Treize mères rorquals à bosse et leur petit

  • Manta et son veau sont photographiés au large de Pointe-des-Monts. // Manta and her calf off Pointe-des-Monts. © René Roy
    21 / 08 / 2019 Par Marie-Ève Muller

    On parle souvent d’espèces en voie de disparition, mais on souligne rarement comment certaines espèces vont bien. Et les populations de rorquals à bosse, partout sur la planète, bourgeonnent. De «menacée» en 1982 à «non en péril» en 2003, la population de rorquals à bosse de l’ouest de l’Atlantique Nord augmente. Cette année, treize paires mère-veau sont photographiées dans le Saint-Laurent, du golfe à l’estuaire. Une nouvelle plus qu’encourageante!

    La dernière à être identifiée, c’est Manta et son petit. La paire se trouve au large de Pointe-des-Monts le 18 aout. La même journée, trois rorquals bleus, des dizaines de marsouins, deux bancs de dauphins à flancs blancs et même un banc de thons rouges de l’Atlantiquesont observés. À la surface, on peut observer du lançon, une proie de choix pour toutes ces espèces.

    Un autre rorqual à bosse bien connu nage au large de Sept-Îles le 19 aout: Tic Tac Toe. Il y a quelques semaines, cette femelle se trouvait plutôt du côté de Baie-Comeau. Tic Tac Toe visite chaque année différents secteurs d’alimentation du Saint-Laurent. Cette saison, elle a déjà été identifiée dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent.

    Tic Tac Toe se trouve au large de Sept-Îles le 19 aout. © Jacques Gélineau

    D’ailleurs, de nombreux rorquals à bosse s’y alimentent ces derniers jours. L’équipe de photo-identification des grands rorquals du GREMM en reconnait onze, dont une qu’on n’avait pas vue depuis 2003 dans l’estuaire: Le Souffleur! Cette femelle a fréquenté au cours des dernières années la Gaspésie et le secteur des iles Mingan, mais ne venait plus dans l’estuaire. C’est donc un plaisir pour les observateurs de retrouver cette vieille connaissance.

    L’équipe de la Station de recherche des iles Mingan (MICS) dénombre une quinzaine de rorquals communs et huit rorquals à bosse au large de Magpie et Rivière-au-Tonnerre. Les baleines s’alimentent probablement de krill, si on se fie à la couleur rougeâtre des excréments récoltés à la surface. Les fèces seront bientôt envoyées dans un laboratoire en Allemagne pour vérifier si elles contiennent des parasites.

    Du côté de la Gaspésie, les rorquals à bosse continuent d’éblouir les riverains. Juste devant le village de Pabos, trois rorquals à bosse rivalisent d’efforts pour sortir leur corps hors de l’eau. Le temps qu’un riverain appelle sa voisine, les trois rorquals à bosse reprennent leur nage paisible vers le large.

    C’est bleu!

    C’est bleu de bleues du côté du nord de la Gaspésie, confirme le spécialiste des rorquals bleus du MICS, Richard Sears. Au cours des derniers jours, il identifie une quarantaine de rorquals bleus autour de Grande-Vallée et Rivière-la-Madeleine. Certains individus se trouvent à 2 milles nautiques de la rive, ils peuvent donc être vus par les riverains! Parmi les rorquals bleus photographiés, Richard Sears identifie B093, un fidèle de l’estuaire, malheureusement couvert de blessures sur le dos. Les photos permettront de suivre l’évolution de sa cicatrisation.

    Par temps calme

    «C’est le bruit de l’eau et de son souffle qui a attiré mon attention», raconte un pêcheur au bout du quai de Baie-des-Sables le 18 aout. «J’ai vu des remous près de moi, alors j’ai surveillé. Mais c’est au large que j’ai aperçu une autre baleine, plus grosse, probablement un rorqual commun.» Il laisse sa canne en suspens, court à la maison prendre ses jumelles et revient. Trois ou quatre rorquals s’alimentent devant le village. Au-dessus des flots, des fous de Bassan survolent et plongent à toute vitesse. Puis, un banc d’environ douze dauphins s’ajoute à la partie de chasse. «Quel moment magnifique! Un spectacle naturel gratuit, offert par le majestueux fleuve Saint-Laurent.»

    De Godbout, un pêcheur sort en bateau sur une mer d’huile le 16 aout. À une soixantaine de mètres de la rive, le bateau s’immobilise. Silence. De petits souffles dynamiques s’animent. Partout où il regarde, le pêcheur est encerclé par des groupes de trois à quatre marsouins. Puis, un souffle un peu plus fort, mais invisible, résonne : un petit rorqual. Soudain, c’est presque comme un coup de canon. Un rorqual commun fait des allers-retours entre Pointe-des-Monts et Godbout. À l’occasion, la tête à l’allure chevaline d’un phoque gris perce la surface de la mer tranquille. Cerise sur le sundae, un aileron large et triangulaire trace un sillon : un requin pèlerin.

    Entre Les Escoumins et Bergeronnes, un kayakiste pagaie quand le brouillard s’épaissit. Sans pouvoir s’orienter par la vue, il doit se fier aux sons. Le claquement d’ailes indique la présence de canards marins. Tout à coup, des souffles légers troublent le silence. Des silhouettes blanches se dessinent près de lui. Il pagaie pour s’en éloigner en maintenant un cap. Mais près de lui pointe une dent, longue et torsadée : le narval! Le groupe de monodontidés — la famille incluant les narvals et les bélugas — plonge et ne réapparait pas. Quelle rencontre énigmatique dans une ambiance embrumée!

    Voici la carte des observations! Elle donne une idée des observations reçues par notre équipe, et non pas de la présence réelle des baleines.

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    Cette carte représente un ordre de grandeur plutôt qu’un recensement systématique.