avec Christian Ramp, coordonnateur de la recherche du MICS, pour connaitre les retombées de ces identifications.

    Baleines en direct (BED): Comment expliquez-vous ce nombre élevé d’identifications?

    Christian Ramp, coordonnateur à la recherche de la Station de recherche des iles Mingan © MICS

    Christian Ramp : Nos efforts de photo-identification sont plutôt stables d’année en année. Nous avons des observateurs dans l’estuaire (le GREMM), en Gaspésie (les Croisières baie de Gaspé, René Roy et Stacey Cassivi) et un peu partout dans le golfe (l’Institut Maurice-Lamontagne [IML] et le ministère des Pêches et des Océans). On pense donc que 2017 a été propice pour les rorquals à bosse dans le Saint-Laurent, notamment en termes de nourriture.

    Du côté de notre station de recherche, près des iles Mingan, nous avons vu des rorquals à bosse qui s’alimentaient de krill. On peut le savoir à la couleur des fèces trouvées, très rouges. En Gaspésie, les rorquals à bosse observés se nourrissaient surtout de capelan. Une des questions soulevées par ces observations est si les rorquals à bosse ont des préférences individuelles entre krill et poisson.

    BED : Vous avez identifié quatre nouveau-nés cette année, mais en avez observé au moins 10 en tout. Pourquoi ne faites-vous pas entrer tous les nouveau-nés dans le catalogue?

    Christian Ramp : Nous avons réussi à obtenir des photos avec suffisamment de détails pour identifier quatre des nouveau-nés. Les photos des autres ne nous permettront pas de suivre année après année les rorquals à bosse dans leur croissance, étant donné que la coloration sous la queue des rorquals à bosse se modifie durant les cinq à six premières années de vie.

    BED : Revoyez-vous tous les nouveau-nés que vous identifiez?

    Christian Ramp : Non, on en recapture [prend en photo à nouveau à des fins de photo-identification] environ un sur deux. En moyenne, on recapture 53% des rorquals à bosse, c’est-à-dire qu’on les identifie au moins deux fois.

    BED : Qu’est-ce qui explique cette proportion chez les nouveau-nés?

    Christian Ramp : Les premières années de vie, en particulier le premier hiver, sont difficiles pour les rorquals à bosse.  Pensons au rorqual à bosse juvénile trouvé échoué aux Îles-de-la-Madeleine ce printemps. Ils doivent apprendre à se nourrir seuls, à voyager seuls. Les jeunes animaux sont aussi plus enclins à voyager et à découvrir de nouvelles régions, de sorte que certains des veaux vus dans le Saint-Laurent pourraient s’éloigner. Nous recevons probablement des jeunes qui ont été vus durant leur première année à Terre-Neuve, au Labrador, ou encore dans le golfe du Maine, même si les veaux reviennent généralement sur les lieux d’alimentation où ils ont été amenés par leur mère. C’est aussi possible que les rorquals à bosse passent tout simplement à travers les mailles de nos efforts de photo-identification et que nos routes ne se croisent pas.

    BED : Et 10 nouveau-nés, est-ce un bon nombre?

    Christian Ramp : C’est dans la moyenne. Mais c’est bien mieux que les trois ou quatre qu’on recensait au cours des six ou sept dernières années.

    En plus, cette année, nous avons vu Irisept avec un veau! Nous connaissons ce rorqual à bosse depuis 1997 et nous savons depuis 2000 qu’elle est une femelle. Mais les étés passaient, et jamais nous ne la voyions avec un jeune. Nous avons fini par prélever une deuxième biopsie, pour valider son sexe : c’est bien une femelle. Alors après vingt ans, nous avons enfin pu la voir avec un petit! Malheureusement, les photos du veau ne sont pas suffisamment bonnes pour pouvoir l’identifier.

    BED : Comment se dessine la saison de terrain de 2018?

    Christian Ramp : Nous allons poursuivre notre programme de photo-identification auprès des grands rorquals et notre programme de biopsie, pour suivre les taux d’hormones et de grossesses, pour connaitre le sexe des animaux (sexing), etc. Nous continuerons, lorsque possible, de récolter des fèces pour mieux connaitre ce que les rorquals à bosse mangent. La saison devrait bientôt commencer!

     


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques et des observateurs. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.