Que font les baleines la nuit ?

  • La nuit, les baleines ne tombent pas nécessairement dans le sommeil. Elles seraient même plutôt actives. © Jean Lemire
    15 / 10 / 2018 Par Collaboration spéciale

    Un rideau se ferme, la nuit est en train d’envahir le ciel et durant sa tranquille avancée le rythme frénétique des villes diminue. Mais que se passe-t-il dans le Saint-Laurent quand l’obscurité arrive ? Que font les baleines durant la nuit ?

    Une équipe du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères (GREMM) de Tadoussac a étudié le comportement de jour et de nuit des rorquals communs dans l’estuaire du Saint-Laurent. Pour cela, les scientifiques ont posé des balises sur les animaux afin de déterminer quels sont leurs déplacements et leur durée ainsi que la profondeur de leurs plongées. Ces balises peuvent tenir quelques heures sur les cétacés et les chercheurs ont obtenu des données pendant la période nocturne. Il semble que les rorquals communs sont plus actifs à la surface la nuit et, s’ils font des plongées, elles sont courtes et peu profondes. Ce comportement serait cohérent avec celui de leurs proies. Ces rorquals se nourriraient principalement de krill et de petits poissons — dont les capelans — qui ont une migration verticale lorsque l’obscurité arrive, c’est-à-dire qu’ils remontent des profondeurs où ils passent la journée vers la surface du fleuve.

    On peut alors supposer, en connaissant l’activité principale des baleines dans le Saint-Laurent (manger) et le comportement de leurs proies, qu’elles restent à la surface pour s’alimenter. Mais ces mammifères ont peut-être d’autres activités dont nous ne pouvons malheureusement pas être témoins, car suivre des animaux marins la nuit représente un gros challenge technologique.

    Durant une étude plus récente sur les baleines noires de l’Atlantique Nord dans la baie de Cape Cod (Massachusetts, É-U), l’équipe de chercheurs a utilisé un capteur thermique. Le souffle des baleines étant plus chaud que l’air extérieur, il permet de détecter les animaux et de les suivre. Comme pour les rorquals communs, les baleines noires semblent se nourrir à la surface durant la nuit. Leurs proies, des copépodes (de petits crustacés), remontent aussi vers la surface lorsque l’obscurité arrive.

    Mais pourquoi est-ce si important de savoir ce que font les baleines la nuit ? N’est-ce pas une part de mystère que nous pourrions leur laisser ? Afin de pouvoir protéger ces animaux de nos activités commerciales (cargos, pêche) en mer, il est essentiel de connaitre leurs comportements, les zones qu’elles fréquentent pour savoir dans quelles situations elles pourraient être plus vulnérables. On peut aussi étudier de nouvelles technologies avec l’objectif d’en équiper les bateaux pour qu’ils puissent détecter ces géants des océans la nuit et éviter des collisions.

    Et le sommeil dans tout ça ? Il semblerait que les cétacés ont plusieurs phases de sommeil (au moins une dizaine et chacune durerait moins d’une heure) par jour. Ce sommeil serait « unihémisphérique », c’est-à-dire qu’ils ne reposent qu’une moitié de leur cerveau. Des cétacés étudiés en captivité ont présenté des phases de sommeil principalement la nuit. Ça serait surement lié au rythme imposé par l’humain qui les stimule et les nourrit le jour. Dans leur environnement naturel, ces animaux profitent certainement de tout instant calme pour se reposer, que ça soit de jour ou de nuit, et ce comportement est surnommé « billotage ».

     

    Sources

    What Whales Do at Night (Scientific American, 24/02/2016)

    Krill et capelan : des proies convoitées (Baleines en direct, mai 2013)

    Ne dormir que d’un œil, le sommeil des cétacés (CNRS le journal, 11/09/2017)

    Dormir comme une buche (Baleines en direct, 26/09/2018)

    Que font les rorquals communs le jour ? et la nuit ? (Baleines en direct, 2003)

    Michaud, R. et J. Giard. 1997. Les rorquals communs et les activités d’observation en mer dans l’estuaire maritime du Saint-Laurent entre 1994 et 1996 : 1. Étude de l’utilisation du territoire et évaluation de l’exposition aux activités d’observation à l’aide de la télémétrie VHF. Rapport final. GREMM, Tadoussac, Québec. 45 pp + cartes.

     


    Chloé accueille les visiteurs au Centre d’interprétation des mammifères marins (CIMM). Ne se lassant pas des histoires de baleines contées par ses collègues chercheurs, rédacteurs et naturalistes, elle s’est mise à en raconter aussi. Issue d’une formation d’agronome et passionnée d’actualités, elle considère la vulgarisation essentielle afin de donner à chacun la possibilité de comprendre le monde dans lequel nous évoluons.