Trois grandes bleues

  • Des rorquals bleus sont encore présents. // Blue whales are still observed. © GREMM (archives)
    22 / 11 / 2018 Par Marie-Ève Muller

    «Trois grandes bleues!», s’exclame un observateur. Il observe les trois animaux majestueux dimanche matin à 3 ou 4 milles nautiques au sud de la municipalité appelée Islet-aux-Caribous, sur la Côte-Nord. Les animaux semblent s’alimenter : ils restent dans le secteur, effectuent plusieurs séquences respiratoires, plongent à de nombreuses reprises en montrant la queue. «C’est une observation cohérente avec celles des dernières années», rapporte-t-il, faisant référence à la présence tardive de ces animaux migrateurs dans nos eaux.

    Les rorquals bleus et les rorquals communs sont fréquemment observés dans le Saint-Laurent à cette période de l’année, tandis que l’observation de rorquals à bosse est plus rare. Même si ces trois espèces sont migratrices, et donc qu’elles quitteront le Saint-Laurent pour regagner leurs quartiers d’hiver, les individus ne partent pas tous au même moment.

    Un autre rorqual bleu est également repéré dimanche à partir des dunes de Tadoussac, par un observateur qui recense les oiseaux migrateurs et les rapaces pour l’Observatoire d’oiseaux de Tadoussac. À travers sa longue vue, il a le privilège de dénoter des petits rorquals tous les jours lorsque la visibilité le permet et un rorqual commun, actif toujours dans le même secteur. Mais le 15 novembre dernier, des éclaboussures à environ 3 kilomètres de la côte attirent son regard. Mouvements rapides, nageoire dorsale caractéristique, nombre important d’individus : un banc de dauphins! «Il y a deux ans, j’avais pu croiser la route d’un imposant banc de dauphins sur un traversier, c’était incroyable! Il n’y a vraiment pas d’observation pareille à celle d’un groupe de dauphins», souligne-t-il. Difficile de les compter à cette distance, mais il parvient à en dénombrer environ soixante-dix, laissant présager un nombre d’individus bien plus grand.

    L’observation de dauphins dans l’estuaire est un évènement exceptionnel. En 2016, Renaud Pintiaux avait photographié des dauphins à flancs blancs au large des dunes de Tadoussac. © Renaud Pintiaux

    Deux espèces de dauphins sont connues pour fréquenter le Saint-Laurent, soit le dauphin à flancs blancs et le dauphin à nez blanc. Toutefois, leurs observations dans l’estuaire sont plutôt rares, et encore plus de les voir en novembre! À l’occasion, d’autres espèces de dauphins ont pu être identifiées dans le golfe et l’estuaire au cours des dernières années.

    À Bergeronnes, à partir du centre Archéo-Topo, une observatrice note la présence de deux rorquals communs nageant au large, face à la rivière Grandes-Bergeronnes. Elle compte une dizaine de respirations avant de les perdre de vue. Le duo refait surface quelques minutes plus tard devant la rivière Petites-Bergeronnes, un peu plus en amont, et effectue encore une dizaine de respirations avant de disparaitre. Devant le camping Bon-Désir et dans la baie des Pilotes aux Escoumins, des petits rorquals sont aussi aperçus.

    En Gaspésie, nos observateurs et observatrices ont la vue sur le large bloquée par un phénomène : la fumée de mer. Alors que l’air froid des derniers jours entre en contact avec l’eau plus chaude (et c’est bien la seule fois où on peut la qualifier de chaude!) du Saint-Laurent, une condensation ressemblant à de la fumée s’élève de la surface. Difficile alors de savoir ce que cache cet écran de fumée de mer! Néanmoins, le 20 novembre, une skieuse profite de la neige couvrant la plage de Penouille dans le parc Forillon. Tandis qu’elle longe le bord de mer, un phoque commun l’observe longuement. Féérique!

    Fumée de mer

    La fumée de mer offre un spectacle intrigant, mais n’offre pas beaucoup de visibilité pour observer les mammifères marins. © GREMM

     


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques et des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.