Quelques histoires de souffles, de proies et de migrations

  • Dunes de Tadoussac derrière le phare du haut fond Prince © GREMM
    25 / 05 / 2017 Par Marie-Sophie Giroux

    À l’Anse-Saint-Georges en Gaspésie, un excursionniste aperçoit deux souffles le 24 mai. La forme en champignon lui fait penser qu’il s’agit de deux rorquals à bosse. «Plus qu’une semaine et nous irons découvrir quelle espèce se trouve sous ces souffles», mentionne-t-il, impatient de retourner en mer. Les bateaux sont prêts, les conditions météo prévues semblent bonnes, le début de la saison s’annonce prometteur.

    Capelan sur une plage © Photo tirée de http://www.dfo-mpo.gc.ca/science/publications/article/2014/03-31-14-fra.html (Pêches et Océans Canada)

    Capelan sur une plage © Photo tirée de http://www.dfo-mpo.gc.ca/science/publications/article/2014/03-31-14-fra.html (Pêches et Océans Canada)

    À Percé, un guide-interprète travaillant sur l’ile Bonaventure cherche les signes de vie dans l’eau. Si pour le moment, il n’a encore rien vu, il est confiant, ce sera pour bientôt, car «le capelan va arriver». Plusieurs riverains associent le début des observations de baleines à la fraie du capelan qui se déroule généralement de la mi-avril au début aout. Ces petits poissons argentés s’aventurent chaque année sur certaines plages du Saint-Laurent pour y déposer leurs œufs qui demeureront enfouis dans le substrat jusqu’à l’éclosion. Le phénomène est saisissant à voir, autant pour observer la multitude de poissons «rouler» dans les vagues que pour voir les gens rassemblés en pleine nuit récolter le poisson à la pelle ou au sceau.

    Le capelan est au menu de plusieurs prédateurs tels les phoques du Groenland. Plusieurs mouvées de phoques du Groenland sont aperçues le long de la Côte-Nord, à Franquelin, aux Escoumins, à Tadoussac. La grande majorité de ces animaux partent l’été pour leurs aires d’alimentation situées au large de la côte ouest du Groenland et dans l’Arctique Canadien, mais, à l’occasion, de petits groupes font exception à la tendance générale et passent l’été dans l’estuaire du Saint-Laurent.

    Pour les petits rorquals, les bancs de capelans sont aussi un mets de choix. Pour réussir à attraper ces rapides proies, ils déploient plusieurs manœuvres de chasse adaptées aux secteurs où ils se trouvent. Par exemple, dans le fiord du Saguenay, les petits rorquals passent plus de temps à rassembler leur proie près de la surface en exécutant des mouvements particuliers comme les sauts de grenouille: l’animal sort sa tête hors de l’eau et frappe la surface. Dans le chenal Laurentien, au large des Escoumins par exemple, la remontée des eaux profondes, créée par la marée, les courants et la topographie, fait une partie du travail de rassemblement. Cette semaine, environ cinq ou six petits rorquals sont aperçus à l’embouchure du Saguenay ainsi qu’un rorqual commun. Notre collaboratrice de Franquelin souligne aussi le passage d’un rorqual commun devant chez elle le 21 mai et la présence de petits rorquals et de marsouins communs presque tous les jours.

    À bord des traversiers faisant la navette entre Tadoussac et Baie-Sainte-Catherine, les passagers croisent quelques troupeaux de bélugas. Le 21 mai, un résidant de Cap-à-l’Aigle épie une mère béluga et son jeune. La paire se trouve seulement à 150 m de la côte. Plus loin, une vingtaine de bélugas nagent dans cette mer d’huile qu’est l’estuaire cette journée-là.

    Le 19 mai, l’équipe de l’Observatoire d’Oiseaux de Tadoussac (OOT) vit une journée mémorable. Du haut des dunes de Tadoussac, entre 7h et 13h30, plus de 22 000 passereaux sont observés! «Après le passage d’un front froid vers 5h30, les vents ont viré nord-ouest et une correction migratoire d’importance a alors débuté», précise-t-elle sur leur page Facebook. Une correction migratoire se produit lorsque les oiseaux réajustent leur trajectoire après une nuit de migration. Le 23 mai, la journée est aussi très occupée avec une autre vague de «correction migratoire». Plus de 3000 parulines (espèces confondues) sont notées depuis le quai des Bergeronnes en moins de trois heures!

     


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle aime raconter « des histoires de baleines ».