Au large des Bergeronnes, un troupeau de quarante à cinquante bélugas folâtre. Le directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins et spécialiste des bélugas Robert Michaud interrompt sa rédaction de rapport pour scruter les comportements des baleines blanches. Des bélugas sortent la tête hors de l’eau, d’autres montrent la queue. La masse des corps blancs semble tourner sur elle-même et dériver lentement vers le cap de Bon-Désir. «Je ne sais pas s’ils s’alimentent ou s’ils font des activités sociales, tout simplement. Ils sont très actifs en surface, en tout cas», constate-t-il, rempli du plaisir de la scène.

Même après plus de trente-cinq ans à les étudier, Robert Michaud doit encore étudier les comportements des bélugas. Depuis qu’il peut utiliser un drone, il a accès à un nouveau point de vue qui permet de mieux voir les actions des bélugas. «C’est une véritable révolution», constate-t-il. Ce qui pouvait ressembler à un béluga venant seulement respirer cache parfois des jeux impliquant plusieurs bélugas à l’effleurement de la surface. Durant l’hiver, Robert scrute les vidéos, les photos pour mieux saisir la vie sociale riche et complexe des bélugas. Son équipe travaille activement à mesurer les bélugas à partir d’images aériennes ces jours-ci.

Dans la baie de Gaspé, quelques phoques communs profitent des glaces.

À Havre-Saint-Pierre, les glaces font un court passage près de la côte, amenant avec elles quelques phoques du Groenland. Une observatrice qui a longtemps travaillé à la Station de recherche des iles Mingan s’étonne du comportement d’un des phoques. Son corps fend les flots, comme s’il sautillait. Il semble «marsouiner». Partie de chasse? Jeu? Ça ne semble pas lié à une tentative de monter sur les minces glaces, dans tous les cas.

Et puis la tempête se lève

Puis, du 27 février jusqu’au 1er mars, l’est du Québec reçoit une tempête hivernale, avec de fortes accumulations de neige, des rafales allant à plus de 100 km/h par endroit, et conséquemment, une houle impressionnante. «Je me demande ce que les baleines font dans ces grosses tempêtes» se questionne Jacques Gélineau, cloisonné dans sa maison à Port-Cartier, alors que les routes sont barrées par la poudrerie. «Une fois, j’étais sur l’eau dans une tempête avec des vagues impressionnantes. Je ne sortirais plus sur l’eau aujourd’hui dans un tel temps. J’ai croisé un rorqual bleu qui restait en surface. L’impact des vagues faisait bouger sa graisse, comme quand on s’envoie un jet d’eau fort sur le corps. Est-ce qu’elle se faisait faire une cure de nettoyage?»

La documentation sur les adaptations des baleines aux tempêtes est très maigre. Habituellement, les humains ne peuvent suivre les cétacés dans des conditions hostiles. Quelques cas anecdotiques parlent de baleines plus au large, de baleines restant en surface. Un cas d’échouage massif d’orques pygmées en Nouvelle-Calédonie semble lié au passage d’un ouragan. Les chercheurs croient que le passage de l’ouragan dans le secteur du 26 janvier au 2 février 2006 a poussé les baleines trop près de la côte.

Pour des dauphins côtiers du détroit du Mississippi, le passage d’un ouragan a plutôt suscité des changements alimentaires. La tempête a en effet modifié l’endroit où se trouvent les proies et a également diminué les sorties des pêcheurs durant une période de temps. L’année suivant l’ouragan Katrina, plus de nouveau-nés grands dauphins ont été observés.

Mais dans une plus petite tempête, les baleines subissent-elles des impacts? Éprouvent-elles des sensations fortes dans l’immense piscine à vague que devient l’océan? Jusqu’où l’onde de la tempête se ressent-elle? Le développement de drones flottants ou sous-marins téléguidés permettra peut-être de capter plus de scènes de vie en grosse mer.

Le 2 mars, la tempête s’est calmée, mais les rafales balaient encore la côte. Cela n’empêche pas un ornithologue de repérer quatre bélugas en fin de journée devant Les Escoumins. Leurs dos blancs luisent au soleil, indifférents à la route à déneiger et aux pluies verglacées qui embêtent le quotidien des humains.

Observations de la semaine - 4/3/2021

Marie-Ève Muller

Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017 et est porte-parole du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins (RQUMM). Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.

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