Imaginez 150 voitures empilées les unes sur les autres, telle une montagne. Cela semble impressionnant, n’est-ce pas? Et pourtant, tenez-vous bien : il semblerait qu’un mammifère marin aurait déjà pesé en moyenne autant que tous ces véhicules réunis!

Depuis les fins fonds du désert d’Ica, au Pérou, une équipe de paléontologues vient d’exposer au grand jour les restes fossilisés d’un gigantesque spécimen marin : Perucetus colossus. Ce cétacé aurait vécu il y a près de 40 millions d’années et la masse totale de son squelette aurait été estimée entre cinq à huit tonnes. Une énorme baleine, quoi! Impressionnante, cette découverte signifie que le rorqual bleu est peut-être à l’aube de perdre son statut de plus lourd animal ayant existé sur Terre!

Une découverte de taille

Les rorquals bleus, pouvant mesurer jusqu’à 30 mètres, se placent largement devant Perucetus colossus en termes de longueur. Ce dernier n’aurait mesuré qu’une vingtaine de mètres seulement. En revanche, il aurait été bien plus lourd. Grâce à des estimations obtenues à partir des quelques ossements récupérés dans les sols péruviens, les paléontologues associés à l’Université de Pise, en Italie, ont conclu que les représentants de cette espèce intrigante auraient pesé entre 85 et 340 tonnes!

Sachant que les rorquals bleus les plus massifs peuvent atteindre près de 190 tonnes, on comprend qu’ils sont bien loin derrière les plus gros Perucetus. Ce sont entre autres ses vertèbres imposantes qui ont permis d’estimer sa masse : certaines d’entre elles pesaient plus de 100 kg chacune. Les côtes de l’animal mesuraient quant à elles jusqu’à 1,4 m de long. Au total, 13 vertèbres, quatre côtes et un os de la hanche ont été extirpés du sol.

Il aura fallu aux paléontologues plus de 10 ans pour extraire la plupart des ossements de la terre. Le flanc de montagne où étaient logés les ossements, dans le désert d’Ica, était déjà réputé pour ses fossiles marins, cette zone ayant été submergée par la mer il y a des millions d’années. Le travail de paléontologue nécessitant patience et minutie, les équipes sur le terrain apprivoisent délicatement tout trésor que la terre leur rend. Qui plus est, vu la taille et la forme des ossements de Perucetus, on comprend mieux pourquoi plus de dix ans se sont écoulés entre la découverte du spécimen et l’extraction!

À quoi bon être si lourd?

Les ossements de Perucetus ont été analysés par des équipes spécialisées et ces dernières y ont décelé de l’ostéosclérose. Il s’agit d’un processus qui augmente la densité des os par le remplissage de leurs cavités internes normalement remplies d’air. Une spécialisation osseuse appelée pachyostose a aussi été observée sur les vertèbres de l’animal, ce processus rendant ces dernières plus imposantes qu’un os régulier vu de l’extérieur.

Ces deux adaptations indiquent probablement que Perucetus s’alimentait dans les fonds marins peu profonds. Pourquoi? Des os plus denses – et donc plus lourds – entrainent inévitablement l’animal vers les profondeurs des étendues d’eau qu’il fréquente. Perucetus aurait ainsi obtenu un accès facilité à la nourriture qui se trouvait en profondeur.

En revanche, des os massifs compliquent la remontée en surface contrairement à des os de faible densité. Cela explique pourquoi ce cétacé ne pouvait probablement pas aller s’alimenter à des centaines de mètres sous la surface.

Au cours de l’évolution, il semblerait en effet que les os de faible densité auraient été plus avantageux pour les baleines fréquentant les eaux très profondes. De fait, cette adaptation osseuse permettrait d’effectuer à faible cout énergétique la remontée à la surface après des plongées en grandes profondeurs. Les baleines modernes qui plongent à des profondeurs impressionnantes, comme le cachalot, font aujourd’hui partie de celles qui possèdent des os de faible densité.

Ancêtre des baleines actuelles, Perucetus aurait affiché ces spécialisations osseuses, fruits de l’évolution, parce qu’elles auraient été essentielles à sa recherche de nourriture. Les lamantins actuels, s’alimentant dans les eaux côtières peu profondes, posséderaient eux aussi ce genre d’adaptations.

De quoi exactement se nourrissait cet énorme Perucetus? Les scientifiques l’ignorent pour l’instant, comme le crâne de l’animal est toujours manquant – la forme de la tête et de la mâchoire leur donneraient effectivement une bonne idée de son régime alimentaire.

La boucle du gigantisme

Même si l’on ne connait pas encore son régime alimentaire, on sait qu’un animal de la taille de Perucetus colossus devait ingurgiter des quantités importantes de nourriture pour subvenir à ses besoins énergétiques. Logique, car plus un animal est gros, plus il a besoin de manger. Mais plus l’animal a besoin de manger, plus il doit être gros pour engloutir ces tonnes de nourriture. C’est donc une boucle sans fin. Le même principe est observé chez le rorqual bleu, qui doit son énorme taille à la fois à sa technique d’alimentation par engouffrement – et à sa grande bouche! -, mais aussi à la quantité impressionnante de krill qu’il ingère par jour.

Actualité - 9/11/2023

Odélie Brouillette

Odélie Brouillette s’est jointe à l’équipe du GREMM comme rédactrice et naturaliste en 2022 et elle est de retour depuis l'hiver 2023 comme chargée de projet en vulgarisation scientifique. Biologiste de formation, elle aime apprendre et communiquer aux autres ce qui lui tient à cœur. Fascinée depuis toujours par les milieux marins et les baleines, elle souhaite, par la sensibilisation et la vulgarisation, contribuer à leur protection.

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