Pêches et Océans supprime douze postes dont huit de chercheurs qui travaillaient sur l´impact des contaminants et des hydrocarbures sur le Saint-Laurent. Avec un autre laboratoire et des postes supprimés, avec la refonte sur la loi des pêches, c´est la connaissance et la préservation des espèces marines et de leur habitat qui sont mises en péril.

Le ministère a annoncé cette semaine la fermeture de deux de ses laboratoires : l´Experimental Lakes Area (ELA) en Ontario, une infrastructure de recherche en écologie aquatique reconnue à travers le monde, et le laboratoire spécialisé de chimie analytique de l´Institut Maurice-Lamontagne à Rimouski au Québec.

Museler des chercheurs travaillant sur l´impact des hydrocarbures

Lyne Morissette, coresponsable de la Chaire UNESCO en analyse intégrée des systèmes marins à l´Institut des sciences de la mer de Rimouski (UQAR-ISMER), ne mâche pas ses mots, cités dans le journal La Presse du 19 mai dernier, en accusant le premier ministre Stephen Harper de cibler les voix discordantes et les informations défavorables à l´industrie des hydrocarbures. « C´est la toile d´araignée qui se tisse pour faciliter l´exploitation des hydrocarbures dans le golfe et ailleurs », déclare conjointement Sylvain Archambault, de la SNAP Québec, membre de la Coalition Saint-Laurent.

Sur les douze postes supprimés, huit étaient occupés par des chercheurs qui étudiaient l´impact des contaminants sur les écosystèmes et la faune de l´estuaire et du golfe du Saint-Laurent. Ces experts effectuaient également des recherches sur les hydrocarbures, les déversements pétroliers et les projets d´exploitation d´hydrocarbures dans le Saint-Laurent. Ils publiaient leurs travaux et les avis d´expertise gouvernementale dans ces domaines. Le laboratoire était actif au sein du Centre de recherche sur le pétrole, le gaz et autres sources d´énergie extracôtières (CRPGEE), et du réseau de laboratoires d´expertise pour l´analyse chimique aquatique (LEACA).

« Ce coup de masse s´accompagne de la fermeture de la bibliothèque de l´IML, la seule bibliothèque francophone en sciences marines au pays, ajoute Lyne Morissette. Les postes de la bibliothèque ne sont pas coupés, mais transférés… à Miramichi, au Nouveau-Brunswick! »

En 2007-2008, le ministère Pêches et Océans Canada avait investi deux millions de dollars pour moderniser le laboratoire spécialisé de chimie analytique. « Il devait servir, entre autres, de référence pour établir les preuves légales en cas de déversement pétrolier dans le Saint-Laurent. Avec cette coupure, cet investissement ne sert plus à rien et l ‘expertise-conseil émanant directement du gouvernement sera maintenant donnée en sous-traitance à des firmes privées, avec le lot de problèmes que ça entraîne, comme on l´a vu avec Corridor Resources [pour le projet d ‘exploitation d´hydrocarbures du gisement Old Harry dans le golfe du Saint-Laurent]. »

Une artère vitale coupée dans la connaissance à long terme des bélugas

La nouvelle a été accueillie avec autant de tristesse du côté des chercheurs en biologie marine. « Pour le programme à long terme sur les bélugas, c´est une catastrophe, explique Robert Michaud, directeur scientifique du Groupe de recherche sur les mammifères marins (GREMM). On travaille depuis presque trente ans à récupérer des animaux échoués dont les causes de la mort sont intrigantes, avec un fort taux de cancer, et la mesure du niveau de contaminants a été un travail incroyable réalisé par Michel Lebeuf et ses collègues, dont Catherine Couillard. Cela met fin à un projet à mi-parcours, sans en mesurer les effets à long terme. On coupe les artères vitales de la connaissance. »

Robert Michaud explique qu´un projet devait démarrer cette année avec le laboratoire, afin de faire le lien entre le niveau de contaminants chez les bélugas du Saint-Laurent et leur faible succès reproducteur. Cette petite population en péril, qui réside à l´année dans l´estuaire et le golfe, n´augmente pas malgré son statut de protection et les mesures de rétablissement.

Le filet se resserre sur la préservation des espèces marines

Dans le cadre de la loi omnibus C-38 de mise en œuvre du budget, la Loi sur les pêches subit des changements :
« Avec la modification de cette loi, qui protège maintenant seulement les espèces exploitées et non pas l´habitat des poissons en général, on protègera donc 80 % moins de biodiversité marine, poursuit Lyne Morissette. Ces nouvelles prises indépendamment sont déjà inquiétantes, mais lorsqu´on les met ensemble, on voit le beau fiasco environnemental qui est en train de se tramer sous nos yeux ».

En Colombie-Britannique, c´est le poste de Peter Ross qui a été supprimé. Peter Ross, expert en toxicologie sur les mammifères marins, spécialisé sur les épaulards, travaillait à l´Institute of Ocean Sciences à Vancouver.
[La Presse, L´Avantage, Nanaimo Daily News, Communiqué du Groupe de recherche interuniversitaire en limnologie et en environnement aquatique (GRIL)]

En savior plus

Sur le site de La Presse : Pêches et Océans Canada: deux laboratoires amputés par des coupes

Actualité - 24/5/2012

Christine Gilliet

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