C’est avec beaucoup d’étonnement que les observateurs nous rapportent encore la présence de petits rorquals, rorquals à bosse et de rorquals communs cette semaine. Ces baleines n’auraient-elles pas dû entreprendre leur migration?

Chaque automne, toutes les espèces qui fréquentent le Saint-Laurent, à l’exception des bélugas qui y résident à l’année, entreprennent une migration de plusieurs centaines de kilomètres. La plupart des espèces quittent le relativement étroit estuaire pour retrouver les eaux océaniques sans glace ou encore la chaleur des Caraïbes.

Alors, que font les deux grosses baleines au dos noir qui nagent au large de Godbout le 12 décembre? Plusieurs raisons peuvent amener un cétacé à rester plus longtemps sur un territoire d’alimentation. S’il s’agit d’un jeune individu pas encore mature sexuellement, l’urgence de trouver un partenaire dans la zone de reproduction n’est pas là. Il est donc possible que la possibilité de se nourrir encore gagne vis-à-vis de l’appel de la migration. Un jeune individu peut aussi manquer d’expérience et ne pas migrer au même rythme que la majorité des individus de son espèce. Encore, l’abondance de proies et l’absence de glace peuvent jouer dans la balance.

C’est peut-être ce qui explique le foisonnement de baleines devant Les Bergeronnes le 14 décembre. Renaud Pintiaux y observe un petit rorqual près des rochers, tandis qu’au large, de grands souffles blancs l’intriguent. Puis, plus près de lui apparait le long dos gris d’un rorqual commun. La baleine file vers Tadoussac. Renaud pointe alors ses jumelles vers l’horizon. Trois autres rorquals communs sont présents. Plus loin, une paire de rorquals à bosse s’active. Mais la grande joie vient d’un rorqual à bosse qui s’approche suffisamment pour que Renaud puisse le photographier. Les images ne sont pas nettes vu le vent et la distance, mais elles suffisent à l’équipe de recherche du GREMM pour identifier l’individu: H944. Ce rorqual à bosse a souvent été observé cet automne. Il était régulièrement avec H930. Cette autre baleine se trouvait-elle trop au large pour être photographiée?

Encore le 14 décembre, Renaud profite d’une mouvée d’une cinquantaine de phoques du Groenland et de la beauté de groupes de bélugas. Devant Les Escoumins, les bélugas nagent régulièrement. S’ils deviennent de plus en plus difficiles à repérer au fur et à mesure que les glaces se forment, les bélugas ne seront jamais bien loin. Ils iront peut-être plus loin vers le golfe profiter des zones sans glaces, mais abritées des tempêtes, avant de revenir dans l’estuaire au printemps.

Du côté de la Gaspésie, sur le sentier du Prélude près de Cap-des-Rosiers, une promeneuse se réjouit de voir deux rorquals à bosse à l’horizon.

Encouragée par son observation, elle brave le froid le 15 décembre et se dirige à Pointe-Saint-Pierre. De là, elle repère une paire de rorquals à bosse nageant l’un près de l’autre, et plus loin, deux individus éloignés. Il est fort possible que tous les quatre aient pu être ensemble malgré la distance entre eux. Pour les baleines, les distances n’ont pas les mêmes significations que pour nous. Leurs communications portent sur plusieurs kilomètres, sans téléphone!

À Cap-aux-Os, un riverain a droit dès le réveil à un saut de rorqual à bosse devant la maison le 16 décembre. Un autre étonnant mammifère semble avoir profité du spectacle: sur le terrain, un coyote laisse ses traces dans la neige.

Dans la baie de Gaspé, près de l’embouchure de la rivière York, les phoques communs se prélassent sur les glaces. Comme les bélugas, les phoques communs résident toute l’année dans le Saint-Laurent. Pas besoin de migrer quand on trouve tout ce qu’il faut au même endroit.

Observations de la semaine - 17/12/2020

Marie-Ève Muller

Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017 et est porte-parole du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins (RQUMM). Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.

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