En 1988 se tenait le Forum International pour l’Avenir des bélugas. À peine cinq ans plus tôt, en 1983, les bélugas du Saint-Laurent avaient été ajoutés sur la liste des espèces en péril du Canada. Trente-cinq ans après cet événement qui aura marqué la communauté, où la science est-elle rendue?

C’est dans l’optique de répondre à cette question que le Symposium béluga 2023 a été organisé. Plus d’une trentaine de présentations ont été données dans le cadre de trois thématiques : écologie et population, santé animale et contaminants, trafic maritime et acoustique. Des ateliers thématiques et des présentations par affiche ont aussi été organisés. À la fin du symposium, une plénière a présenté les différentes conclusions des scientifiques. Toujours sur la liste des espèces en péril et actuellement  considéré en voie de disparition, les bélugas sont plus que jamais sensibles aux perturbations de leur écosystème et aux dérangements par les humains.

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40 ans de science… pour l’avenir des bélugas

Présenté par : Pierre Béland, président canadien de la Commission mixte internationale qui a juridiction sur les eaux frontalières entre le Canada et les États-Unis, et Robert Michaud, président du GREMM

La première présentation du symposium a mis le ton pour le reste de l’événement. Pierre Béland a raconté comment il a été inspiré par les bélugas lors de ses premières rencontres avec eux. «  Lorsqu’ils sont assez près et que vous les voyez, ils vous aspirent. J’ai été frappé par leur beauté, et en même temps par leur air fragile.» Avec un retour dans le temps au début des années 1980, il a raconté ses premières expériences et recherches, consacrées à découvrir comment ces baleines blanches pouvaient être contaminées par les retardateurs de flamme provenant d’une usine des Grands Lacs.

Dans la suite de la conférence, Robert Michaud a présenté l’évolution de la recherche sur le béluga pendant ces 40 dernières années. Si les articles scientifiques semblaient être plus centrés autour d’un seul thème  auparavant, la dernière décennie illustre plus de ponts entre les différents axes de recherche. En 2012, la vague de mortalité importante chez les nouveau-nés a entrainé une augmentation des recherches sur cette espèce. Pour répondre à la question « vers où on va?», Robert répond qu’il laisse le symposium répondre à cette question.

En souhaitant encourager les jeunes étudiants et étudiantes à se lancer en recherche, Pierre Béland conclut qu’il n’y a pas de limites à la connaissance.

Écologie et population

Mieux comprendre l’écologie et l’habitat fréquenté par le béluga du Saint-Laurent était l’un des objectifs de plusieurs scientifiques présents au Symposium béluga 2023. Sous le thème écologie et population, des chercheurs et chercheuses ont pris la parole pour présenter le fruit de leur travail. Occupation de l’habitat, régime alimentaire, taux de naissances et utilisation de l’intelligence artificielle ne sont que quelques exemples de sujets de recherche présentés lors de cette séance.

Certains de ces projets de recherche sont encore en cours et permettront de jeter un regard critique sur la répartition du béluga, notamment en ce qui concerne les zones utilisées par les communautés de femelles. L’habitat estival et hivernal de ces baleines blanches est quant à lui plutôt bien connu: le nord-est du golfe serait fréquenté durant l’hiver, et la tête de Chenal Laurentien majoritairement durant l’été. Au niveau alimentaire, les bélugas sembleraient plus généralistes qu’avant; une grande diversité de proies ayant été identifiée dans leur menu.

L’intelligence artificielle a quant à elle définitivement fait sa place dans le domaine de la recherche sur les baleines. Elle permettrait désormais d’étudier et d’évaluer le nombre de bélugas dans un secteur donné, une avancée importante. Du côté de la photo-identification, des pas de géants ont aussi été faits : il est de plus en plus facile d’identifier un individu déjà observé par le passé, sauvant un temps énorme aux scientifiques.

Santé animale et contaminants

Entre cancers, contaminants et dystocies, le deuxième thème principal du symposium a suscité des réactions au sein de la communauté scientifique et étudiante.

La 40e année du programme de récupération des carcasses de bélugas amène des préoccupations au niveau du nombre de dystocies et de mortalité postpartum et néonatale enregistrés. Des changements dans l’environnement du béluga sont possiblement en cause, que ce soit au niveau du dérangement causé par les navires ou encore de la présence de contaminants ayant le potentiel de perturber les hormones des bélugas.

Plusieurs contaminants se trouvent effectivement dans l’habitat du béluga, comme les retardateurs de flammes, des produits chimiques comme les BPC, et des UVA, retrouvés dans des produits du quotidien, notamment la crème solaire et la peinture. Ces produits ont été mesurés en quantité élevée dans le gras des bélugas et dans plusieurs de leurs proies. Des études en cours permettront éventuellement d’émettre des recommandations sur ces contaminants et d’établir des plans pour la gestion des espèces et des milieux touchés.

En parallèle, des scientifiques se penchent sur l’évaluation de la condition physique des animaux grâce à la photogrammétrie et l’analyse de données morphométriques, permettant de mieux comprendre les liens entre la condition corporelle et l’état de santé de la population de bélugas.

Stéphane Lair, professeur à la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, amène toutefois de bonnes nouvelles.  “Le cancer ne représente plus un problème de conservation pour l’espèce”, explique-t-il. Le niveau de HAP dans l’eau, un contaminant responsable des cancers chez le béluga, a effectivement diminué depuis 1977. Il faut toutefois rester prudent avec cette annonce, puisque plusieurs enjeux touchent encore la santé du béluga du Saint-Laurent, incluant des parasites comme Toxoplasma  les hôtes incluent les chats domestiques.

La science au service de la conservation du béluga du Saint-Laurent

Présenté par : Nadia Ménard, scientifique des écosystèmes à Parcs Canada

La deuxième journée de ce rassemblement scientifique a débuté par une présentation de Nadia Ménard. Pour cette originaire du Saguenay, l’intérêt pour les bélugas est arrivé tardivement, puisqu’elle a grandi sans savoir que ces fameuses baleines blanches résidaient à quelques kilomètres de son domicile! Elle étudie tout d’abord la biologie des poissons pélagiques avant de devenir biologiste en conservation.

Nadia Ménard débute en rappelant l’importance de la recherche : «Si on ne sait pas qu’il y a un problème, comment peut-on le résoudre?». Nadia Ménard reconnaît aussi l’importance d’intégrer les aspects humains et de s’orienter vers des solutions. Après un bref retour sur les 50 dernières années en science de la conservation, elle fait un bilan des différents changements qui ont lieu dans le Saint-Laurent et de leurs impacts, notamment la hausse des températures de l’air en hiver, la hausse de l’entrée des eaux du Gulf Stream, la réduction de l’entrée des eaux du courant du Labrador ou encore la présence de contaminants. Pour nuancer les menaces qui pèsent sur le Saint-Laurent, elle rappelle certains des résultats positifs auxquels la science peut contribuer, comme la création du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent ou encore la désignation de l’habitat essentiel du béluga. La scientifique termine sur une citation inspirante de Charles Darwin: «C’est la longue histoire de l’humanité que ceux qui ont appris à collaborer et à improviser le plus efficacement ont prévalu.»

 

Traffic maritime et acoustique

Pour le dernier thème principal du symposium, les présentateurs et présentatrices n’ont pas hésité à en appeler aux mathématiques, aux statistiques ou encore à l’intelligence artificielle. Pour comprendre les différentes menaces qui affectent le béluga du Saint-Laurent, les équations et algorithmes ne doivent pas être laissés de côté!

Les recherches présentées variaient de la simulation du déplacement des bélugas et des bateaux à la création d’un Atlas des paysages acoustiques océaniques, aux mesures du bruit des bateaux grâce à des hydrophones. Toutes avaient cependant comme objectif d’améliorer les conditions dans lesquelles vivent les baleines blanches. Surnommés les «canaris des mers», les bélugas ont un répertoire vocal riche et une structure sociale complexe qui peut être affectée par le bruit des bateaux.

À l’embouchure du fjord du Saguenay, le dérangement lié aux activités de navigation est particulièrement présent. Le passage des traversiers, des plaisanciers, des croisières d’observations aux baleines, mais aussi de tous les bateaux qui remontent le Saguenay en font un lieu bruyant, situé en plein cœur de l’habitat essentiel des bélugas. Certains projets visent donc à améliorer la cohabitation avec cette espèce en voie de disparition en travaillant à faire respecter les limites de vitesse. Parmi les solutions présentées, la réduction de la vitesse des navires et la diminution du bruit des bateaux à la source ont été évaluées.

Les défis et succès d’une petite population exposée à de multiples stresseurs anthropiques et aux changements climatiques

Présenté par : Véronique Lesage, chercheuse chez Pêches et Océans Canada

C’est sous le signe de l’émotion que s’est conclue la dernière conférence du symposium. “Il y a plus de bélugas qui nagent dans le Saint-Laurent que ce qu’on pensait avant”, a annoncé Véronique Lesage lors de sa présentation. Le dernier estimé réalisé en 2022 grâce à un nouveau modèle, indique qu’il y aurait entre 1530 et 2180 bélugas dans le Saint-Laurent. Il faut toutefois rester prudent avec cet intervalle de valeurs. Cela ne signifie pas que la population est en augmentation : c’est plutôt la méthode pour compter les individus qui a changé. 

La population connait encore plusieurs défis importants qui inquiètent les scientifiques. Il semblerait que les femelles meurent à un plus jeune âge qu’auparavant, affectant directement les naissances. C’est entre 2 et 3 veaux que ces femelles ne produiront jamais. Un déclin est aussi observé au niveau de la survie des nouveau-nés. “Voir les veaux et les femelles mourir plombe le potentiel de croissance”, a ajouté Véronique Lesage.

Ce qu’il faut en retenir, c’est que bien que le nombre de bélugas ait été revu à la hausse, la population n’est pas en augmentation. Il reste encore beaucoup de connaissances à acquérir pour bien comprendre ce qui influence cette espèce et comment l’aider à se rétablir.

Actualité - 3/5/2023

Équipe Baleines en direct

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