Marée noire du golfe du Mexique: le règlement des dommages environnementaux

  • 15 / 11 / 2012 Par Christine Gilliet – Mots et Marées -

    BP et le gouvernement des États-Unis devront bientôt s’entendre sur la note à payer par la compagnie pétrolière pour les dégâts. Mais, combien vaut une baleine? Encore faut-il établir qu’elle est morte à cause de la marée noire. Les dommages environnementaux ne sont pas faciles à chiffrer, surtout quand la non-divulgation d’information et le manque de transparence sont notoires.

    Le 24 octobre dernier, Greenpeace a diffusé des photos et des courriels échangés au sein du gouvernement des États-Unis pendant la période du déversement pétrolier créé par l’explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon en avril 2010. Ces informations et documents ont été aussitôt repris par des médias anglophones, dont The Guardian. Greenpeace a pu les obtenir en septembre 2012, après en avoir effectué la demande en août 2010, en vertu du droit au libre accès à l’information.

    Une photo de carcasse de cachalot

    Ces documents semblent établir que le gouvernement fédéral et la National Oceanic and Atmospheric Association (NOAA) ont obscurci les faits relatant les mortalités de baleines et d’autres espèces marines victimes de la marée noire et que l’administration fédérale a contrôlé de près la diffusion de ces informations.

    Parmi ces documents figurent les photos de la carcasse d’un jeune cachalot [parues sur Flicker] présumées avoir été prises le 15 juin 2010 par des employés de la NOAA à bord du navire Pisces, à environ 120 km de l’emplacement de la plateforme et sept semaines après son explosion. En effet, la NOAA a rapporté cette découverte le 17 juin 2010 en précisant d’emblée dans le titre de son communiqué que la carcasse n’avait pas été trouvée dans une nappe de pétrole et que la cause de la mort de l’animal n’était pas connue.

    Si la NOAA affirme posséder de nombreux rapports d’observations de cachalots nageant dans des nappes de pétrole, cette carcasse est la première observation documentée d’une mortalité de cachalot depuis la catastrophe. Par ailleurs, le média Examiner.com rappelle que les photographes de presse ont été empêchés de prendre des clichés de l’impact de la marée noire dans les mois qui ont suivi l’accident.

    Le règlement négocié des dégâts

    La population de cachalots dans le golfe du Mexique est estimée à 1 200 individus, une des plus importantes au monde, et placée sous le statut d’espèce en voie de disparition. Ces cétacés passent la majorité de leur temps dans la partie nord du golfe où ont été déversés le pétrole et ses dispersants.

    Selon Kert Davies, de Greenpeace, le problème d’information reste entier, car on ne sait pas ce que les scientifiques gouvernementaux ont vu, ce qu’ils ont documenté et comment ils ont établi leurs rapports et leurs données. Il estime que la restriction systématique de diffusion de l’information et le manque constant de transparence nous rappelle que nous devons exiger la pleine responsabilité de la part des compagnies pétrolières et du gouvernement, surtout pour le règlement imminent qui doit être négocié entre ces deux parties.

    Pour la compagnie pétrolière BP, le sort des espèces en voie de disparition, telles que les tortues et les cachalots, peuvent représenter des implications financières énormes. The Guardian indique que BP vient juste de proposer un règlement de 7,8 milliards de dollars pour les dommages économiques causés par la marée noire. Mais la note à payer par BP pour les dommages subis par l’environnement et les écosystèmes est encore à déterminer, et BP peut s’attendre à faire face aussi à des accusations criminelles.

    Mais, comme l’évoque David Uhlmann, un professeur de droit à l’Université du Michigan, il est très difficile de chiffrer les dommages environnementaux, les mortalités de baleines ou d’oiseaux, surtout quand on en sait si peu sur ces dégâts actuellement, et ce encore pour des années, et qu’il est difficile d’évaluer les dégâts sur le long terme. Selon lui, le gouvernement doit négocier pour le mieux une somme qui puisse couvrir tous les coûts de restauration.

    Encore faut-il établir que la cause de la mort d’un animal soit attribuable à la catastrophe, de même que les impacts d’une mortalité sur l’ensemble de la population. Selon Greenpeace, chaque animal tué par la marée noire compte, que sa population soit en péril ou non.

    Le processus permettant d’aboutir à un accord de règlement entre BP et le gouvernement est prévu se poursuivre pendant l’année 2013. D’ici là, comme le titre The Guardian, la question reste entière: combien vaut un dauphin?[Greenpeace, The Guardian, Examiner, NOAA]

    En savior plus

    Sur le site de
    The Guardian (en anglais seulement): Deepwater Horizon aftermath : how much is a dolphin worth?