À partir d’une question journalistique qu’elle s’est posée, Dominique Demers à écrit ce roman sur la façon de vivre à Tadoussac dans les années 1950 et sur les baleines qui fréquentent la côte. C’est avec une approche très sensible qu’elle fait vivre ses personnages, surtout Thomas, le fou savant et pionnier de l’observation des baleines. Quant à tout ce qui touche aux baleines, elle a mené une vaste recherche auprès de biologistes pour être au plus près de la réalité de ces animaux.

Baleines en direct l’a interrogée au téléphone après l’avoir rencontrée à Festi Livre, salon du livre des Bergeronnes, qui a eu lieu du 30 avril au 3 mai 2015 et pour lequel l’auteure était invitée en tant que présidente d’honneur.

Baleines en directQu’est-ce qui vous a motivé à écrire ce roman?

Dominique Demers: Avant de devenir écrivaine, j’ai été journaliste reporter pendant 15 ans pour le magazine L’actualité. Une idée de roman m’est venue, comme un sujet de reportage qui pique ma curiosité. Plusieurs personnes de mon entourage, en début d’été, m’ont confié qu’ils allaient faire une croisière aux baleines à Tadoussac. Je me suis posé la question suivante : comment les gens vivaient du temps où il n’y avait pas encore de safaris aux baleines? Il me semble que dans l’histoire de notre société, on parle très peu des baleines. Aussitôt, j’ai commencé à appeler plusieurs spécialistes du monde des baleines, et quelques heures après, je suis arrivée à la conclusion que, soit les gens se fichaient des baleines, soit ils en avaient peur. Un pan de l’histoire du Québec n’avait pas été écrit. J’ai fait des recherches pendant des mois. C’est comme ça que sont nés Thomas, Gabrielle et Harold [les personnages].

Thomas, c’est mon personnage préféré. Avec lui je peux parler de psychiatrie et des baleines. Il est un peu l’ancêtre des naturalistes, des écologistes. Il est brisé par la vie et a une fascination pour les baleines qui devient une sorte de folie. Mais derrière sa folie, il y a un être intelligent. Il est ce qu’on appelle un fou savant, un pionnier au niveau de l’observation des baleines. Il est vu comme fou et il n’est pas entendu, et moins il est entendu, plus il est fou. Il est le premier à observer les baleines, à tenir des carnets de terrain, à les reconnaître, à leur donner un numéro et éventuellement un nom.

BedComment vous est venue l’idée du personnage de Thomas?

D.D.: Au travers de mes recherches, des entrevues, de la lecture de registres de paroisse, d’ouvrages historiques, de carnets. J’ai découvert qu’il y avait des gens, souvent des originaux, qui étaient un peu détraqués, différents, mais qui savaient faire avancer des sujets dans des domaines. Thomas a la sensibilité de comprendre.
«Les baleines tiennent la terre», dit-il, c’est juste une métaphore qui dit qu’il y a un équilibre du monde et que les baleines y participent.

BedComment avez-vous fait vos recherches?

D.D.: J’ai eu l’aide du GREMM pour constituer un registre de personnes précieuses. Je pense à Pierre Béland qui m’a énormément aidée pour les bélugas, Richard Sears pour les baleines bleues, René Roy qui travaille bénévolement avec l’équipe de Richard Sears, et d’ailleurs j’ai été en mer avec lui et j’ai appris plein de choses. Tous ont été très disponibles, je les ai tous remerciés à la fin de mon livre.

J’ai passé beaucoup de temps à la Bibliothèque nationale dans la section des livres rares, j’ai lu des notes de gardiens de phare, de chasseurs; plein de vieux livres; des documents audiovisuels, comme les films de Pierre Perreault. J’ai accumulé plein de notes et plein de questions. Je ne maîtrisais pas le sujet comme ceux pour qui c’est l’œuvre d’une vie. Plein de gens ont relu mon texte. J’ai essayé de refléter le plus possible la réalité.

Actualité - 11/5/2015

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