Sanctuaire pour bélugas retraités : une première mondiale

  • © Sea Life Trust
    01 / 05 / 2019 Par Marie-Ève Muller

    Deux bélugas vivant en ce moment dans un aquarium de Shanghai, Chine, s’apprêtent à s’envoler vers l’Islande. Les deux baleines deviendront résidentes du premier sanctuaire au monde pour baleines retraitées. Le but : les ramener dans un milieu ressemblant à celui de leur origine, sans spectacles ou tours à performer.

    Litla-Hvít/Little White (Petite blanche, en français) et Litla-Grá/Little Gray (Petite grise, en français) sont nées en Russie il y a douze ans, mais ont passé la majorité de leur vie en aquarium, où elles exécutaient des spectacles. Elles seront encore visibles au public, mais ne performeront plus. Des entraineurs et du personnel soignant surveilleront les deux baleines, habituées au contact humain.

    Le voyage entre la Chine et l’Islande totalisera 9650 kilomètres et durera une trentaine d’heures, si tout va bien. Les bélugas seront transportés par camion, avion et bateau, tout en étant suivis de près par leurs entraineurs et le personnel soignant. Elles passeront ensuite quelques jours en quarantaine, pour s’assurer qu’elles ne contaminent pas leur nouveau milieu d’accueil. Leur déplacement devait commencer le 18 avril 2019, mais les conditions météo en Islande ont chamboulé l’horaire. La nouvelle date de déplacement n’a pas encore été annoncée. La nouvelle date prévue est le 19 juin.

    Les deux bélugas vivront désormais dans cette baie de 32 000 mètres carré et de près de 10 mètres de profondeur à certains endroits. © Sea Life Trust

    Qu’est-ce qu’un sanctuaire?

    Un sanctuaire est un espace confiné dans une baie ou une anse naturelle. Il s’agit en quelque sorte d’un compromis entre la tenue en aquarium et la libération dans le milieu naturel. Pourquoi ne pas relâcher les deux bélugas en Russie, là où ils ont été prélevés? L’habituation aux humains étant très forte, les bélugas ne seraient probablement plus capables de s’alimenter par eux-mêmes ni de s’orienter ou de socialiser avec les autres bélugas.

    Afin de maintenir les animaux dans le sanctuaire, un filet ou une structure empêche les bélugas d’en sortir ou les cétacés et autres gros animaux externes d’y entrer. Les poissons, eux, devraient pouvoir y entrer. Un sanctuaire se trouve en milieu naturel, c’est-à-dire qu’il est situé dans un milieu marin, dans une eau non traitée et souvent plus froide que celle d’un bassin d’aquarium. Ensuite, la taille du bassin du sanctuaire est nettement plus grande que celle d’un bassin d’aquarium. De plus, les animaux n’ont pas à effectuer des routines ou des activités dédiées au divertissement des humains. Dans les deux cas, les animaux reçoivent des soins, sont nourris et interagissent avec l’équipe de soins.

    Au sanctuaire en Islande, un centre d’interprétation permettra aux visiteurs de découvrir le milieu qui accueille les bélugas et leur histoire. Les profits récoltés serviront aux soins destinés aux bélugas. Le projet est porté par deux organisations britanniques, le Sea Life Trust et le Whale and Dolphin Conservation (WDC), ainsi que par Merlin Entertainments. Le sanctuaire totalise près de 32 000 mètres carré et atteint des profondeurs de près de 10 mètres à certains endroits, donnant un espace de mouvement décuplé pour les bélugas habitués à vivre dans un espace restreint.

    Un deuxième sanctuaire pourrait voir le jour au cours des prochaines années, cette fois au Canada. The Whale Sanctuary Project projette de créer le premier sanctuaire en Amérique du Nord pour les bélugas et épaulards ayant vécus en captivité ou ayant été blessés. Le futur site n’a pas encore été désigné, mais il semble probable qu’il sera en Nouvelle-Écosse. L’objectif est d’offrir une fin de vie paisible aux cétacés ayant été captifs et ne pouvant être relâchés dans la nature.

    Une longue préparation au déménagement

    Les bélugas ont été entrainés durant plus d’une année pour leur déménagement. Ils ont pris du poids de façon constante pour s’acclimater à l’eau froide de la baie naturelle. Les entraineurs leur ont appris à être transportés pour diminuer leur stress. Des éléments du milieu de l’anse de Klettsvík ont aussi été introduits dans leur bassin à Shanghai, comme des poissons, des crustacés et des algues, pour les amener à s’acclimater d’avance.

    © Sea Life Trust

    En savoir plus

    Le site officiel du sanctuaire (Beluga Whale Sanctuary)

    Bélugas en aquarium : une brève histoire (Baleines en direct)

     


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.